À la Une
De Ntsio au plateau de Batéké à Gungu dans le Kwilu : L’agroforesterie, une aubaine dans la lutte contre la déforestation et la préservation des forêts naturelles
Depuis plus d’une décennie, la communauté internationale se dépense pour lutter contre la déforestation dans le monde. L’objectif est de préserver la planète contre les changements climatiques. En République démocratique du Congo, où la forêt s’étend sur environ 128 millions d’hectares, 90% des ménages recourent au charbon de bois et au bois de chauffe comme énergie domestique. Des millions d’arbres sont coupés chaque année pour répondre à ce besoin croissant. Afin d’atténuer la pression que subissent ces forêts, des projets d’agroforesterie en savane sont dupliqués dans plusieurs provinces du pays. Il s’agit ici, d’initier les communautés à la culture vivrière et une espèce d’arbre tel que l’acacia (auriculiformis) sur un même espace. A Ntsio au Plateau des Batéké, et à Gungu dans la province du Kwilu, des fermiers expérimentent l’agroforesterie et sont satisfaits de pouvoir contribuer à la sauvegarde de la planète tout en voyant leurs conditions de vie améliorées. Fyfy Solange TANGAMU (Forum des As) et Myriam IRAGI (Top Congo) sont allées à la rencontre de ces amoureux de la terre, les semaines du 5 et 19 juillet. Elles ont appris davantage sur l’agroforesterie et son impact dans la lutte contre la déforestation dans ces contrées. Reportage réalisé grâce au soutien du projet Rainforest Journalism Fund du Pulitzer Center.
Il est 6h du matin, lorsque Bernadette Lumingu, la cinquantaine révolue, houe à l’épaule, se rend à sa ferme de 17 ha. Accompagnée de sa fille, elle s’attèle aux travaux de sarclage. Elle pratique l’agroforesterie dans le domaine de Ntsio, à 200 km du centre-ville de Kinshasa.
«J’ai obtenu cette portion de terre, en 2013, grâce au projet d’agroforesterie, de la Fondation Hanns Seidel. Sur le total des hectares octroyés, 15 sont réservés à l’agroforesterie. On plante des acacias et des cultures vivrières, entres autres, du manioc, de la courge, du sésame… les hectares restants sont réservés au verger. L’année prochaine lorsque les acacias auront atteint leur maturité, je pourrai abattre 1 ha et demi de forêt pour fabriquer du charbon de bois, destiné à la vente et ainsi gagner de l’argent», explique la paysanne.
De la savane à la forêt
Avant, il n’y avait que la savane ici, poursuit-elle, nous étions pauvres car notre sol n’est pas très fertile. Nous ne produisions pas assez. Mais avec l’agroforesterie, notre production a augmenté car l’acacia fertilise le sol et après abattage, il régénère naturellement. Aujourd’hui j’ai ma propre forêt, et je n’ai plus à toucher aux forêts primaires.
Entouré de pins majestueux, le domaine de Ntsio s’étend sur 5.500 ha. Il y a 260 fermes, délimitées chacune par des eucalyptus. Les fermiers sont répartis en 4 associations, détentrices des titres fonciers. Ils se rencontrent chaque semaine. «Nous nous réunissons pour évaluer le fonctionnement de nos activités. Attirer l’attention de ceux qui ne respectent pas les règles de l’agroforesterie. Nous amenons nos récoltes destinées à la vente, et les revenus provenant de deux forages à énergie solaire qui alimentent le site à travers trente-cinq bornes fontaines à prépaiement électronique. Une partie de la vente est reversée à la caisse de l’association pour son fonctionnement», renseigne Wens Wai Wai, président de l’association Mundiakulu.
Une aubaine
Assis sur la véranda de sa maison, les tempes grisonnantes, Martin Bunda, qui a quitté Kinshasa depuis 2013, pour s’adonner aux travaux champêtres raconte:. «Je suis venu habiter ici en 2013, et je ne regrette pas ce choix aujourd’hui, car grâce à l’agroforesterie, j’arrive pleinement à répondre aux besoins de ma famille. Avec la culture de manioc, ma femme produit de la chikwange qu’elle vend. La forêt, nous a permis aussi de pratiquer l’apiculture et le miel est revendu à Kinshasa. Ce projet est vraiment une aubaine pour nous», se réjouit le fermier.
Au moins 460 mille terrains de foot
pour répondre au besoin de charbon
Financée par l’Union européenne, la Fondation Hanns Seidel (FHS) accompagne les fermiers avec un appui matériel pour les labours initiaux, la formation technique mais aussi en semences et plantules provenant de la pépinière centrale. Plus d’un million d’arbres sont distribués aux fermiers de Ntsio et des environs, affirme Pierre Matungulu, responsable de la pépinière.
Pour la Fondation Hanns Seidel, la production de charbon de bois en provenance des sites agroforesterie comme Ntsio ne peut répondre à l’importante demande des grandes villes telles que Kinshasa, qu’à la condition qu’ils soient dupliqués. Ce qui permettrait de préserver les forêts naturelles. «Le projet Ntsio seul, ne suffit pas pour couvrir les besoin en charbon de Kinshasa. Il ne représente que 1 à 2% de la demande. Il faudrait l’équivalent de 460 milles terrains de foot pour y arriver. L’avantage est qu’avec ce projet les fermiers exploitent les forêts qu’ils ont eux-mêmes plantées, au lieu de détruire les forêts naturelles. Car, le cycle de renouvellement de l’acacia, est plus court que celui des arbres en forêt naturelle qui mettent beaucoup plus de temps à se renouveler», indique Pierre Clinquart, Chef du projet.
A gungu, des fermiers exploitent déjà leurs forêts
De Ntsio nous nous sommes rendus à Gungu dans la province du Kwilu où la Fondation, a eu à dupliquer des projets d’agroforesterie. De Kikwit pour atteindre la commune rurale de Gungu, en beaucoup d’endroits les forêts naturelles sont visibles. Peu avant le PK600 sur la RN1, le paysage change, c’est la savane herbeuse, le terrain est sec, sablonneux. Lorsqu’on quitte cette artère, c’est 35 Km de route en terre battue digne d’un rallye Paris-Dakar jusqu’à Gungu.
Sur le site d’Ibansi au village PK600, où le projet a débuté en 2009, l’exploitation du bois remonte à 2017 avec une production de braises estimée à 200 sacs. Soit 10 à 15 tonnes par hectare. «J’ai déjà exploité 5 ha de ma forêt et les acacias ont débuté leur régénération naturelle assistée. Avec la vente de braise je parviens à scolariser mes enfants et subvenir à leurs besoins. De plus l’acacia produit une bonne qualité de braise», rapporte Nelson Matinga, hissé sur son four à charbon bientôt prêt à être défourné.
Cependant, ces fermiers font face à deux défis majeurs, les incendies de forêt et la surexploitation. «En effet, la pratique de l’agroforesterie requiert certaines règles techniques notamment la création des coupe-feu et la prise en compte de l’agriculture qui est l’un des objectifs premiers du projet à savoir la lutte contre la faim. Mais certains fermiers ne les respectent pas, ils abattent les arbres avant maturité et en cas de feu de brousse leurs forêts sont dévastées s’ils ne veillent à créer des coupe-feu », fait savoir Willy Itumbu, Coordinateur de la Fédération des fermiers agroforestiers du Kwilu.
Des fermiers indépendants adhérents aussi à l’agroforesterie
A l’exemple de Kihunda, site pilote mis en place à partir de 2009, qui continue ses activités plusieurs années après la fin du projet initial. L’agriculture durable et pérenne y trouve tout son sens. Séduits par les résultats de leurs collègues, des fermiers indépendants ont rejoint l’initiative. «J’ai été séduit par le quotidien des autres fermiers qui se sont lancés dans l’agroforesterie. Après avoir vu les résultats certains d’entre nous avons opté pour cette technique. Nous avons suivi des formations et la Fondation nous a remis des graines et des arrosoirs pour nous permettre de nous lancer dans l’agro. Aujourd’hui, je suis fier des résultats obtenus car ma vie a changé» témoigne Joacquim Kuzamba, fermier indépendant.
De façon unanime, les fermiers appellent le gouvernement à multiplier ce genre de projet pour lutter contre la déforestation. Mais quelle place occupe l’agroforesterie dans la politique environnementale du gouvernement. «L’agroforesterie est prise en compte dans la politique de notre pays. Car, elle est identifiée comme une des solutions pour lutter contre la déforestation et la dégradation des terres. Et permet de stabiliser les méthodes néfastes d’agriculture sur brûlis, et réduit ainsi la pression sur les forêts naturelles. Bien que le grand projet d’agroforesterie initié en 1970, par le gouvernement et la Banque Mondiale, allant de Menkao jusque dans la province du Kwango n’ait pas abouti pour fournir Kinshasa en charbon de bois» fait savoir Josée Ilanga, Directeur général à la Direction Générale des Forêts au ministère de l’Environnement et Développement durable.
Bien que beaucoup reste encore à faire dans la lutte contre la déforestation en RDC, les sites d’agroforesterie de Ntsio et Gungu, s’illustrent comme un modèle. De plus la grande capacité de séquestration du carbone de l’acacia joue un rôle un rôle important dans la lutte contre le changement climatique.
Fyfy Solange TANGAMU et Myriam IRAGI de retour de Ntsio et Gungu
À la Une
DIGI’TALK Douala 2026 : « L’Afrique doit passer de consommatrice à créatrice du digital », affirme Estelle Essame ( Interview exclusive )
Fondatrice du magazine INNOV’TECH AFRICA et initiatrice de DIGI’TALK, plateforme stratégique dédiée aux acteurs du numérique, Estelle Essame œuvre à structurer et valoriser les écosystèmes technologiques africains. À la croisée des médias, du digital et du développement, elle porte une ambition claire : positionner l’Afrique comme un acteur crédible sur la scène technologique mondiale.
Dans cette interview exclusive accordée à CONGOPROFOND.NET, elle décrypte les enjeux de la transformation digitale et les ambitions de DIGI’TALK.

CONGOPROFOND.NET : On parle de plus en plus de transformation digitale dans le contexte africain. Selon vous, pourquoi ce sujet est-il devenu incontournable pour les entreprises ?
Estelle Essame : Parce que le monde n’attend plus. Aujourd’hui, une entreprise qui n’intègre pas le digital ne perd pas seulement en performance, elle perd en pertinence.
Mais au-delà de la compétitivité, il y a un enjeu encore plus profond en Afrique : le digital est un accélérateur de développement. Il permet de contourner certaines limites structurelles et d’ouvrir des marchés autrefois inaccessibles.
La vraie question n’est plus : “faut-il y aller ?”, mais “à quelle vitesse et avec quelle stratégie ?”.
CONGOPROFOND.NET : Quelle est la vision derrière l’organisation de DIGI’TALK ?
Estelle Essame : DIGI’TALK est né d’un besoin simple : créer des conversations utiles. Pas des panels passifs, mais des espaces d’échanges réels, où les participants se challengent et se connectent.
Ma vision est claire : transformer les discussions en opportunités, et les rencontres en collaborations concrètes.
CONGOPROFOND.NET : Pourquoi avoir choisi Douala comme ville hôte ?

Estelle Essame : Douala est un hub économique majeur en Afrique centrale. C’est une ville dynamique, portée par une forte culture entrepreneuriale et une concentration d’acteurs économiques clés.
Positionner DIGI’TALK à Douala, c’est s’ancrer au cœur de l’activité économique réelle.
CONGOPROFOND.NET : À qui s’adresse principalement cet événement ?
Estelle Essame : DIGI’TALK s’adresse à ceux qui font : entrepreneurs, décideurs, startups, professionnels du digital, investisseurs, mais aussi jeunes talents.
Ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les profils, mais les dynamiques. Créer des ponts entre ces mondes, c’est là que se crée la vraie valeur.
CONGOPROFOND.NET : Quelles thématiques majeures seront abordées lors de cette édition ?

Estelle Essame : Nous avons choisi des thématiques à la fois tendances et stratégiques : la transformation digitale des entreprises, l’intelligence artificielle et les opportunités business dans le numérique.
Mais surtout, nous allons parler concret : cas réels, retours d’expérience et opportunités immédiates.
CONGOPROFOND.NET : Qu’est-ce qui distingue DIGI’TALK des autres rencontres sur le digital ?
Estelle Essame : Son positionnement hybride et orienté résultats. Ce n’est ni un événement institutionnel classique, ni une simple conférence.
C’est un format immersif, conçu pour favoriser des échanges directs, qualitatifs et stratégiques, avec un objectif clair : déboucher sur des collaborations concrètes.
CONGOPROFOND.NET : Quel impact concret attendez-vous pour les participants et les entreprises ?

Estelle Essame : DIGI’TALK doit générer des connexions stratégiques, faciliter l’accès à des opportunités business et accélérer la compréhension des enjeux digitaux.
Pour les entreprises, c’est un levier de veille et de développement. Pour les participants, un accès à des réseaux qualifiés et à des insights de haut niveau.
Notre objectif est clair : créer de la valeur tangible.
CONGOPROFOND.NET : Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui hésitent encore à amorcer leur transformation digitale ?
Estelle Essame : Le principal risque aujourd’hui, c’est l’inaction.
La transformation digitale doit être progressive, structurée et alignée sur les objectifs business. Il ne s’agit pas de tout transformer, mais de prioriser les leviers à fort impact.
Il est aussi essentiel de s’entourer des bonnes expertises et d’adopter une culture d’adaptation continue.
CONGOPROFOND.NET : Quelles tendances digitales marqueront les prochaines années en Afrique ?

Estelle Essame : L’intelligence artificielle va accélérer beaucoup de choses. En parallèle, la cybersécurité deviendra critique.
Je crois également à la montée des solutions africaines, pensées pour nos réalités. Nous allons passer progressivement d’un modèle d’adoption à un modèle de création.
CONGOPROFOND.NET : Comment les jeunes et les startups peuvent-ils tirer parti de cette dynamique ?
Estelle Essame : Les opportunités sont considérables. Ils doivent se positionner rapidement, développer des compétences solides et miser sur la collaboration.
Des plateformes comme DIGI’TALK leur permettent de gagner en visibilité, de rencontrer des partenaires et d’accélérer leur croissance.
CONGOPROFOND.NET : Pourquoi faut-il absolument participer à DIGI’TALK Douala 2026 ?
Estelle Essame : Parce que DIGI’TALK est un catalyseur d’opportunités.
C’est un espace où se rencontrent les acteurs qui façonnent l’avenir du digital en Afrique centrale. En une seule expérience, les participants accèdent à un réseau qualifié, à des insights stratégiques et à des opportunités concrètes.
C’est un rendez-vous à forte valeur ajoutée.
CONGOPROFOND.NET : Un dernier message aux acteurs du numérique et aux décideurs africains ?
Estelle Essame : Nous sommes à un tournant décisif. L’Afrique ne peut plus se contenter d’être un marché de consommation technologique.
Elle doit s’affirmer comme un acteur de création, d’innovation et de production de solutions adaptées à ses réalités.
Cela exige une mobilisation collective : institutions, secteur privé, talents et entrepreneurs.
C’est à ce prix que nous construirons une Afrique qui ne subit pas la transformation digitale, mais qui la façonne.
Propos recueillis par Tchèques Bukasa / CONGOPROFOND.NET
