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Danses virales et filtres de beauté : TikTok redessine les rêves de la jeunesse congolaise

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Avec plus de 10 millions d’utilisateurs actifs en République démocratique du Congo, la plateforme chinoise TikTok s’est imposée en quelques années comme le principal miroir des aspirations adolescentes. Mais derrière les chorégraphies synchronisées et les défis humoristiques, éducateurs et psychologues s’inquiètent d’une standardisation des comportements et d’une quête effrénée de validation numérique.

Enquête dans les cours d’école de Kinshasa

“Si tu n’es pas sur TikTok, tu n’existes pas.” À 17 ans, Divine M., élève en cinquième secondaire au lycée Bosangani, passe en moyenne trois heures par jour sur l’application. Comme elle, des millions de jeunes Congolais ont fait de cette plateforme leur principale fenêtre sur le monde. Dans sa chambre du quartier Matonge, elle répète inlassablement les pas de la dernière danse en vogue, popularisée par l’influenceuse congolaise Manické.

“Avant, je dansais pour m’amuser. Maintenant, je vérifie toutes les dix minutes si j’ai eu des likes. Ça m’angoisse parfois”, avoue-t-elle, le regard vissé sur son écran. Cette dépendance à la validation numérique n’a rien d’anodin, prévient Guy M., psychologue clinicien à la maison des jeunes de Bandalungwa. “Nous recevons de plus en plus d’adolescents qui développent une anxiété sociale ou des troubles de l’estime de soi liés à leur vie en ligne”, explique-t-il.

Le mécanisme est connu : l’algorithme de TikTok, conçu pour maximiser le temps de visionnage, récompense la conformité aux tendances dominantes. “Résultat : des jeunes qui parlaient lingala ou tshiluba avec un accent de leur quartier se mettent à adopter un parler ‘standardisé’ entendu sur les vidéos virales. Le vêtement, la gestuelle, même la façon de rire deviennent des copies conformes de ce qui ‘passe bien’ à l’écran.”

Faut-il pour autant diaboliser l’application ? Pour Trésor K., 22 ans, étudiant en communication et créateur de contenus à Lubumbashi, TikTok reste d’abord un formidable outil d’émancipation. “J’ai appris le montage vidéo tout seul grâce aux tutoriels. Aujourd’hui, mes sketchs en swahili sont vus par des Congolais de Goma jusqu’à ceux de la diaspora en Europe. C’est une scène mondiale gratuite”, plaide-t-il.

Un enthousiasme que tempère Mme Odette T., enseignante en morale : “Le problème n’est pas l’outil, c’est l’absence totale d’éducation à l’image. Ces jeunes sont lâchés dans un océan de contenus sans boussole. Ils ne savent pas distinguer une vraie information d’une mise en scène commerciale.” Face à ce constat, des initiatives émergent timidement. À l’Institut Lumumba, un club hebdomadaire de “critique vidéo” a vu le jour en janvier dernier.

Chaque vendredi, une dizaine d’élèves analysent ensemble une tendance TikTok : pourquoi ce son est-il devenu viral ? Que cherche à vendre cet influenceur ? “L’idée n’est pas de leur interdire l’application, ce serait absurde, mais de leur donner les lunettes pour la regarder autrement”, résume M. Patrice E., préfet des études. Un petit pas pour ces élèves, un grand pas pour une génération qui apprend, vidéo après vidéo, à ne pas confondre la valeur d’un “like” avec la valeur de soi.

Believe Likoko / Stagiaire UCC

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A Kampala, des experts plaident pour une paix “ancrée localement” en RDC face aux limites des accords internationaux

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La 9ème édition de la Conférence de géopolitique de Kampala (KGC2026), tenue les 15 et 16 avril 2026 à l’Université Makerere en Ouganda, a pris fin ce jeudi sur un panel consacré à la situation en République démocratique du Congo.

Intitulé « Paix empruntée, ressources hypothéquées : le dilemme de souveraineté de la RDC et les perspectives de paix durable entre le cadre de Doha et l’accord de Washington », le panel 4 a réuni plusieurs spécialistes autour des défis que représentent les actuels processus de négociation pour la stabilisation du pays.

Le professeur Kasaijja Phillip Apuuli a souligné les limites des modèles standardisés d’accords de paix, rappelant que des solutions durables nécessitent une appropriation locale plus forte. « Les accords dont le processus n’est pas possédé nativement ne suscitent pas d’engagement », a-t-il observé, plaidant pour une implication directe des populations congolaises dans la conception des mécanismes de sortie de crise.

Asuman Bisika a pour sa part abordé la question de la souveraineté comme un espace en constante négociation, notamment face aux enjeux liés à la gestion des ressources naturelles. La professeure Zahara Nampewo a quant à elle interrogé la capacité de la RDC à mettre en œuvre des accords dans des cadres aussi complexes que Doha et Washington, au regard des contraintes politiques, économiques et géographiques propres au pays.

Les intervenants ont également replacé la crise congolaise dans son contexte historique long, depuis les années 1960 jusqu’aux tensions actuelles dans l’est du pays.

Au terme des échanges, les panélistes ont convergé vers la nécessité d’un ancrage africain plus affirmé dans les processus de paix, afin d’en garantir la durabilité et l’appropriation par les parties prenantes locales.

 

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