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Affaire « Philemon Yav » : 50.000 USD, une villa et un témoignage controversé au cœur du procès

Au cœur de la bataille judiciaire qui oppose le lieutenant-général Philémon Yav au ministère public, la défense soulève une question explosive : le principal témoin à charge aurait-il été approché pour incriminer l’ancien commandant de la 3ᵉ zone de défense en échange d’une villa et de 50.000 USD ? C’est la thèse avancée devant la Haute Cour militaire par Me Carlos Ngwapitshi, qui dénonce un « montage » et réclame l’acquittement de son client.

Le procès du général Philémon Yav Irung connaît un nouveau rebondissement. Alors que le ministère public a requis la perpétuité contre l’ancien haut responsable des FARDC et son coprévenu Issa Shauri Chibogo, la défense tente de fragiliser l’un des ressorts essentiels de l’accusation.

À la barre, les avocats du général Yav ne se contentent pas de contester les faits qui lui sont reprochés. Ils mettent directement en cause la genèse de certains témoignages versés au dossier.

« On lui avait promis une villa et 50.000 USD »

Selon Me Carlos Ngwapitshi, avocat du général Yav, son client est poursuivi dans cette affaire aux côtés d’un dénommé Issa, lequel aurait été approché par des services à Bukavu afin de mettre en cause l’ancien commandant de la 3ᵉ zone de défense.
La contrepartie annoncée aurait été, selon l’avocat, une villa et 50.000 dollars américains.

Une accusation particulièrement grave, que la défense entend utiliser pour remettre en question la fiabilité des éléments ayant contribué à incriminer le général.

Une promesse non tenue qui aurait tout fait basculer

Toujours selon la version livrée par Me Ngwapitshi, Issa aurait été auditionné par différents services et aurait fourni les déclarations attendues de lui.
Mais la promesse qui lui aurait été faite n’aurait jamais été honorée.
« Après avoir été auditionné par les différents services et fini de faire son job, la promesse n’a jamais été réalisée », soutient l’avocat.

C’est à partir de là, selon la défense, que le récit aurait changé.

Frustré de ne pas avoir obtenu ce qui lui aurait été promis, Issa aurait décidé de révéler l’existence de l’opération présumée et de mettre en cause ceux qu’il présente comme les personnes à l’origine de cette démarche.

Des noms cités devant la Cour

Me Carlos Ngwapitshi affirme qu’au cours de ses déclarations, Issa aurait cité nommément les généraux Ndima et Cirimwami, ainsi que Dodo, présenté comme le responsable du renseignement à Bukavu avant la chute de la ville.

Pour la défense, ces déclarations constituent un élément majeur du dossier. Elles permettraient, selon elle, de comprendre comment le général Yav aurait été placé au centre de cette affaire.

La thèse défendue par les avocats est donc claire : les accusations contre Philémon Yav seraient le résultat d’un montage construit à partir d’un témoignage obtenu dans des conditions contestables.

Il appartient toutefois à la Haute Cour militaire de vérifier ces affirmations et d’en apprécier la portée juridique. Les accusations formulées par la défense contre les personnes citées ne sauraient, à ce stade, être considérées comme des faits établis.

De quoi le général Yav est-il accusé ?

Le lieutenant-général Philémon Yav est poursuivi devant la Haute Cour militaire pour des faits d’une exceptionnelle gravité, notamment trahison et participation à un mouvement insurrectionnel.

Le ministère public estime que les éléments réunis au cours de l’instruction établissent les faits reprochés aux prévenus. Il a ainsi requis la servitude pénale à perpétuité.

La défense rejette catégoriquement cette lecture du dossier. Pour elle, les éléments à charge ne permettent pas d’établir la culpabilité du général Yav avec la certitude exigée par la justice pénale.

Après les réquisitions du ministère public, la défense joue donc une carte décisive.
Me Carlos Ngwapitshi demande à la Haute Cour militaire de considérer les contradictions et les révélations attribuées à Issa et, surtout, de ne pas condamner le général Yav sur la base d’éléments que la défense considère comme manipulés.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET