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Afrique : Moscou avance ses pions sur les terres d’influence du Vatican
Ne laissant plus un secteur sans sa présence, Moscou à travers ses instruments d’influence, s’attaque depuis peu, au secteur religieux. En 3 ans, les églises orthodoxes en Afrique sont passées de 5 paroisses en 2022 à 350 en 2025 couvrant plus de 36 pays.
Le 19 avril 2026 alors que la visite du pape Léon XIV suivait son cours en Afrique, notamment en Angola, la dynamique russe ne s’est pas faite prier pour prendre le contre-pied de l’Église catholique en Afrique. En effet, le compte pro-russe Rybar_Africa publie une carte de l’expansion de l’église orthodoxe russe en Afrique. Simple coïncidence ou aveu assumé d’une concurrence stratégique en Afrique qui n’épargne plus aucun secteur, un faisceau de données semble corroborer la 2ème hypothèse. Ce d’autant plus que, depuis plusieurs années, la Russie mène en Afrique une campagne d’influence qui dépasse le cadre militaire. Une enquête de All Eyes On Wagner (AEOW),une organisation de la société civile, travaillant sur les ingérences et influences russes, met en lumière une stratégie pilotée par Africa Politology. Liée au Service de renseignement russe externe(SVR), cette stratégie vise à présenter le Vatican, les missionnaires catholiques et les chrétiens non-orthodoxes comme des instruments de déstabilisation occidentale. L’objectif principal est de fragiliser l’influence du Vatican et des Églises chrétiennes non orthodoxes pour installer une présence religieuse russe concurrente, indique ledit rapport.
Depuis 2019 qui est considérée comme l’année de la relance russe en Afrique, ou 2017 selon certaines analyses, Moscou semble ne laisser un secteur sans sa présence. Depuis 2022, la religion est ciblée. Moscou veut surtout imposer en Afrique, les églises orthodoxes comme une alternative au Vatican à en croire la dernière enquête de AEOW dans son enquête sur les stratégies pilotées par Africa Politology, liée au SVR (Service de renseignement russe externe) . C’est ainsi en tout cas, ce que décline le visuel publié le 19 avril 2026 par des comptes pro-Kremlin. Cependant, Henri Teko, sociologue et chercheur sur les questions de religion, «il ne faut pas directement y voir une stratégie cachée de la Russie ». Ce d’autant plus que « les jeunes africains ont de plus en plus tendance à aller vers de nouvelles spiritualités » poursuit-il. Et d’indiquer à titre d’illustration, qu’«il en est de même du nombre de jeunes qui se tournent de plus en plus vers les religions ancestrales ».

Capture d’écran faite le 28 avril 2026 à 10h.
Derrière le visuel sur l’expansion des églises orthodoxes en Afrique, le message est avant tout politique. Afficher une présence organisée et assumée sur le continent, au moment même où le pape Léon XIV mène une tournée africaine pour la paix ( 1 , 2 , 3 ). Le timing est bien mesuré car, la visite papale prévoit également un volet géopolitique comme on peut le lire de façon subliminale dans son programme. Il s’agit entre autres raisons, de renforcer la position du Vatican en Afrique et faire face aux défis géopolitiques . En rappelant au pape que ses églises sont également présentes sur le continent. « L’histoire des églises orthodoxes, c’est aussi ce qu’on appelle conquérir les cœurs et les esprits. Et je pense qu’ils l’ont bien expérimenté, ce soft power en Centrafrique, où les Russes ont travaillé ou même créé ou financé des médias. Ils ont fait des films saluant la fraternité entre la Russie et la Centrafrique. Ils ont créé des centres culturels, notamment à la maison de la culture russe », pense Samba Dialimpa Badji, chercheur sur les questions de désinformation et d’instruments d’influence à l’université d’Oslo en Norvège. « Et donc, je pense que les églises qui s’installent, c’est aussi un peu dans cette logique de soft power, de vendre la culture russe et d’essayer de développer une autre image, qui est un peu différent de l’image que tout le monde a de la Russie et qui est toujours associé à Wagner et après Afrika Corps », poursuit-il.
La « guerre » derrière la foi
Le contre-pied de Moscou ne s’est pas fait attendre. Il a profité de cette visite pour faire connaître ses intentions. Sauf que derrière cette expansion religieuse, se dessine un réseau d’influence structuré, au cœur d’une stratégie plus large de recrutement d’africains pour combattre sur le front. Ce d’autant plus que, entre 2023 et 2025, plus de 1 417 Africains ont rejoint l’armée russe pour la guerre en Ukraine. Ces africains ont été ciblés via différentes méthodes, notamment grâce aux réseaux d’églises orthodoxes russes. A titre d’exemple, On dénombre 500 départs vers la Russie qui ont été facilités en deux ans, avec 200 familles ayant signalé des cas problématiques. Au Cameroun, la présence paroissiale de l’église orthodoxe a été multipliée par 27 dans le pays. En parallèle, le Kenya, premier sur la liste , compte environ 137 paroisses qui y sont installées. C’est plus de 335 recrues selon certaines, 1 000 volontaires selon d’autres dans l’armée russe qui ont été recensées, dont 94 ont été déclarées décédées.
D’après nos informations, pour s’y prendre, plusieurs schémas sont utilisés au sein de ces églises. De façon non exhaustive, une approche via des réseaux religieux et envoi dans des séminaires orthodoxes russes. L’utilisation initiale comme travailleurs, puis redirection vers le front ukrainien, intégration progressive dans des circuits militarisés, au moins 26 étudiants concernés par cette forme. Enfin, recrutement via des emplois civils, notamment dans des usines de drones comme Alabuga Start .
Par ailleurs, ces structures religieuses servent donc aussi à identifier des profils, faciliter le recrutement et diffuser des narratifs pro-Kremlin. Sur ce dernier cas, la diffusion est régulièrement assurée, s’appuyant parfois sur des relais locaux, comme le mentionne le rapport de All Eyes On Wagner publié le 23 avril 2026. Le basculement est visible à plus d’un titre, certaines paroisses changent d’identité, passant de «Église Orthodoxe Africaine» à «Orthodoxie russe». Il s’agit notamment du diocèse de l’Afrique du Nord avec siège au Caire en Egypte et du diocèse d’Afrique du Sud avec siège à Johannesburg. C’est un remplacement visible et symbolique de l’identité qui renvoie de façon sémiotique à une mutation idéologique sur le continent.
Paul-Joël KAMTCHANG/DataCheck
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RDC : Entre corps abandonnés et nouvelles alertes des ADF, Mambasa s’enfonce dans la crise
Alors que 17 corps découverts depuis le 23 mai dans le territoire de Mambasa n’ont toujours pas été inhumés, de nouvelles alertes sécuritaires alimentent la psychose au sein de la population.
L’ONGDH Protection Plus dénonce une détérioration continue de la situation et appelle les autorités à agir face à la menace persistante des rebelles ADF.

Le territoire de Mambasa, dans la province de l’Ituri, continue de faire face à une crise sécuritaire et humanitaire préoccupante. Entre les attaques répétées attribuées aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), les déplacements de populations et le sort réservé aux victimes, les inquiétudes grandissent au sein des communautés locales.
L’Organisation non gouvernementale de défense des droits humains (ONGDH) Protection Plus a exprimé sa vive indignation face à la situation de dix-sept corps découverts le 23 mai 2026 au village Kidini, dans la cellule Mongalyema, groupement Andifele, en chefferie des Walese-Karo. Plus de 2 semaines après leur découverte, ces dépouilles n’ont toujours pas été inhumées.
Selon l’organisation, ce retard constitue une atteinte grave à la dignité humaine et reflète l’ampleur de la crise qui frappe cette partie de l’Ituri. Les victimes auraient perdu la vie lors d’une attaque attribuée aux ADF.
Pour Protection Plus, l’absence de sépulture prolonge la souffrance des familles endeuillées et accentue le traumatisme d’une population déjà durement affectée par les violences armées.
« Toute personne décédée, quelles que soient les circonstances de sa mort, a droit à une inhumation digne, respectueuse et sécurisée, conformément aux principes fondamentaux des droits humains. Le respect des morts est un devoir fondamental de toute société civilisée », a déclaré Maître John Vuleveryo Musombolwa, responsable de l’organisation.
L’ONG appelle les autorités compétentes à organiser sans délai des funérailles dignes et sécurisées pour les victimes, tout en assurant la protection des sites concernés afin de préserver l’intégrité des dépouilles.
Cette situation intervient dans un contexte marqué par une recrudescence des violences dans le territoire de Mambasa. Il y a quelques jours, des éléments présumés ADF ont attaqué le village Makwangi, situé dans le groupement Bayaku, en chefferie des Babila-Bakwanga. Selon des sources locales relayées par Protection Plus, quatre personnes ont été tuées lors de cette attaque.
Plusieurs boutiques ont été pillées et des habitants enlevés par les assaillants.
Face à cette nouvelle tragédie, l’organisation a dénoncé un regain d’insécurité qui plonge la population dans la peur. Elle appelle à un renforcement des opérations militaires afin d’assurer une protection durable des civils.
Comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle alerte a été signalée dans la soirée du mardi 9 juin 2026. Dans une communication adressée à la rédaction de CongoProfond.net à 19h12, Protection Plus a fait état de plusieurs coups de feu entendus au village Babungwe, dans le groupement et la chefferie des Babila-Bakwanga, au PK 38 sur la Route nationale numéro 44 reliant Mambasa à Bunia.
Selon l’organisation, ces détonations ont provoqué une vive panique au sein de la population, occasionnant des déplacements de plusieurs familles au cours de la nuit. Bien qu’aucune attaque n’ait été officiellement confirmée au moment de l’alerte, la population redoute une nouvelle incursion des combattants ADF dans cette zone.
« Il y a seulement deux jours, nous dénoncions déjà une attaque dans le village Makwangi sur le même axe routier. Aujourd’hui encore, des coups de feu sont signalés à seulement 38 kilomètres de Mambasa. Cette situation est extrêmement préoccupante », a alerté John Vuleveryo Musombolwa.
Pour le défenseur des droits humains, la multiplication de ces incidents démontre l’urgence d’une réponse efficace des autorités sécuritaires. Il estime que la présence des ADF dans cette région constitue une menace permanente pour les populations civiles.
Protection Plus appelle ainsi les autorités administratives, militaires et sécuritaires à prendre des mesures urgentes afin de sécuriser l’axe Mambasa-Bunia et les localités environnantes. L’organisation rappelle que les habitants de Mambasa ne peuvent continuer à subir simultanément les massacres, les enlèvements, les déplacements forcés et l’abandon des victimes.
Pour l’ONG, seule une action rapide et coordonnée permettra de restaurer la sécurité, préserver la dignité humaine et redonner espoir à des populations confrontées depuis plusieurs années aux conséquences des violences armées.
Junior Kasamba/Congoprofond.net
