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Du tapage nocturne à mourir: Proposition d’une éthique du sommeil ( Tribune de Russell Nsondey Monsengo, Sj.)

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S’il est vrai que l’Afrique est le continent qui chante, la République Démocratique du Congo est un des pays qui dansent, et Kinshasa est une des villes qui dansent nuit et jour !

La musique nocturne et toute forme de tapage nocturne laissent croire que la population kinoise a su contourner le mystère du sommeil, ce qui pourtant s’avère suicidaire pour le genre humain, et pour tout être vivant. Le sommeil a, nul n’oserait le récuser, un rôle vital très capital qu’approuvent aussi bien les hommes de science que le vulgaire. Et, comme cela peut déjà se lire en filigrane de notre tribune, les conséquences, toujours redoutables, du manque de sommeil, surtout d’un manque de sommeil continuel participe à la litanie des causes de la mortalité. On en cite aussi la dépression, la faiblesse su système immunitaire, les accidents vasculaire cérébral, etc.

Pourquoi parlons-nous de tapage nocturne ?

On l’aura compris, le hic de notre réflexion ne pointe pas de ferme doigt tout manque de sommeil en général ; bien que la dynamique nous y puisse conduire, ce ne serait que par extension.

En effet, le manque de sommeil se doit à plusieurs causes qu’il n’est point besoin de ressasser présentement.

Ce qui nous préoccupe ici est le manque de sommeil du au tapage nocturne sous la forme particulière de la musique. En cela, le choix topographie de la ville de Kinshasa n’est pas un aléa de choses, mais plutôt un allant de soi soutenu par l’expérience.

La ville de Kinshasa et le bruit à couper le sommeil

Il est scientifiquement prouvé que le manque de sommeil offre les conséquences suivantes : La fatigue mentale, le trouble d’humeurs, la fatigue physique, l’envie excessive de manger, un affaiblissement du système immunitaire, la perturbation du métabolisme et du rythme cardiaque. Ces effets peuvent être vérifiés par quiconque en fait l’expérience.

Dans son numéro 5 du 15 mars 2008, la revue Renaitre consacrait l’entièreté de sa rubrique dossier à une réflexion sur le manque de sommeil à Kinshasa.

Le dossier évoqué nous livre ces quelques informations vérifiées et encore vérifiables : (a) Deux Kinois sur trois n’ont pas assez d’heures de sommeil ; (b) les enfants qui habitent les zones bouillantes réussissent moins à l’école que ceux des zones calmes ; (c) « privé de sommeil, un homme meurt plus vite que celui à qui on a privé de la nourriture ! » (Dr. Mananga Lelo). Le journal évoqué dresse une liste non exhaustive des causes du manque de sommeil. Nous voulons ajouter à cette liste, trois réalités sociales, à savoir, les deuils, les bars et les églises.

Du deuil comme concert funèbre…

Depuis les descriptions des premiers ethnologues, l’Afrique présente une drôle de manière de pleurer les morts. Alors que la dépouille entre dans le silence, les éprouvés estime toujours nécessaires de l’accompagner, tout le temps de l’exposition, avec des bruits dont il n’aurait aucun égard.

Les Africains pleurent en dansant et ces danses, folkloriques soient-elles, sont de vrais concerts funèbres. Et, puisque les pleureurs ne peuvent s’y adonner indéfiniment, il est fait recourt à des groupes, fraternités ou orchestres qui prennent la relève. Or, la RDC a gracieusement bénéficié de certaines religions qui s’illustrent en fanfares et qui offrent leurs services moyennant plusieurs modalités. Ces atouts réunis, le bruit est à craquer les tympans.

Les bars et les églises qui réveillent

Il s’avère difficile de parler séparément des
bars et des églises qui réveillent, quant au sujet qui nous concerne.

Ces deux entités sont aujourd’hui jumelles, que l’on nous accorde les termes. Une simple observation de la ville nous le permet de dire.

La ville est occupée presqu’uniformément de manière à ce qu’après un nombre approximatif de cinq bars successifs, on trouve une église. De la sorte, les habitants qui dorment très tard à cause de la musique, sont trop tôt réveillés par les églises de réveil.

Le bruit de la ville et le silence des autorités

Au regard de ce qui précède, on serait en droit de déduire ce qui suit. Si deux Kinois sur trois ne dorment bien, la ville serait alors pleine d’une population dont le deux-tiers court le risque constant d’être frappée ou est déjà frappée par les conséquences fatales susmentionnées, ce qui représente un grand danger pour la ressource humaine.

Si les enfants habitant les zones bouillants réussissent moins, autrement travaillent mal, et que ces zones sont le plus peuplées, la ville serait alors habitée par une jeunesse moribonde. Le tapage nocturne aurait donc le danger de tuer tant intellectuellement que physiquement la ville de Kinshasa.

Par ailleurs, cette dernière se trouve être la capitale administrative du pays. Tous les pouvoirs tendent vers et se rencontrent dans cette ville, dirions-nous sans aucun risque de contredit. Ces éléments pris en compte, la constatation du silence fait à la problématique du tapage nocturne devient tout simplement sordide. Est-ce parce que les bruits crient plus fort que la voix des autorités ? Nous n’en sommes pas d’avis.

En effet, une tentative de remédiation au problème a été entamée en juillet 2007 par M. Georges Minsanyi, alors ministre de la Justice, qui fit publier des mesures quant à ce. Mais hélas !

Comme cela arrive couramment, le remaniement de l’équipe gouvernementale survenu en novembre de la même année emporta en même temps le ministre et ses nobles prétentions.

Nouveau visage, nouvelles normes !

Vu sous un autre angle, le silence des autorités s’explique, par le silence dont elles jouissent.

A prêter attention à l’occupation de la ville, on se rend compte que les milieux les plus bouillants sont des quartiers non seulement populaires, mais aussi majoritairement habités par des moins nantis.
Par contre, l’entourage des riches est bien souvent calme.

En outre, que les enfants habitant des milieux bouillants réussissent moins à l’école, les enfants des autorités, et partant des riches, sont épargnés du désastre. De plus, la plupart d’enfants des hommes riches, et des autorités politiques congolaises ne font pas leurs études en RDC.

Dans un tel contexte, on serait en droit de dénoncer une certaine indifférence.

Que faire ?

De retour aux sources à la source, il va de soi que la solution au problème ayant fait objet de notre réflexion exige un effort triptyque.

D’une part, il convient d’appeler chaque citoyen à la responsabilité. Il est ici lieu de proposer une « éthique du sommeil nocturne », qui poserait pour premier principe : « la nuit est faite pour dormir ».

Mais, puisque tous ne pourront se trouver unanimement en état de dormir durant la nuit, des circonstances particulières influant, le deuxième principe plus conciliant de cette éthique serait : « que ceux qui ne dorment pas se sentent responsables du sommeil des autres ».

D’une autre part, puisque, la nécessité de légiférer sur le tapage nocturne est incontestable, il urge de sortir les autorités de leur silence.

En dernier ressort, il s’agit de ramener à cette éthique de sommeil nocturne les églises de réveil qui réveillent très tôt. Nous aurions bien voulu proposer ici la possibilité de réduire raisonnablement le flux de ces églises, mais cela est une problématique qui en appelle à d’autres considérations. Plaise donc à qui le pourra de nous compléter en ce sens ou en tout autre sens visant le même intérêt : le calme dans la ville durant la nuit.

Russell Nsondey Monsengo, Sj.

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Procès “des Enfants chillers” : Marie-Ange Mushobekwa réclame 3,4 millions de dollars !

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Et si le mobile n’était pas seulement la justice ? La plaidoirie de la partie civile, ce jeudi 30 Avril 2026 aura duré une heure. Elle aura aussi produit un chiffre qui a fait réagir l’assistance jusqu’aux bancs de la presse : 3.400.000 dollars américains. Un million de dollars par enfant et 200.000 dollars pour chaque mère soit 7.898.200.000 CDF (taux de 2 323 CDF) c’est-à-dire sept milliards huit cent quatre-vingt-dix-huit millions deux cent mille francs congolais.

Un montant colossal, présenté comme la juste réparation de “douleurs et souffrances aiguës intentionnellement infligées”, selon les mots du conseil de Madame Marie-Ange Mushobekwa parlant au nom de toutes les parties civiles. Mais au-delà de l’effet d’annonce, ce quantum interroge. Et ouvre une brèche que les prochaines audiences ne pourront ignorer. Car le décalage est troublant. D’un côté, un récit d’horreur : torture, détention illégale, séquestration, cages à chiens.

De l’autre, un dossier médical qui, de l’aveu même du médecin traitant Docteur Yenga Mbuta Dosh Junior, ne révèle aucun traumatisme interne, aucune fracture, aucune lésion grave. Les vidéos projetées montrent des enfants certes éprouvés, mais que l’on voit debout, capables de se mouvoir, sans trace visible de saignement (alors même que la plaignante Marie-Ange Mushobekwa affirmait que ses fils saignaient). L’écart entre la gravité alléguée et les constatations objectives interroge nécessairement la proportionnalité de la demande indemnitaire.

Quatre mois de procès, et ce constat implacable : personne n’a pu désigner Philemon Mambabwa comme le véritable architecte des violences, rien ne documente un ordre explicite sorti de sa bouche, et son récit, livré avec constance depuis le premier jour, demeure à ce jour sans contradiction. Dès lors, une question s’invite dans les couloirs du prétoire : ce procès était-il mû par la seule quête de justice, ou ce chiffre de 3,4 millions de dollars soit 7.898.200.000 Francs Congolais, trahit-il un objectif plus lucratif ?

Les parties civiles ont le droit de solliciter réparation. Mais lorsque la somme réclamée semble décorrélée de la matérialité des faits établie à l’audience, c’est la crédibilité même de la démarche qui est en jeu. La défense, qui se dit prête à plaider, ne manquera certainement pas de le relever.

TEDDY MFITU

Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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