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Bienvenu Nzaloka Bolisomi ( MLC) : « La loyauté envers un homme ne peut primer sur celle envers la République » ( Interview)

La création du Front pour la refondation de la nation (FRN), annoncée par l’ancien président Joseph Kabila, continue de susciter de vives réactions dans la classe politique congolaise. Cette initiative intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu, marqué par la guerre dans l’Est de la RD Congo et les accusations portées contre l’ancien chef de l’État concernant ses liens présumés avec les forces opposées à Kinshasa.

Parmi les voix qui contestent cette démarche figure Bienvenu Nzaloka Bolisomi, haut cadre du Mouvement de libération du Congo (MLC) et vice-président fédéral du parti dans le Maï-Ndombe. Dans cet entretien accordé à CongoProfond.net, il revient sur la portée politique de la sortie de Joseph Kabila, le silence de la coalition C64, la mobilisation des Congolais derrière les institutions et la prise de distance de certains anciens dignitaires du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD).

Pour ce cadre du parti de Jean-Pierre Bemba, la défense de la souveraineté nationale doit primer sur les ambitions individuelles. Il appelle toutefois à ce que les responsabilités éventuelles dans le soutien à la rébellion soient établies sur la base de preuves.

CongoProfond.net : La RDC semble se trouver à un tournant de son histoire, notamment au regard du positionnement politique de Joseph Kabila dans un contexte marqué par la présence du M23 et les accusations visant le Rwanda. Comment analysez-vous cette situation ?

Bienvenu Nzaloka Bolisomi : La RDC traverse incontestablement une période critique de son histoire. Le rapprochement politique de Joseph Kabila avec des forces opposées au pouvoir de Kinshasa, dans un contexte marqué par l’implication du Rwanda dénoncée par les autorités congolaises et l’activisme du M23, donne à la crise une dimension qui dépasse la simple opposition politique.

La réalité est que notre pays fait face à une double menace : la fragilisation de sa souveraineté territoriale et l’instrumentalisation des divisions politiques internes. La question n’est donc plus seulement de savoir qui gouvernera le Congo, mais aussi de déterminer comment les Congolais pourront préserver l’intégrité de leur pays face aux ambitions politiques et aux intérêts régionaux.

Le véritable tournant dépendra de la capacité de nos dirigeants à défendre la souveraineté nationale et à privilégier l’intérêt supérieur de la nation.

CongoProfond.net : Dès février 2025, à Bandundu, Jean-Pierre Bemba avait évoqué le rôle présumé de Joseph Kabila derrière l’AFC/M23. À l’époque, ces déclarations n’avaient pas convaincu tout le monde. Aujourd’hui, au regard de l’évolution de la situation, faut-il identifier et démanteler tous les réseaux susceptibles de soutenir la rébellion ?

Bienvenu Nzaloka Bolisomi : Jean-Pierre Bemba Gombo avait lancé, dès février 2025 à Bandundu, une alerte politique sur le rôle présumé de Joseph Kabila dans l’AFC/M23. Cette alerte mérite aujourd’hui d’être réexaminée à la lumière de l’évolution de la situation et des éléments disponibles.

L’histoire donne parfois raison à ceux que l’on n’a pas voulu écouter à temps. Pour la RDC, l’urgence est désormais d’identifier, sur la base de preuves, tous les réseaux qui apporteraient un soutien à la rébellion et de défendre sans compromis la souveraineté nationale.

Il ne s’agit pas de procéder à des règlements de comptes politiques ni de condamner des personnes sur la base de simples soupçons. Il faut que toute responsabilité soit établie conformément à la loi. Mais face à une menace contre l’intégrité territoriale, aucune complicité avérée ne devrait être tolérée.

CongoProfond.net : La coalition C64 reste silencieuse depuis l’annonce de la création du FRN. Ce silence traduit-il une forme de complicité, une hésitation stratégique ou une remise en question de ses alliances politiques ?

Bienvenu Nzaloka Bolisomi : Le silence de la coalition C64 après l’annonce de la création du FRN peut traduire une hésitation stratégique, des divergences internes ou une remise en question de ses alliances politiques. Toutefois, le silence ne constitue pas, à lui seul, une preuve de complicité.

En politique, ne pas se prononcer face à un événement majeur peut entretenir l’ambiguïté et fragiliser la crédibilité d’une coalition. La question essentielle est donc celle de la cohérence politique.

La C64 doit clarifier sa position sur le FRN, sur la souveraineté nationale et sur le rôle de Joseph Kabila dans le contexte actuel. Un silence prolongé risque de susciter davantage de soupçons, alors qu’une prise de position transparente permettrait de dissiper les ambiguïtés.

CongoProfond.net : La sortie politique de Joseph Kabila semble avoir provoqué une mobilisation de nombreux Congolais derrière les institutions et le régime actuel. Comment interprétez-vous cette réaction populaire ?

Bienvenu Nzaloka Bolisomi : Cette mobilisation traduit une volonté de défendre les institutions et la souveraineté nationale face aux menaces qui pèsent sur la République.

La sortie de Joseph Kabila semble rappeler que, dans les moments décisifs, une partie importante de la population aspire avant tout à la stabilité, à la cohésion nationale et à un leadership capable d’assumer ses responsabilités.

Le véritable enjeu n’est cependant pas seulement de soutenir un régime, mais de donner à la République les moyens de résister aux ambitions individuelles et de préserver l’intérêt supérieur de la nation.

Le soutien populaire devient une force historique lorsqu’il s’accompagne d’exigences en matière de résultats, de justice et de paix. La mobilisation patriotique doit donc se traduire par des avancées concrètes pour la population et par une défense effective de l’intégrité territoriale.

CongoProfond.net : Plusieurs membres du PPRD et anciens dignitaires du régime Kabila prennent leurs distances avec Joseph Kabila après la création du FRN. S’agit-il d’un désaveu politique courageux ou d’une stratégie destinée à préserver leurs intérêts ?

Bienvenu Nzaloka Bolisomi : Politiquement, cette prise de distance constitue un signal significatif. En se désolidarisant de Joseph Kabila après la création du FRN, certains cadres du PPRD semblent reconnaître que la loyauté envers un homme ne peut primer sur la loyauté envers la République.

Ont-ils raison ou s’agit-il d’un simple calcul politique ? Leurs actes parleront davantage que leurs déclarations.

Si cette rupture repose sur des principes républicains et sur la volonté de défendre l’intégrité territoriale du pays, elle peut être considérée comme une décision courageuse. En revanche, si elle vise uniquement à préserver des intérêts politiques personnels, l’histoire jugera leur constance.

Au-delà des déclarations, ce sont les positions prises, les décisions assumées et les actes posés dans la durée qui permettront de mesurer la sincérité de cette désolidarisation.

CongoProfond.net : Un dernier mot à l’endroit des Congolais ?

Bienvenu Nzaloka Bolisomi : Les Congolais doivent rester attachés à l’unité nationale, à la défense de la souveraineté et au respect des institutions de la République. Nos divergences politiques ne doivent jamais devenir un instrument au service de ceux qui voudraient fragiliser notre pays.

La défense du Congo doit être une responsabilité collective. Elle exige de la vigilance, de la cohérence et un engagement sincère en faveur de la paix. L’intérêt supérieur de la nation doit toujours passer avant les ambitions individuelles.

Propos recueillis par Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET 

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