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Banques : La BADEA reçoit de Moody’s une notation inaugurale AA2 avec perspective positive, reflétant ses points forts particuliers
Moody’s Investors Service (« Moody’s ») a attribué, depuis le 18 février, à la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) une note Aa2 avec une perspective positive pour ses emprunts en devises à long terme. Cette notation extrêmement élevée coïncide avec le 48ème anniversaire de la création de la Banque par dix- huit pays visionnaires membres de la Ligue des États arabes (LEA).
L’objectif principal de la Banque est le renforcement de la coopération économique, financière et technique entre les régions arabe et africaine, et la concrétisation de la solidarité arabo- africaine sur des bases d’égalité et d’amitié. Depuis le début de ses opérations en 1975, la Banque a financé plus de 720 projets du secteur public et a fourni plus de 850 dons d’assistance technique dans 44 pays d’Afrique subsaharienne (« ASS »), pays qui souvent se battent pour attirer des financements concessionnels.
La Banque a une structure de gouvernance exceptionnellement solide, qui ne lui permet de prêter qu’à des pays non-actionnaires. Par ailleurs, la BADEA sert de catalyseur fiable et très efficace pour les fonds arabes de développement en Afrique, ce qui est essentiel pour la prospérité partagée des deux régions. Malgré le risque élevé perçu en Afrique Subsaharienne où elle opère, la BADEA a démontré une qualité de souscription irréprochable.
En effet, sur l’ensemble de ses 48 ans d’existence elle n’a jamais enregistré de pertes sur son portefeuille de prêts. Une telle performance est la résultante de plusieurs facteurs dont le maintien des relations profondément enracinées avec les gouvernements de la région. La banque entretient également un portefeuille d’investissement solide et liquide soutenant un profil de liquidité extraordinaire.
En plus des points forts ci-dessus, la notation de Moody’s reflète les progrès extraordinaires réalisés dans le processus de transformation conservatrice de la banque par le Conseil des Gouverneurs, le Conseil d’Administration et l’Equipe dirigeante, depuis que la décision stratégique de commencer les prêts non souverains a été prise.
Moody’s a également noté que les principaux atouts qui sous-tendent la notation Aa2 de la BADEA sont (1) une position de capital très solide et un faible effet de levier (2) un niveau extrêmement élevé de ressources liquides soutenu par une gestion prudente des liquidités et (3) un niveau élevé de soutien extracontractuel de ses actionnaires. La perspective positive reflète l’opinion de Moody’s selon laquelle une amélioration continue de la performance des actifs de la BADEA soutiendrait probablement une notation plus élevée à l’avenir.
Le communiqué de presse complet annonçant la décision de Moody’s est disponible ici :
https://www.moodys.com/researchdocumentcontentpage.aspx?docid=PR_462856
« Aujourd’hui marque une étape clé pour la BADEA dans l’expansion de nos activités de développement en Afrique et coïncide avec le 48ème anniversaire de notre fondation », a déclaré S.E. Le Dr Fahad Abdullah Aldossari, Président du Conseil d’administration, commentant l’annonce de notation de Moody’s. « L’Afrique subsaharienne reste mal servie en termes d’accès à des financements cruciaux – l’ambition de la Banque est de tirer parti de notre propre notation et profil solides, et également de catalyser nos partenaires dans le monde arabe et ailleurs pour mieux répondre aux besoins de financement des emprunteurs des secteurs public et privé dans cette région. Cette note de Aa2, avec des perspectives positives de Moody’s, nous place dans une position très solide pour lever des fonds à des taux très compétitifs et servira à élargir considérablement notre capacité à prêter à des conditions accessibles dans des devises alternatives qui sont utilisées sur le continent. » a-t-il ajouté.
S.E. Dr Sidi Ould Tah, Directeur général, a déclaré : « Cette notation marque la première étape d’un parcours dans lequel la BADEA cherchera à s’imposer comme un émetteur de référence sur les marchés de capitaux mondiaux et régionaux. Cette notation Aa2 reconnaît la position extraordinaire de capital et de liquidité de la Banque, tandis que la perspective positive reflète le renforcement continu de nos capacités internes. L’équipe est à juste titre fière de cette réalisation exceptionnelle, qui n’aurait pas été possible sans la confiance et le soutien extraordinaires que nous avons toujours reçus de nos actionnaires pendant près de cinq décennies ».
Rappelons que la BADEA est une institution financière multilatérale dont le siège est à Khartoum, en République du Soudan. La Banque – détenue par 18 États souverains, membres de la Ligue des États arabes, a été créée le 18 février 1974 et a commencé ses opérations en mars 1975 en fournissant des financements et une assistance technique pour le développement économique exclusivement en Afrique subsaharienne. La BADEA s’efforce de faciliter et de catalyser le flux de capitaux et d’investissements arabes et autres étrangers vers l’Afrique. Depuis 2015, la banque a élargi ses domaines d’intervention pour comprendre le financement du secteur privé et du commerce. La Banque est une institution internationale indépendante jouissant de la pleine personnalité juridique internationale et d’une autonomie complète en matière administrative et financière. Elle est régie par les dispositions de son Accord de création et des principes du droit international. La Banque a été créée dans le but de renforcer la coopération économique, financière et technique entre les régions arabe et africaine et pour incarner la solidarité arabo-africaine sur des bases d’égalité et d’amitié et reste l’une des très rares banques multilatérales de développement dont le mandat est de servir les pays non-actionnaires.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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Lion de Sarambwe : le rugissement du FPR en RDC, fierté factice mais servitude réelle
Dans l’est du Congo, un surnom résonne comme un cri de guerre : les “Lions de Sarambwe”. Ce qualificatif, porté avec fierté par les combattants du RDF/M23, est bien plus qu’un simple nom de code ou un symbole de bravoure. C’est un emblème politique chargé de sens, une métaphore révélatrice dont les racines plongent au cœur de l’idéologie du Front Patriotique Rwandais (FPR).
Les implications pour les Congolais engagés dans cette rébellion sont aussi amères qu’aveuglantes. Pour comprendre l’essence du “lion”, il faut retourner à Kigali, en 1994. Le Front Patriotique Rwandais, mouvement politico-militaire alors dirigé par Paul Kagame, adopte un drapeau. Sur fond tricolore, figure en son centre un soleil et, au-devant, un lion d’or. Cet animal n’est pas un choix anodin.
Dans la symbolique africaine comme universelle, le lion incarne la puissance, la souveraineté, l’autorité royale et la force indomptable. Pour le FPR, vainqueur du génocide et nouveau maître du Rwanda, il représente la renaissance d’une nation forte, fière et conquérante. C’est le symbole de l’État-nation rwandais reconstruit, un État dont la sécurité et les intérêts sont érigés en absolu, quitte à en étendre les griffes au-delà de ses frontières.
Le transfert de ce symbole vers les unités opérant en RDC sous le label RDF/M23 est un processus de légitimation et de marquage idéologique. En les nommant “Lions de Sarambwe” – Sarambwe étant une localité et une réserve naturelle frontalière entre la RDC et le Rwanda –, on fait plus que décrire des combattants agressifs. On les inscrit dans la lignée symbolique du FPR. Ils ne sont plus une milice parmi d’autres.
ils deviennent les extensions territoriales, les “lions gardiens” des intérêts de Kigali dans l’arrière-cour congolaise. Leur rugissement est l’écho de celui qui figure sur le drapeau de Kigali. C’est une affirmation de puissance et de contrôle dans un espace considéré comme stratégique et vital. Le choix de “Sarambwe” est tout aussi parlant. Cette zone n’est pas un simple bout de terre. Elle est historiquement un point de friction.
C’est un espace aux frontières floues, riche en ressources (notamment la tourbière, immense puits de carbone et enjeu économique colossal). En s’appropriant ce toponyme, le RDF/M23 et ses parrains ne se contentent pas de se territorialiser. Ils signifient que leur domaine de chasse, leur “savane”, est cette région frontalière où la souveraineté congolaise est poreuse et contestable. Le lion, animal territorial par excellence, marque son espace.
“Lions de Sarambwe” signifie donc : “Nous sommes les maîtres ici, et cette terre est sous notre garde et notre loi.” C’est ici que réside la tragédie profonde de nombreux Congolais, souvent issus du Kivu, qui composent une partie significative de la troupe du RDF/M23. Enrôlés sous la bannière de revendications locales légitimes – insécurité, marginalisation politique, désespoir économique –, ils croient mener un combat congolais pour leurs droits dans leur pays.
Ils voient dans le RDF/M23 un instrument de libération et de reconnaissance. Mais en brandissant l’étendard implicite du “Lion”, ils servent inconsciemment un projet bien plus vaste et dont ils ne sont pas les bénéficiaires ultimes. Leur lutte est instrumentalisée, canalisée pour servir un intérêt d’État étranger : sécuriser la frontière rwandaise, créer une zone tampon sous influence directe, contrôler des ressources, et affaiblir durablement l’État congolais.
Ils sont les “lions” de basse-cour, se battant pour défendre et étendre le territoire de chasse d’un prédateur dont la tanière est à Kigali. Leur méprise est totale. Ils confondent la cause de leur communauté avec la stratégie sécuritaire et économique du Rwanda. Ils croient lutter pour leur intégration en RDC alors qu’ils sont utilisés comme le fer de lance d’une politique qui, in fine, perpétue l’instabilité de l’Est congolais et sa dépendance aux dynamiques régionales.
Le jour où ce lion aura assouvi sa faim ou changé de stratégie, ces “lions de Sarambwe” congolais risquent fort de se retrouver seuls, abandonnés dans une savane politique dévastée, stigmatisés dans leur propre pays pour avoir servi de chair à canon à un projet qui n’était pas le leur. Le surnom “Lions de Sarambwe” est donc une arme sémantique redoutable. Il habille une intervention étrangère et une manipulation de conflit local des atours d’une force naturelle et noble.
Il crée une continuité symbolique entre le pouvoir de Kigali et ses proxies en RDC, légitimant l’un par la force de l’autre. Pour les Congolais dupés par ce mirage, c’est un piège existentiel. Ils rugissent pour un roi qui n’est pas le leur, dans une réserve qui est leur patrie, croyant chasser pour leur survie alors qu’ils ne sont que les chiens de garde d’un intérêt qu’ils ne maîtrisent pas.
L’histoire retiendra que dans les collines du Kivu, le rugissement du lion du drapeau rwandais a réussi à étouffer, une fois de plus, les cris de détresse et les aspirations légitimes d’un peuple congolais, en les transformant en échos serviles de sa propre soif de puissance. La véritable lutte pour la dignité et l’intégration des communautés de l’Est se gagnera non pas en imitant le prédateur étranger, mais en reconstruisant, de l’intérieur, un État congolais juste et inclusif, capable de protéger tous ses citoyens – sans avoir besoin de lions importés.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
