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Baleine échouée à Moanda : Un expert alerte sur les failles de la gestion environnementale et appelle à une réforme de la gouvernance maritime
L’échouage puis l’enfouissement d’une baleine d’environ une dizaine de mètres de long et pesant plusieurs tonnes sur le littoral de Moanda, dans la province du Kongo Central, continue de susciter des réactions.
Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République, au Gouvernement ainsi qu’aux principales institutions environnementales du pays, le géographe et gestionnaire de l’environnement Nino Mambu L.K. estime que cet épisode constitue un véritable révélateur des insuffisances de la gouvernance écologique en RD Congo.
Tout en saluant la rapidité des autorités provinciales et de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) pour prévenir les risques sanitaires, il regrette l’absence de protocoles adaptés face à une telle urgence environnementale.

Selon l’analyste, la gestion de cette carcasse géante a mis en évidence un manque de préparation technique et logistique. Il souligne notamment le recours tardif à une grue de grand tonnage venue de Matadi, après plusieurs tentatives infructueuses avec des engins inadaptés.
À ses yeux, cette situation démontre l’absence de dispositifs d’intervention capables de sauver un cétacé encore vivant ou d’assurer une prise en charge conforme aux normes scientifiques internationales.
Nino Mambu exprime également de vives préoccupations quant aux conditions d’enfouissement de la baleine dans la zone de Kitona-Makasamba. Il estime qu’aucune étude hydrogéologique préalable n’a été réalisée pour évaluer les risques de contamination des nappes phréatiques par les liquides issus de la décomposition. Il relève en outre l’absence apparente de mesures de confinement, telles que l’utilisation de membranes imperméables, de systèmes de drainage des gaz ou encore de produits destinés à neutraliser les agents pathogènes, pourtant recommandés dans les standards internationaux.
Sur le plan juridique, le chercheur considère que cette intervention soulève des interrogations au regard de la législation congolaise sur la protection de l’environnement et la conservation de la nature.
Au-delà de cet incident, il invite les autorités à adopter une vision plus ambitieuse de la gestion du littoral congolais, en intégrant la protection des ressources halieutiques, la lutte contre la pêche illicite ainsi que la valorisation du « carbone bleu » stocké dans les mangroves du Parc Marin de Moanda, susceptible de générer d’importants revenus à travers les marchés internationaux des crédits carbone.
Dans cette perspective, Nino Mambu recommande notamment la publication d’un rapport technique sur la gestion de cette crise, la mise en place d’un système de suivi environnemental du site d’enfouissement, l’élaboration d’un Plan de gestion intégrée de la zone côtière, le renforcement de la surveillance maritime ainsi que la création d’un Institut national de recherche halieutique et océanographique à Moanda.
Pour lui, cette affaire doit servir de point de départ à une politique nationale plus rigoureuse, fondée sur la science, l’anticipation et la valorisation durable du patrimoine maritime de la République démocratique du Congo.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET