Société
De pneus usés à babouches : à Kananga, les jeunes sourds-muets du centre Mpandilu misent sur l’artisanat pour vivre
À première vue, rien ne distingue ce petit atelier du centre « Mpandilu », niché près du rond-point Notre-Dame à Kananga. Pourtant, derrière ses murs modestes, se construit chaque jour une histoire de courage et de reconstruction sociale portée par de jeunes vivant avec une déficience auditive.
À Kananga, chef-lieu du Kasaï-Central, une initiative discrète mais profondément transformatrice est en train de redéfinir la notion d’insertion sociale. Au centre « Mpandilu », situé non loin du rond-point Notre-Dame, de jeunes vivant avec une déficience auditive ont trouvé dans le recyclage des pneus usés une voie concrète vers l’autonomie économique.
Loin des discours théoriques sur l’inclusion, ces jeunes passent à l’action. Dans un atelier simple mais actif, ils récupèrent des pneus hors d’usage pour les transformer en sandales artisanales destinées au marché local. Découpe, façonnage, assemblage : chaque étape est exécutée avec précision, patience et une grande maîtrise acquise au fil du temps.

Cette activité ne relève pas seulement de la survie. Elle s’inscrit désormais dans une logique d’économie circulaire, où des déchets automobiles deviennent des produits utiles et commercialisables. Les sandales fabriquées sont vendues entre 5 000 et 8 000 francs congolais la paire, générant ainsi un revenu essentiel pour ces jeunes qui refusent la dépendance et la mendicité.
Selon l’encadreur du centre Mpandilu, Jacques Mputu, ce projet est né d’une adaptation progressive des formations initiales. Les bénéficiaires avaient d’abord été orientés vers la menuiserie, mais le manque de moyens a conduit à une réorientation vers la cordonnerie artisanale, plus accessible et immédiatement exploitable.
« En observant l’un d’entre eux travailler les chaussures, les autres ont rapidement appris. C’est un métier basé sur la pratique et la répétition », explique-t-il.
Au-delà de l’aspect économique, cette activité est devenue un véritable espace de valorisation personnelle. Les jeunes artisans développent discipline, confiance en eux et sens du travail bien fait, suscitant l’admiration de plusieurs habitants de la ville.
Parmi les clients, certains reconnaissent la qualité des produits et l’impact social de leurs achats. C’est le cas de Louis Ntumba, qui souligne l’importance de soutenir cette initiative locale : « Leur travail est sérieux et les sandales sont solides. Acheter chez eux, c’est encourager leur effort et leur dignité. »
Malgré ces avancées, les défis restent importants. Le centre Mpandilu fait face à un manque d’équipements adaptés, de financements et de matériel moderne pour augmenter sa capacité de production et améliorer les conditions de travail.
Les responsables appellent ainsi les autorités provinciales, les organisations humanitaires et les partenaires privés à s’impliquer davantage pour renforcer ce modèle d’inclusion par le travail. Un soutien structuré permettrait non seulement d’améliorer la production, mais aussi d’élargir les opportunités économiques de ces jeunes.
À travers cette initiative, Kananga illustre une réalité souvent sous-estimée : lorsque les déchets deviennent ressources et que le handicap rencontre l’opportunité, l’exclusion peut se transformer en autonomie durable.
Mike Tyson Mukendi
Société
Kananga : abondance de fruits sur les marchés locaux, mais les défis de transport freinent l’acheminement depuis les zones rurales
Dans la ville de Kananga, les marchés enregistrent en ce moment une forte disponibilité de fruits frais, notamment les ananas, papayes, citrons et oranges. Cette situation crée un soulagement pour les consommateurs, qui bénéficient de prix relativement abordables et d’une offre variée en pleine période de chaleur.
Ces produits proviennent principalement des villages périphériques et zones rurales environnantes, où les récoltes sont jugées particulièrement abondantes cette saison. Toutefois, cette dynamique positive est freinée par un problème récurrent : les difficultés de transport entre les zones de production et les centres urbains.
Les commerçants indiquent que le manque de moyens de transport fiables et réguliers entraîne des pertes et limite la fluidité de l’approvisionnement des marchés de la ville.
Les prix moyens observés sur les marchés sont les suivants : la papaye se vend autour de 1 000 FC pour une grande taille, les citrons et oranges sont proposés à raison de quatre pièces pour 1 000 FC, tandis que les ananas coûtent entre 500 et 1 500 FC selon leur taille.
Un vendeur rencontré sur place a expliqué les contraintes auxquelles ils font face : « Nous avons beaucoup de fruits, mais le transport reste un problème pour les acheminer régulièrement à Kananga », a-t-il confié.
Sur le plan sanitaire, les professionnels de santé encouragent fortement la consommation de ces fruits. Ils contribuent à l’hydratation du corps et à la prévention de plusieurs maladies liées à la chaleur. Le docteur Benjamin Benebene souligne également leur richesse en vitamines et minéraux, essentiels pour l’organisme durant cette période.
Présents dans les principaux marchés de la ville, notamment Kamayi, Plateau, Ndesha et Tshiseleka, ces fruits sont aussi vendus par des commerçantes ambulantes, ce qui facilite leur accessibilité. Cependant, les acteurs du secteur appellent à une amélioration des infrastructures et des moyens de transport afin de réduire les pertes post-récolte et garantir un approvisionnement stable et durable des marchés urbains.
Mike Tyson Mukendi
