Culture
Culture : KinAct célèbre ses 10 ans, un jubilé doux-amer sur fond de dette locative de 50. 000 dollars
Le KinAct Festival, contraction de « Kinshasa en action », célèbre cette année ses dix ans d’existence. Pour cette édition anniversaire, la plateforme internationale consacrée à l’art de la performance revient sur une décennie d’activités artistiques, citoyennes et écologiques menées dans plusieurs quartiers de la capitale congolaise.
Une conférence de presse organisée samedi 23 août à l’espace culturel et artistique » Ndaku ya la Vie est belle, se nichant à Matonge, quartier emblématique de Kinshasa qui abrite notamment le « Village Molokai », a marqué cette célébration des dix années d’existence du festival, fondé en 2015 par l’artiste congolais Eddy Ekete et la Française Aude Bertrand.
Dix ans de performance au cœur de Kinshasa
Depuis sa création, le KinAct Festival s’est imposé comme un rendez-vous particulier de la scène culturelle congolaise.
Contrairement aux festivals confinés aux salles de spectacle ou aux espaces culturels traditionnels, KinAct privilégie une approche itinérante et urbaine, investissant directement les rues et les quartiers populaires de Kinshasa.
De Bandalungwa à Matonge, en passant par la Gombe, Kimbanseke et d’autres communes de la capitale, le festival transforme temporairement les espaces du quotidien en véritables scènes artistiques.
Cette démarche permet de rapprocher l’art des populations et de sortir la performance contemporaine des cadres institutionnels classiques.
Le KinAct se présente ainsi comme un espace où artistes, performeurs, habitants et spectateurs se rencontrent autour de problématiques qui dépassent le simple domaine artistique.
Quand l’art devient un outil de sensibilisation écologique
L’une des particularités du KinAct réside dans sa volonté d’utiliser la performance comme moyen de sensibilisation aux problèmes environnementaux qui affectent Kinshasa.
La pollution plastique et l’insalubrité constituent notamment des thèmes récurrents du festival. À travers des performances, des ateliers, des interventions dans l’espace public et des actions collectives, les artistes interpellent les habitants sur la présence massive des déchets plastiques dans les rues et les espaces publics.
Dans cette démarche, le geste artistique devient également un geste citoyen.
Le ramassage des déchets plastiques, par exemple, ne constitue pas uniquement une opération d’assainissement : il peut être transformé en acte performatif destiné à provoquer une réflexion sur les comportements individuels, la gestion des déchets et la responsabilité collective face à l’environnement.
Le festival entend ainsi démontrer que l’art peut investir les problématiques concrètes de la société congolaise et contribuer à créer un dialogue entre création contemporaine, citoyenneté et écologie.
Un festival itinérant qui donne une autre image de Kinshasa
En choisissant les quartiers populaires comme espaces d’expression, KinAct défend également une certaine conception de la démocratisation de l’art.
La rue devient une galerie à ciel ouvert, le quartier devient une scène et le passant devient, parfois malgré lui, spectateur et participant.
Cette implantation dans les différents espaces urbains permet aux artistes de travailler directement avec les réalités de la ville : ses mouvements, ses difficultés, ses habitants, ses déchets, ses marchés, ses rues et son quotidien.
KinAct fait ainsi de Kinshasa elle-même une matière artistique.
Un anniversaire « doux-amer »
Mais derrière la célébration des dix ans se cache une réalité beaucoup moins festive.
Le siège de la structure, Ndaku ya la Vie est belle, serait confronté à une dette de bail locatif estimée à 50. 000 dollars américains.
Cette situation donne une tonalité particulière à ce dixième anniversaire. Après une décennie consacrée à la promotion de l’art de la performance et à la sensibilisation du public, KinAct doit désormais faire face aux difficultés financières qui menacent la stabilité de son espace de travail.
Le jubilé apparaît dès lors comme un anniversaire doux-amer : doux par la longévité et le bilan artistique d’un projet qui a réussi à inscrire la performance dans l’espace public kinois ; amer en raison des difficultés matérielles auxquelles la structure est confrontée.
Cette dette pose plus largement la question de la précarité des espaces culturels indépendants en République démocratique du Congo.
Quel avenir pour KinAct après dix ans ?
Atteindre dix années d’existence constitue déjà, pour une initiative culturelle indépendante, un véritable parcours de résistance.
KinAct a réussi à maintenir son identité autour de trois axes : l’art de la performance, l’investissement de l’espace urbain et la sensibilisation aux enjeux sociaux et environnementaux.
Mais la question demeure désormais celle de la pérennisation de cette expérience.
Alors que le festival poursuit ses rencontres internationales d’artistes performeurs et investit plusieurs communes de Kinshasa pour sa dixième édition, la situation de Ndaku Ya Vie est belle rappelle que la vitalité artistique ne peut être durable sans infrastructures et sans mécanismes de financement adaptés.
Dix ans après sa création, KinAct continue donc de mettre Kinshasa en action. Mais pour que cette action se poursuive au cours de la prochaine décennie, la question du soutien aux espaces et aux initiatives culturelles apparaît plus que jamais essentielle.
De la rue aux espaces culturels, des déchets plastiques aux performances artistiques, KinAct aura fait de Kinshasa à la fois sa scène, son sujet et son laboratoire.
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