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Afrique du Sud : De la xénophobie à l’afrophobie, un mal profond qui tue l’idéal de Nelson Mandela !

Les violences visant des ressortissants étrangers connaissent une nouvelle recrudescence en Afrique du Sud. Commerces pillés, habitants contraints de quitter leurs quartiers, contrôles illégaux de papiers d’identité par des groupes d’autodéfense : ces scènes, déjà observées à plusieurs reprises depuis 2008, se répètent dans plusieurs localités du pays.

Le terme de « xénophobie » s’est imposé dans le débat public pour qualifier ces attaques. Pourtant, un nombre croissant de chercheurs, d’organisations de la Société civile et d’observateurs estiment que cette appellation ne rend pas pleinement compte de la réalité. Ils lui préfèrent le terme « afrophobie », considérant que les violences ciblent avant tout des migrants originaires d’autres pays africains. Cette distinction est loin d’être anodine.

La xénophobie désigne le rejet des étrangers de manière générale. L’afrophobie renvoie, quant à elle, à une hostilité dirigée principalement contre des Africains vivant sur le même continent. En Afrique du Sud, les victimes sont majoritairement originaires du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi, de la République démocratique du Congo, du Nigeria, de l’Éthiopie ou encore de la Somalie. À l’inverse, les ressortissants venus d’Europe, d’Asie ou d’Amérique sont rarement visés lors de ces flambées de violence.

Ce constat alimente un débat de fond : le problème réside-t-il dans le rejet de l’étranger en tant que tel, ou dans une stigmatisation spécifique des migrants africains ?

Pour de nombreux spécialistes des migrations, ces violences trouvent leur origine dans une combinaison de facteurs économiques, sociaux et politiques. Avec l’un des taux de chômage les plus élevés au monde, des inégalités persistantes et des services publics sous pression, une partie de la population associe, à tort ou à raison, l’immigration à la concurrence pour l’emploi, le logement ou l’accès aux prestations sociales.

Pourtant, cette perception ne résiste pas toujours aux faits. Les études consacrées aux migrations en Afrique australe montrent que les difficultés économiques du pays trouvent leurs racines dans des problèmes structurels beaucoup plus profonds : une croissance insuffisante, une crise énergétique chronique, une gouvernance fragilisée et des inégalités héritées de l’apartheid. Dans ce contexte, les migrants deviennent souvent des boucs émissaires d’une crise qui les dépasse.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que l’Afrique du Sud a longtemps bénéficié de la solidarité du reste du continent. Durant les décennies de lutte contre l’apartheid, plusieurs États africains ont accueilli des militants de l’ANC, apporté un soutien diplomatique et offert des bases arrière à ceux qui combattaient le régime ségrégationniste. Cette mémoire demeure vivace dans de nombreux pays africains, où les violences actuelles suscitent incompréhension et indignation.

Face aux récents incidents, les autorités sud-africaines ont condamné les actes de violence et rappelé que le maintien de l’ordre relève exclusivement de l’État. De leur côté, plusieurs gouvernements africains ont exprimé leur inquiétude et organisé l’assistance ou le rapatriement de certains de leurs ressortissants.

Qualifier ces violences d’afrophobes ne revient toutefois pas à nier les défis liés à la gestion des flux migratoires. Comme tout État souverain, l’Afrique du Sud est en droit de contrôler ses frontières et de faire respecter sa législation en matière d’immigration. Mais cette responsabilité incombe aux institutions publiques, et non à des groupes qui prétendent se substituer à la justice.

Le choix des mots n’est jamais neutre. Parler d’afrophobie plutôt que de xénophobie revient à souligner que les violences observées ne frappent pas indistinctement tous les étrangers, mais touchent principalement des Africains. Cette lecture ne fait pas l’unanimité, mais elle met en lumière une dimension essentielle de la crise et invite à dépasser les explications simplistes.

Au-delà de la terminologie, l’enjeu reste le même : empêcher que les difficultés économiques et sociales ne se transforment en violences contre des populations déjà vulnérables. Pour la nation de Nelson Mandela, dont la Constitution fait de la dignité humaine, de l’égalité et de l’État de droit des principes fondateurs, ce défi constitue autant une question de sécurité publique qu’un test de fidélité à ses valeurs démocratiques.

Au-delà des débats sur la terminologie, une autre question revient avec insistance : celle de l’impunité.

Depuis près de deux décennies, les violences contre les migrants africains se répètent de manière cyclique en Afrique du Sud. Malgré les condamnations officielles, de nombreux membres des communautés étrangères estiment que les auteurs de ces intimidations sont souvent identifiés par les autorités, mais rarement poursuivis avec la fermeté attendue par les victimes. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, cette perception d’une justice insuffisante contribue à alimenter un sentiment d’impunité.

Certains représentants des communautés étrangères vont plus loin. Ils accusent une partie de la classe politique d’instrumentaliser les tensions liées à l’immigration, notamment à l’approche des élections locales ou nationales, afin de séduire un électorat préoccupé par le chômage, la criminalité et la dégradation des services publics. Aucune preuve ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’une politique officielle, mais ces critiques reviennent régulièrement dans le débat public.

Pendant ce temps, les conséquences humaines sont bien réelles. Des vies sont perdues, des familles sont déplacées et des centaines de commerces appartenant à des ressortissants africains sont détruits ou pillés. Chaque nouvelle flambée de violence laisse derrière elle des traumatismes durables qui dépassent largement les pertes matérielles.

La communauté congolaise figure parmi celles qui subissent directement et indirectement les effets de ce climat d’insécurité. De nombreux Congolais installés en Afrique du Sud témoignent vivre dans une inquiétude permanente, craignant que chaque épisode de tensions ne se transforme en attaques ciblées contre leurs commerces, leurs quartiers ou leurs familles.

Les répercussions touchent également les enfants. Selon plusieurs familles congolaises, des élèves nés en Afrique du Sud de parents congolais rencontreraient des difficultés lors de leur inscription dans les établissements publics. Des parents dénoncent des affectations dans des écoles situées dans des quartiers particulièrement défavorisés et peu sécurisés. Certains affirment s’être vu répondre que la seule alternative consistait à inscrire leurs enfants dans des établissements privés s’ils n’étaient pas satisfaits des affectations proposées. Ces témoignages nourrissent un profond sentiment d’exclusion et de marginalisation au sein d’une partie de la diaspora congolaise.

Si ces situations méritent d’être examinées avec rigueur par les autorités compétentes, elles rappellent surtout qu’au-delà des violences physiques, l’insécurité peut également prendre la forme d’une exclusion progressive de l’accès aux droits fondamentaux, notamment à l’éducation, à la sécurité et à l’égalité de traitement.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET