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Agriculture : FEAGRICO et COOAGRICO font le bilan 2025 et tracent les perspectives
La Fédération des agriculteurs du Congo (FEAGRICO) et la Coopérative agricole du Congo (COOAGRICO) ont tenu, ce dimanche 11 décembre 2026, leur assemblée générale de structuration à Butembo, dans la province du Nord-Kivu. Les travaux se sont déroulés dans l’une des salles du Centre d’accueil Joli Rêve, réunissant responsables et membres des deux structures.
Cette rencontre a permis de passer en revue les différents rapports d’activités ainsi que l’état des lieux des deux organisations pour l’année 2025, tout en définissant les perspectives d’avenir à l’aube d’une nouvelle année.

Des rapports validés et une coopérative désormais opérationnelle
À l’issue de la présentation des rapports et d’une séance de formation consacrée au fonctionnement de la coopérative agricole, les participants ont exprimé leur satisfaction, notamment face à l’obtention officielle des autorisations de fonctionnement de la COOAGRICO.
Selon M. Mumbere Jean-Bon Kaligha, secrétaire exécutif gérant de la FEAGRICO, cette avancée marque une étape majeure pour les agriculteurs membres :
« Sur recommandation de plusieurs partenaires, dont le ministère de l’Agriculture, nous avons jugé nécessaire de compléter l’action de l’ASBL, qui défend les intérêts des agriculteurs, par une coopérative capable d’aller directement sur les marchés local, national et international. Aujourd’hui, nous nous félicitons d’avoir obtenu toutes les autorisations de fonctionnement, notamment le numéro d’enregistrement, le RCCM ainsi que les documents d’import-export. La coopérative fonctionne déjà sans difficulté. »
L’ambitieux projet du champ pilote et du cacao au cœur des priorités
Parmi les perspectives d’avenir arrêtées lors de ces assises figure un projet phare : l’implantation d’un champ pilote appartenant directement à la coopérative. Ce champ intégrera, à moyen terme, un centre de traitement du cacao.
M. Kaligha précise que cette initiative vise à renforcer la crédibilité de la coopérative auprès des partenaires :
« Nos membres disposent déjà de leurs propres champs, mais ce ne sont pas ceux-là que nous devons présenter aux partenaires. La coopérative doit avoir son champ propre, au-delà des documents administratifs. Nous voulons nous démarquer de certaines coopératives qui existent seulement dans les bureaux sans réalisations concrètes sur le terrain. Ce champ pilote servira de vitrine et accueillera, dans un futur proche, un centre de traitement du cacao. Pour le café, nous restons prudents, car la mission prioritaire qui nous a été confiée par le ministère de l’Agriculture concerne d’abord le cacao. »
Renouvellement de la commission de contrôle
L’assemblée générale a également été marquée par l’élection de trois nouveaux membres de la commission de contrôle, choisis parmi six candidats.
À l’issue du scrutin :
– M. Katembo Kambumbu Jean-Pierre a été élu président de la commission ;
– M. Muhindo Butana assumera la fonction de rapporteur ;
– Mme Kavugho Sekera Déborah a été désignée membre titulaire.
Un appel à l’adhésion des agriculteurs
La FEAGRICO et la COOAGRICO fonctionnent actuellement dans le même bâtiment, situé sur l’avenue du Centre, bâtiment Ngitsi, dans la commune de Kimemi à Butembo. Les responsables lancent un appel à tous les agriculteurs, toutes filières confondues, à rejoindre ces structures afin de renforcer la défense de leurs intérêts et favoriser la prospérité de leurs activités d’agro-business.
Dalmond Ndungo / CONGOPROFOND.NET
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Tribunal pénal économique et financier : Pour Me Carlos Ngwapitshi, la restitution des fonds détournés doit devenir la priorité
Depuis plusieurs décennies, la République démocratique du Congo est confrontée à une criminalité économique persistante. Détournements massifs de fonds publics, corruption systémique et blanchiment d’argent fragilisent les institutions et nourrissent un profond sentiment d’impunité dans l’opinion.
Pourtant, le droit congolais prévoit des sanctions sévères pour ces infractions : jusqu’à 20 ans de travaux forcés, la confiscation spéciale des biens et la restitution des fonds détournés.

Des sanctions théoriques, une restitution quasi inexistante
Dans une analyse récente, l’avocat Carlos Ngwapitshi Ngamashi met en lumière les limites de ce dispositif répressif.
Selon lui, les procès aboutissent souvent à des condamnations spectaculaires, mais rarement à une réparation effective du préjudice subi par l’État. « Le condamné purge sa peine, mais à sa sortie, les millions dissipés ne sont pas restitués », déplore-t-il, pointant ainsi un système judiciaire qui punit sans véritablement récupérer les ressources publiques perdues.
Les failles du système judiciaire actuel
Plusieurs facteurs expliquent cette inefficacité. D’abord, l’absence de mécanismes juridiques contraignants pour forcer la restitution des fonds détournés. Ensuite, la confiscation des biens reste généralement limitée à ceux officiellement enregistrés au nom du condamné, alors que les capitaux illicites sont souvent dissimulés à travers des prête-noms. Enfin, la corruption judiciaire peut conduire à une réduction significative des peines en appel, affaiblissant davantage l’effet dissuasif des sanctions.
La création d’un tribunal spécialisé

Face à ces limites, le président Félix Tshisekedi a récemment promulgué une loi instituant le Tribunal pénal économique et financier, accompagné d’un parquet général spécialisé.
Cette réforme dote le pays d’un instrument judiciaire dédié à la lutte contre la criminalité économique et financière, avec l’ambition de renforcer l’efficacité des poursuites contre les crimes en col blanc.
Les conditions d’une justice crédible
Cette innovation institutionnelle est saluée comme une avancée importante dans la lutte contre la prédation financière.
Toutefois, son efficacité dépendra de plusieurs conditions essentielles : garantir l’intégrité et l’expertise des magistrats appelés à siéger au sein de cette juridiction, assurer une rémunération conséquente accompagnée de primes éventuellement indexées sur les fonds récupérés, et offrir une protection sécuritaire renforcée aux responsables chargés de ces dossiers sensibles.
Un tournant décisif pour la justice congolaise

Pour Carlos Ngwapitshi, la création de ce tribunal doit s’inscrire dans une réforme plus ambitieuse. Il plaide notamment pour l’introduction de mécanismes tels que la médiation pénale, la confiscation générale des biens acquis illicitement, l’imprescriptibilité des crimes économiques ou encore la prison à perpétuité pour les cas les plus graves.
Le message serait alors clair pour les auteurs de détournements : restituer les fonds publics ou s’exposer à la perte totale des biens et à des sanctions irréversibles.
Dans un pays où la corruption a longtemps sapé la confiance citoyenne, la réussite de cette juridiction spécialisée pourrait marquer un tournant historique dans la restauration de l’autorité de l’État.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
