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Ebola à Beni : un nouveau cas détecté à deux jours de la déclaration officielle de la fin de l’épidémie

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Alors que la région de Beni s’attendait à la déclaration officielle de la fin de l’épidémie d’Ebola d’ici dimanche 12 avril, un nouveau cas confirmé vient d’être notifié ce vendredi 10 avril 2020 par le comité multisectoriel de la riposte contre l’épidémie d’Ebola.

«A deux jours de la déclaration de la fin de l’épidémie à la Maladie à virus Ebola dans notre pays, nos équipes
viennent de confirmer ce vendredi 10 avril 2020 un nouveau cas de la Maladie à virus Ebola dans la province
du Nord-Kivu à Beni.
Les informations préliminaires montrent qu’il s’agit d’un homme de 26 ans dans le territoire de Beni.
Nos équipes, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), sont déjà sur terrain pour
approfondir les investigations et mettre en place les actions de santé publique», peut-on lire dans un communiqué de presse.

Ce cas vient d’être déclaré alors que la région où persistait l’épidémie depuis le mois d’août 2018 venait de totaliser 51 jours sans nouveaux cas.

Delphin Mupanda/CONGOPROFOND.NET

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“Ce n’était pas une simple proclamation !” : Entretien exclusif avec Ribio Nzeza sur l’inscription de la rumba congolaise à l’UNESCO

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À la croisée de l’histoire, de la culture et de la recherche, l’ouvrage  » Rumba congolaise, la reconnaissance de l’UNESCO » revient sur les coulisses d’un moment majeur : l’inscription de la rumba congolaise au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. À travers une approche à la fois pédagogique et documentée, son auteur, Professeur Ribio Nzeza Bunketi Buse, met en lumière un processus souvent méconnu, fruit d’années de travail, de collaboration entre les deux Congo et d’un engagement profond pour la mémoire collective. Spécialiste du management culturel, Ribio Nzeza décrit, dans cette interview accordée à CONGOPROFOND.NET, son œuvre qui s’appuie sur des recherches approfondies, des archives, des entretiens ainsi qu’une expérience directe au sein des mécanismes ayant conduit à la reconnaissance internationale de ce patrimoine. 

CONGOPROFOND.NET: Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire cet ouvrage sur l’inscription de la rumba congolaise à l’UNESCO ? À quel public s’adresse principalement ce livre ?

Prof. Ribio Nzeza : Le constat est que la reconnaissance a suscité une joie et une fierté, qui sont légitimes. Mais on n’a pas suffisamment mis en lumière, dans notre mémoire collective, le travail accompli par la Commission nationale de la RDC, la commission mixte, pour déposer le dossier. Il était important de faire comprendre que l’inscription à l’UNESCO n’a pas été une simple proclamation, mais il y a eu une proclamation basée sur un dossier déposé qui a nécessité des efforts, un cheminement, la recherche de documentation, des entretiens, et de longues années de préparation. Le deuxième objectif, c’est le devoir de mémoire aussi, de transmettre aux nouvelles générations le processus qui a mené à ce qui reste aujourd’hui dans les annales de l’histoire de la musique congolaise et africaine, dans le patrimoine culturel immatériel congolais et continental.

Le livre s’adresse à la fois au grand public, car il est écrit dans un langage simple, accessible, avec quelques anecdotes. Il y a la question de « Mabanga » qui intéresse tout le monde. Il vise également un public plus intéressé par la recherche scientifique sur la rumba congolaise. Il sert aussi à documenter les travaux des institutions publiques évoluant dans le secteur culturel.

Vous parlez d’une “scène en 10 actes” : pourquoi ce choix narratif ?

La scène en 10 actes est une métaphore tirée du registre de l’art dramatique, du théâtre. On considère qu’une scène est constituée de plusieurs actes. L’inscription de la Rumba est l’aboutissement d’un cheminement, d’un parcours constituant une scène qui se termine glorieusement par la reconnaissance de l’UNESCO. Mais ce cheminement était constitué d’étapes. C’était une scène en actes. J’ai considéré les phases importantes de ce cheminement comme des actes. J’en ai répertorié 10. La métaphore a un but pédagogique, pour faciliter la compréhension et la rétention, surtout pour une histoire qui est appelée à être transmise de générations en générations.

Quels ont été les principaux défis rencontrés par la commission scientifique mixte ?

Le principal défi était lié à la nature d’un travail réalisé par deux parties autour d’un même objet. C’est celui de l’harmonisation, être en mesure de pouvoir coordonner et prendre en compte à la fois les éléments d’une rive et de l’autre. Heureusement, la qualité des membres de la commission, leur volonté à travailler ensemble et le sentiment d’appartenance à une histoire commune, celle de la Rumba, ont fait que les contributions ont été apportées de part et d’autre, prises en compte de manière équilibrée dans un esprit de collaboration qui s’est traduit par des travaux à la fois à Kinshasa et à Brazzaville, par la rencontre deux ministres de la culture et par la signature conjointe du formulaire d’inscription.

⁠ ⁠Y a-t-il eu des moments décisifs ou des tensions marquantes dans le processus ?

En termes de travail au sein de la commission de la RDC et de la Commission mixte (les deux Congo), il n’y a pas eu de tensions. Tout s’est passé de manière harmonieuse. Je voudrais souligner aussi que des deux côtés du fleuve, il y a une bonne compréhension. Nous partageons beaucoup d’éléments sur le plan socioculturel. D’ailleurs, dans la déclaration d’inscription lue par le Comité intergouvernemental, le texte est dans le livre, non seulement la qualité du dossier a été soulignée, mais surtout la collaboration entre les deux pays.

La période la plus inquiétante a été celle de la COVID-19 parce que le dossier a été déposé en 2020. À ce moment-là, il y avait le confinement à Kinshasa, donc il n’était pas toujours aisé de pouvoir se rendre au centre-ville, où la commission travaillait. En même temps aussi, le canal d’envoi du dossier posait problème, car il y avait des restrictions en termes de vol, et nous ne savions pas correctement comment il fallait envoyer le dossier. Heureusement que le Secrétariat de la Convention de 2003 sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, à Paris, par le canal de Monsieur Tom Curtis avait informé qu’il était possible d’envoyer via un dispositif électronique. C’est ce que nous avons fait.

Comment s’est concrètement articulée la collaboration entre la République démocratique du Congo et la République du Congo ?

La collaboration s’était articulée autour d’une commission mixte qui a été mise sur pied à Kinshasa lors d’un atelier organisé avec l’appui du bureau de l’UNESCO en RDC, à l’hôtel Pullman. Chaque pays disposait déjà d’une commission scientifique pour préparer le dossier d’inscription. Nous nous étions réunis et avions désigné par consensus les responsables de la commission mixte aux postes de président, de vice-président, de rapporteur et de rapporteur adjoint. J’ai été désigné Rapporteur de la commission mixte en plus de la même position au niveau de la commission de mon pays. Une feuille de route a été tracée. Une seconde étape de travail s’était déroulée à Brazzaville, et une autre séance de travail à Kinshasa lors d’un colloque international au musée national de Kinshasa. Au cours de ce colloque, le ministre de la culture de l’époque, Jean Marie Lukundji avait reçu son collègue du Congo-Brazza, Dieudonné Moyongo.

Selon vous, qu’est-ce qui fait la singularité de la rumba congolaise sur la scène mondiale ? Comment expliquer sa longévité et sa capacité à se réinventer ?

Il y a trois éléments. Le premier est l’ancrage historique. La rumba a marqué ses premiers pas de son expansion africaine et mondiale au début des années 60, son expansion à la période des indépendances et bien après. Elle a marqué les générations. Le second est la capacité d’être réinventée sous ses différentes formes grâce au génie de nos artistes, des pionniers comme Wendo Kolosoy, Bowane, Jean Serge Essous, Joseph Kabasele jusqu’aux plus jeunes. Le troisième élément est le rythme de la rumba qui est particulier, vivant, rempli d’ambiance, la sebene qui fait danser, la guitare solo qui emporte.On a tous suivi la vidéo du président américain Barack Obama qui a indiqué que son père écoutait souvent la rumba de Franco. Il ne comprenait pas le lingala mais appréciait le rythme.

Par ailleurs, la rumba va de pair avec le phénomène de la SAPE qui est devenue de plus en plus populaire, surtout à l’étranger portée par les milieux de la diaspora congolaise. Elle est devenue un produit commercial et de soft power. Il suffit de penser aux chansons sur la sapologie, aux défilés des sapeurs comme celui à l’ouverture des 9è jeux de la Francophonie à Kinshasa.

Vous évoquez la sape et le tourisme : pourquoi ces thématiques sont-elles importantes dans votre analyse ?

Ces thématiques sont importantes car je les ai comprises de ma formation académique. Les éléments principaux de mon parcours en management de la culture sont présentés à l’intérieur de l’ouvrage, dans une espèce d’autobiographie. Dans ce domaine, on ne s’intéresse pas à la musique ou à la rumba congolaise comme performance artistique mais aux aspects managériaux, politiques, économiques et sociaux qui lui permettent d’évoluer.

Lorsqu’on relie la Rumba congolaise avec d’autres éléments de son environnement, ou de son écosystème, l’on pense forcément à la SAPE et au tourisme. La SAPE est un des phénomènes, comme je l’ai expliqué, qui est devenu un produit commercial, un produit d’appel, et même un élément de soft power. Le tourisme doit l’être également. D’ailleurs, l’inscription de la Rumba congolaise, doit normalement avoir des retombées sur le plan touristique par la mise en œuvre des politiques publiques adaptées. Le musée de la Rumba inauguré récemment participe à cette dynamique de même le festival mondial de la musique et du tourisme organisé avec l’appui d’ONU Tourisme. Il y a un rôle socio-économique de la Rumba congolaise qui convient de mettre en avant. La SAPE et le tourisme sont des atouts à rentabiliser.

Pourquoi avoir intégré une annexe de 500 “mabanga” dans votre ouvrage ? Que révèlent ces dédicaces sur l’évolution de la musique congolaise et de la société ?

À côté de la SAPE, les mabanga constituent un phénomène de la musique congolaise, solidement entré dans nos habitudes. Tout le monde s’y retrouve, et l’on peut dire que dans 80 à 90 % des chansons de rumba congolaise, on trouve des mabanga.

Ils révèlent beaucoup des faits de notre société, les personnages influents de la société aux niveaux politique, économique, religieux, philanthropique, etc. L’on découvre les personnages du moment, ceux qui ont traversé le temps, les perceptions de la réussite sociale, etc. Ils ne sont pas forcément propres à la musique congolaise moderne. Les griots en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord, comme les griots dans les mariages à Djerba en Tunisie, en font usage depuis des temps reculés. Dans la rumba congolaise, ils sont si ancrés qu’il y a même des sections des chansons, voire des chansons entières, qui ne sont que des successions mélodieuses de mabanga. Une personne qui ne comprendrait pas le lingala ne s’en rendrait pas compte.

J’ai inséré cette annexe de 500 mabanga issus de mes recherches parce que, lors de ma thèse, j’ai abordé la question en étudiant les perceptions de réussite sociale via l’identification aux personnages mis en avant dans les chroniques musicales télévisées à Kinshasa. J’ai estimé utile de mettre à la disposition de la communauté scientifique un matériau de recherche exploitable par plusieurs disciplines (droit, économie, sociologie, etc.). L’on pourrait avoir des réponses à ces types de questions : combien coûte en moyenne un libanga ? Y a-t-il un circuit économique alternatif au modèle moderne de l’industrie musicale ?

C’est aussi une liste plaisante à lire avec des entrées en ordre alphabétique pouvant intéresser tout amoureux de la Rumba congolaise.

Après l’inscription à l’UNESCO, quels sont les défis majeurs pour la sauvegarde de la rumba congolaise ? Les engagements pris dans la stratégie de promotion sont-ils réellement suivis aujourd’hui ?

L’inscription est une série d’engagements. Le livre, dans sa dernière partie, fait une ébauche de leur suivi sur la base de la “Stratégie de promotion et de sauvegarde de la rumba congolaise” qui a été publiée. Globalement, on note un engagement visible de la société civile, du monde artistique, et, dans une moindre mesure, du secteur privé. Le secteur public est en train d’en faire davantage tout en ayant des chantiers à débuter, à accélérer et à parachever.

L’important est d’avoir la conscience collective qu’il s’agit d’un label qu’il faudrait garder, maintenir, et rentabiliser pour ne pas tomber un jour sur la liste de sauvegarde urgente, ce qui veut dire que la Rumba congolaise serait en péril.

Si vous deviez résumer la rumba congolaise en une phrase, que diriez-vous ?

La Rumba congolaise est rythme et vie pour l’épanouissement humain intégral.

Propos recueillis par Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET 

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