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Dette publique : Moins de 5 % en 2024, plus de 31 % en 2026-le virage commercial est bien réel, selon la DGDP

Le communiqué publié le 9 septembre 2026 par la Direction générale de la dette publique (DGDP) apporte un éclairage décisif au débat ouvert par Nicolas Kazadi. La RDC n’est pas aujourd’hui surendettée. Mais les chiffres officiels montrent qu’en 2 ans, la structure de son endettement a profondément évolué, avec une progression rapide des financements non concessionnels.

C’est précisément cette trajectoire, davantage que le niveau actuel de la dette, que l’ancien ministre des Finances appelle à surveiller.

Au 30 juin 2026, la DGDP établit l’encours de la dette publique à 18,55 milliards de dollars, contre 15,01 milliards au 31 décembre 2025. En six mois, la dette a donc augmenté d’environ 3,54 milliards de dollars, soit près de 24 %.

Mais l’information la plus importante est ailleurs : hors arriérés, les financements non concessionnels représentent désormais 31,39 % des instruments de financement, dont 21,83 % de titres publics domestiques, 8,57 % d’Eurobond et près de 1 % de créances commerciales extérieures.

À la mi-2024, sur la base des composantes alors publiées par la DGDP, la part comparable des financements de marché restait inférieure à 5 %.

Le changement est donc considérable.

Le niveau reste faible, mais la structure change

Personne, à commencer par Nicolas Kazadi, ne soutient que la RDC serait déjà en situation de surendettement.

L’ancien ministre l’a lui-même résumé : « La dette publique est encore soutenable, mais c’est sa trajectoire qui inquiète à court et moyen terme. »

La DGDP confirme d’ailleurs que les principaux indicateurs restent sous les seuils prudentiels : la valeur actualisée de la dette publique représente environ 10,5 % du PIB, pour un seuil de référence de 35 %.

Mais regarder uniquement ce ratio revient à photographier la situation présente sans observer la direction du mouvement.

Le véritable débat porte désormais sur la vitesse à laquelle une dette historiquement dominée par les financements concessionnels se transforme en dette de marché, plus coûteuse et généralement plus exigeante en matière de remboursement et de refinancement.

Le Centre financier : un faux contre-exemple

C’est dans ce contexte que doivent être appréciées les attaques d’une frange de l’opinion, qui opposent à Nicolas Kazadi les quelque 157,5 millions de dollars de financements commerciaux mobilisés en 2023 pour le Centre financier et l’Arena.

Kazadi n’a jamais nié avoir eu recours à des financements commerciaux.

Mais une opération ponctuelle de cette taille, dans un portefeuille restant très largement concessionnel, n’est pas comparable à une transformation de plusieurs milliards de dollars de la structure de la dette.

Surtout, les projets concernés étaient déjà largement engagés. Le constructeur avait préfinancé les travaux et quelque 110 millions de dollars avaient déjà été partiellement remboursés lorsque le financement fut présenté au Conseil des ministres en mai 2023. Le Conseil avait alors indiqué explicitement que ces financements n’enfreignaient pas le programme conclu avec le FMI et n’affectaient pas la viabilité de la dette publique.

La logique défendue par Kazadi est donc moins celle d’une opposition à toute dette commerciale que celle du bon usage de la dette chère : la mobiliser lorsqu’un projet est mûr, immédiatement exécutable et capable d’absorber rapidement les fonds.

Se perdre dans les calculs 

La polémique autour du remboursement du Centre financier illustre aussi les confusions qui entourent ce débat.

Un média très impliqué dans ce dossier présente désormais comme « calcul réel » une échéance semestrielle comprenant 26,25 millions de dollars de principal et 8,73 millions d’intérêts, puis reproduit cette charge d’intérêts sur plusieurs semestres.

Or, si 26,25 millions de principal sont remboursés chaque semestre, l’encours diminue. Les intérêts doivent donc diminuer eux aussi.

Plus fondamentalement, comparer un prêt amortissable, où le capital est progressivement remboursé, à un Eurobond dont une grande partie du principal est repoussée aux échéances futures exige de distinguer remboursement du capital et coût financier.

Une sortie de trésorerie n’est pas automatiquement un intérêt.

La DGDP rejoint finalement l’avertissement de Kazadi

Le passage le plus significatif du communiqué du 9 septembre se trouve peut-être dans sa conclusion.

La DGDP maintient la RDC dans la catégorie des pays à risque modéré de surendettement, mais précise que la soutenabilité dépendra notamment de trois facteurs : la mobilisation des recettes, l’affectation des ressources empruntées à des projets productifs et une gestion prudente des nouvelles émissions non concessionnelles.

C’est exactement le cœur du débat actuel.

La dette demeure soutenable, mais sa soutenabilité future dépend précisément de la manière dont sera maîtrisée la progression de la dette non concessionnelle.

Dès lors, la question n’est plus de savoir si Nicolas Kazadi avait lui-même emprunté commercialement en 2023. Il l’avait fait et ne le conteste pas.

La question est de savoir comment la RDC est passée, en seulement deux ans, d’une dette de marché marginale à des financements non concessionnels représentant désormais plus de 31 % des instruments de financement.

Le vrai débat est devant nous

La RDC conserve un avantage précieux : un niveau d’endettement encore relativement faible.

Mais la prudence consiste justement à préserver cet avantage avant qu’il ne disparaisse.

Financer le développement nécessitera évidemment de continuer à emprunter. Toute la question est de choisir le bon financement, au bon coût, au bon moment et pour le bon projet.

Le communiqué de la DGDP ne clôt donc pas le débat lancé par Nicolas Kazadi.

Il lui donne au contraire une nouvelle base factuelle.

Moins de 5 % en 2024, plus de 31 % en 2026 : le virage commercial de la dette congolaise n’est plus une appréciation politique. C’est désormais une réalité que les chiffres officiels permettent de mesurer.

Dorcas Ntumba/CONGOPROFOND.NET