Mémoire
Affaire Manassé Lomboto : Augustin Kabuya contre-attaque, le parquet bloque la sortie de la dépouille
Le dossier Manassé Lomboto prend une nouvelle dimension. Alors que l’opposition se trouvait hier à la morgue de l’Hôpital du Cinquantenaire pour récupérer la dépouille du militant de l’ADD Congo et membre de la coalition C64, le parquet de grande instance de Kinshasa/Kalamu a émis une réquisition d’information ordonnant le maintien du corps à la morgue, dans l’attente d’une enquête judiciaire sur les circonstances de sa mort.
La décision de la justice intervient au moment où la controverse politique s’intensifie autour du décès de Manassé Lomboto, mort après la manifestation de l’opposition du 15 septembre à Kinshasa.
Quelques heures plus tard, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS/Tshisekedi, a pris publiquement position. Depuis sa résidence, à Kinshasa, il réclame une autopsie et invite l’opposition à présenter devant la justice l’ensemble des preuves sur lesquelles reposent ses accusations.
La justice intervient avant l’inhumation
La scène était particulièrement attendue. Des membres de l’opposition s’étaient rendus à la morgue de l’Hôpital du Cinquantenaire pour récupérer la dépouille de Manassé Lomboto.
Mais la procédure judiciaire est venue interrompre cette séquence.
Une réquisition d’information du parquet de grande instance de Kinshasa/Kalamu a ordonné que la dépouille demeure à la morgue, le temps de permettre aux autorités judiciaires d’enquêter sur les circonstances de la mort.
Cette décision donne un relief particulier à la demande formulée par Augustin Kabuya : avant toute inhumation, le secrétaire général de l’UDPS veut que soit déterminée la cause exacte du décès.
Kabuya :
« Qu’on fasse l’autopsie »

C’est dans ce contexte qu’Augustin Kabuya a rompu le silence.
S’exprimant devant les militantes de la fédération de Mont-Amba réunies à sa résidence à Limete, le responsable de l’UDPS a contesté le récit porté par la coalition C64 et soulevé des interrogations sur les circonstances dans lesquelles le corps du militant a été retrouvé.
« Ils disent qu’on a tué leur militant. Mais ils disent qu’on a tué quelqu’un à Limete et comment le corps s’est retrouvé là où il est aujourd’hui à Asanef ? », s’est-il interrogé.
Pour Kabuya, une seule démarche peut permettre de dépasser la polémique : l’expertise médico-légale.
« Que les autorités ne laissent pas ces gens enterrer le militant de C64, qu’on fasse l’autopsie pour qu’on sache la vraie cause du décès », a-t-il déclaré.
La position du secrétaire général de l’UDPS est donc sans ambiguïté : pas d’inhumation avant que la lumière ne soit faite sur les causes du décès.
Kabuya dénonce le « piège » de l’opposition
Derrière la question judiciaire se joue également une bataille politique.
Augustin Kabuya estime que l’opposition cherche à imposer trop rapidement une lecture politique du décès de Manassé Lomboto et à mettre en cause le pouvoir avant que les faits ne soient établis.
Il présente cette démarche comme un « piège de l’opposition » destiné, selon sa lecture, à transformer le décès du militant en instrument de mise en accusation du pouvoir de Félix Tshisekedi.
Le secrétaire général de l’UDPS choisit donc de répondre sur le terrain des preuves.
Pour lui, les accusations doivent être déposées devant la justice, où elles pourront être confrontées aux témoignages, aux éléments matériels et aux résultats de l’expertise médico-légale.
« Qu’ils amènent en justice toutes les preuves »
La plainte annoncée par la C64 ne constitue pas, aux yeux de Kabuya, un motif de recul. Il affirme au contraire y voir l’occasion de faire émerger la vérité.
« J’ai appris qu’ils ont déposé une plainte. C’est une très bonne nouvelle. Qu’ils amènent en justice toutes les preuves et on va les confronter pour faire éclater la vérité », a-t-il affirmé.
Le responsable de l’UDPS place ainsi ses adversaires devant ce qu’il considère comme leur responsabilité : assumer leurs accusations devant la justice et en apporter les preuves.
L’autre accusation de Kabuya
Augustin Kabuya ne s’est pas limité au dossier du décès.
Revenant sur la manifestation du 15 septembre, il a accusé l’opposition d’avoir recruté, selon ses propres termes, des « kulunas » pour s’en prendre aux biens de citoyens.
Cette accusation s’inscrit dans une bataille de récits plus large autour des violences ayant marqué cette mobilisation.
Là encore, les responsabilités éventuelles restent du ressort des investigations judiciaires
.
Du 15 au 26 septembre, la confrontation politique s’intensifie
Le dossier Manassé Lomboto s’inscrit dans une séquence politique particulièrement tendue.
Le 15 septembre, la coalition C64 organisait une manifestation à Kinshasa.
Le 22 septembre, le camp présidentiel organisait à son tour une mobilisation populaire et Triomphale dans plusieurs provinces, notamment en soutien aux institutions, au dialogue national annoncé par le chef de l’État et au processus référendaire.
Le 26 septembre, Augustin Kabuya a choisi de prendre publiquement position sur le décès du militant de la C64.
Entre-temps, la justice s’est saisie du dossier en ordonnant le maintien de la dépouille à la morgue dans le cadre de la procédure d’information judiciaire.
La bataille quitte le terrain politique
Avec cette réquisition, le dossier change de nature.
La polémique politique demeure, mais la dépouille de Manassé Lomboto est désormais au centre d’une procédure judiciaire. L’autopsie, les témoignages, les circonstances précises de la manifestation et les autres éléments matériels pourront être examinés dans le cadre de l’enquête.
Augustin Kabuya, lui, a fixé sa ligne : il refuse que la version de l’opposition soit tenue pour acquise et réclame que chaque accusation soit confrontée aux preuves.
Dans cette affaire, la bataille des récits est donc appelée à céder progressivement la place à celle des éléments de preuve.
Le corps reste à la morgue. La justice enquête. Et Augustin Kabuya, lui, demande que la vérité sorte non des accusations politiques, mais de l’autopsie et du dossier judiciaire y sont.
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