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Crash du Let 410 à Kenge : Le drame qui remet au grand jour l’urgence de doter le Kwango d’infrastructures
Le crash du Let 410, survenu vendredi 25 septembre à Kenge, chef-lieu de la province du Kwango, a endeuillé la nation et plongé plusieurs familles dans la douleur. Une vingtaine de personnes ont péri dans cet accident, parmi lesquelles de hauts gradés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des officiers de la justice militaire. Un drame qui frappe également l’appareil sécuritaire et politique du pays, privé de plusieurs de ses cadres.
Mais au-delà de la tragédie humaine, ce crash met brutalement en lumière une autre réalité : le manque criant d’infrastructures de base dont souffre Kenge depuis plusieurs années. À seulement quelques heures de route de Kinshasa, la ville demeure notamment privée d’une véritable infrastructure aéroportuaire, alors même que son aérodrome a été désaffecté il y a plusieurs années.

Un aérodrome disparu, un nouvel aéroport jamais sorti de terre
L’ancien aérodrome de Kenge avait été désaffecté sous le gouvernorat de Jean-Marie Petipeti Tamata. Le site, qui relevait de la Régie des voies aériennes (RVA), avait été progressivement occupé après la redistribution de plusieurs lopins de terre à des particuliers. Des habitations auraient également été détruites à cette époque.
À l’époque, les autorités provinciales avaient annoncé la création d’un nouvel aéroport du côté du village Kingulu. Mais plusieurs années plus tard, le projet n’a toujours pas abouti. Entre-temps, Kenge reste sans infrastructure aérienne opérationnelle capable d’accueillir des appareils en situation d’urgence.
« Si l’aérodrome existait encore… »
Le crash du Let 410 a ravivé cette question dans les rues de Kenge. Selon plusieurs témoins, l’appareil semblait en difficulté dans les instants précédant sa chute et aurait cherché un endroit où se poser.
« Il y aurait un souci là-haut, et l’avion avait besoin de se poser », ont raconté plusieurs personnes ayant aperçu l’appareil approcher du sol.
Sur le lieu du drame, deux jeunes rencontrés par notre équipe n’ont pas caché leur colère. « Si Petipeti n’avait pas vendu l’aérodrome, peut-être que cet avion allait s’embourber dans le sable et des vies seraient sauvées aujourd’hui », ont-ils déclaré.
Ces propos relèvent du témoignage et de la perception des habitants. Ils ne permettent évidemment pas, à eux seuls, d’établir qu’une piste d’atterrissage aurait effectivement permis d’éviter le crash. Seule l’enquête technique pourra déterminer les circonstances exactes de l’accident et les éventuelles possibilités d’atterrissage dont disposait l’équipage.
Le drame révèle aussi l’absence de moyens de secours
Au-delà de la question aéroportuaire, le crash a exposé les graves déficits de Kenge en matière de secours d’urgence. En l’absence, notamment, de moyens adéquats de lutte contre les incendies, l’aéronef est resté la proie des flammes pendant plusieurs heures.
L’accès au site du crash a également été rendu difficile par l’état des routes. Une situation qui illustre plus largement l’enclavement de certaines zones de la ville et de la province. Dans plusieurs quartiers, des habitants transforment eux-mêmes d’anciens axes ou passages en voies de circulation, faute d’aménagements urbains suffisants.
Le Kwango face à l’oubli des politiques publiques
Le drame de Kenge devrait ainsi servir de signal d’alerte aux autorités nationales. Souvent présentée, en raison de sa proximité géographique avec Kinshasa, comme une sorte de prolongement de la capitale, voire comme sa « 25ème commune », Kenge demeure pourtant confrontée à un déficit important d’infrastructures essentielles.
À environ 4 heures de route de Kinshasa, selon l’état du trafic et de la route, la ville et, plus largement, la province du Kwango, restent confrontées à des besoins importants en matière de transport, de voirie, de secours d’urgence, d’urbanisme et d’infrastructures aéroportuaires.
Le crash du Let 410 aura donc peut-être, au-delà de l’immense douleur qu’il provoque, remis une évidence au centre du débat : le Kwango ne peut plus être traité comme une périphérie oubliée des politiques publiques nationales. Le drame de Kenge devrait pousser l’État à réexaminer sérieusement les infrastructures dont cette province a besoin, notamment celles qui permettent de sauver des vies lorsque survient l’urgence.
Émile Yimbu / CONGOPROFOND.NET