À la Une
La monnaie : Illusion d’accumulation et transformation des valeurs
La monnaie, cet outil omniprésent dans nos sociétés modernes, a marqué une rupture fondamentale dans la perception que l’humanité a de la richesse et de la valeur. Contrairement aux biens matériels comme les chaussures ou l’huile, qui ont une utilité concrète et limitée, la monnaie offre une illusion d’accumulation sans fin.
En effet, il est difficile d’imaginer un cordonnier entassant des paires de chaussures ou un producteur d’huile accumulant des bidons à l’infini. Pourtant, la quête d’accumulation de monnaie est devenue une norme. La monnaie apparaît comme un mécanisme de simplification des échanges. Avant son invention, les sociétés pratiquaient le troc, un système limité par la nécessité d’un échange direct.
Avec la monnaie, cette contrainte disparaît. Elle devient le vecteur universel de valeur, permettant de transcender les besoins immédiats. Mais cette liberté nouvelle vient avec un coût : l’illusion de l’accumulation. Accumuler de la monnaie, c’est s’engager dans une quête sans fin. Alors qu’un cordonnier sait qu’il n’a besoin que d’un certain nombre de chaussures pour exercer son métier.
La monnaie n’a pas de limite tangible. Cette capacité d’accumulation infinie a transformé notre rapport à la valeur. Autrefois, la valeur d’usage – l’utilité d’un produit – était primordiale. Aujourd’hui, la valeur d’échange, représentée par la monnaie, a pris le pas. Ce glissement a, d’une certaine manière, « tué » la valeur d’usage, réduisant les biens à de simples chiffres sur un compte bancaire.
Cette transformation a des implications profondes. La valeur d’usage, qui se base sur la satisfaction des besoins humains, est souvent éclipsée par une valeur d’échange qui privilégie l’accumulation et le profit. Ainsi, des produits essentiels peuvent être dévalués, et des biens superflus peuvent être surévalués, simplement parce qu’ils peuvent générer plus de monnaie.
Cela soulève des questions éthiques sur notre système économique et notre façon de valoriser ce qui est vraiment important. La monnaie, en tant que premier élément dans l’histoire de l’humanité à offrir l’illusion d’une accumulation infinie, a profondément modifié notre conception de la richesse. Elle a permis une évolution des échanges, mais au prix d’une dévaluation de la valeur d’usage.
En réfléchissant à notre rapport à la monnaie, nous devons nous interroger sur l’impact de cette illusion sur notre société et sur la manière dont nous définissons la valeur dans un monde de plus en plus dominé par le chiffre. L’accumulation de richesses n’est pas un gage de bonheur intérieur car l’argent ne fait pas le bonheur bien qu’il y contribue.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
À la Une
« Descendez au refuge ! » : À Kyiv, j’ai vécu 2 alertes aériennes qui m’ont fait comprendre le quotidien des Ukrainiens sous les bombes (Carnet de voyage CONGOPROFOND.NET)
Pendant 3 heures d’échanges riches et passionnants avec des universitaires, des diplomates et des journalistes, nous avons eu l’opportunité exceptionnelle de découvrir les initiatives académiques et scientifiques portées par l’Ukraine en direction de l’Afrique, grâce au précieux accompagnement du Centre d’études africaines de l’Université nationale Taras Chevtchenko et de nombreux partenaires engagés.
Mais au-delà des discussions scientifiques et diplomatiques, c’est une expérience humaine forte qui marquera durablement ma mémoire.

Quand les sirènes interrompent la science
Alors que les échanges se déroulaient dans une atmosphère studieuse et conviviale, les sirènes d’alerte aérienne ont retenti à 2 reprises. À chaque fois, nous avons dû interrompre la conférence pour rejoindre en urgence un refuge anti-bombes.
Ces moments ont suscité en moi des émotions intenses. Descendre dans un abri souterrain alors que l’on participe à une conférence universitaire est une expérience qui dépasse l’imagination de ceux qui vivent loin du conflit. Cette réalité, je ne l’avais jusqu’alors observée qu’à travers les médias. La vivre personnellement m’a permis de mieux comprendre les conditions actuelles de l’Ukraine et les défis quotidiens auxquels les Ukrainiens sont confrontés depuis le début de l’agression russe.
Sur le chemin menant au refuge, une question me traversait l’esprit. J’ai alors demandé à notre hôte si les frappes russes visaient uniquement des objectifs militaires. Sa réponse fut aussi simple que percutante : « Que faut-il en penser lorsque nous sommes obligés, avec des étudiants et des chercheurs, de descendre dans un abri anti-bombes alors que nous discutons de science ? »
Cette interrogation résume à elle seule la réalité d’un pays où la guerre s’invite jusque dans les amphithéâtres, les salles de conférence et les espaces dédiés au savoir.
Le courage d’informer malgré la guerre

Cette visite a également été marquée par la présence d’une importante délégation de journalistes africains. Je tiens à saluer le courage et le professionnalisme de mes confrères venus de plusieurs pays du continent. Leur décision de se rendre en Ukraine en cette période particulièrement difficile témoigne d’un véritable engagement envers la recherche de la vérité et la compréhension des réalités du terrain.
Choisir de visiter un pays en guerre ne relève pas seulement du devoir professionnel ; cela exige aussi une part importante de courage personnel. Leur détermination à voir l’Ukraine de leurs propres yeux mérite d’être reconnue.
Cette visite m’a permis de découvrir une autre facette de l’Ukraine : celle d’un peuple qui continue d’enseigner, de rechercher, d’innover et de dialoguer avec le monde malgré les menaces permanentes. J’espère sincèrement que cette expérience contribuera à une meilleure compréhension des réalités que vivent quotidiennement les Ukrainiens et renforcera les liens entre l’Afrique et l’Ukraine dans les domaines de l’éducation, de la recherche et de la coopération internationale.
Une expérience qui rapproche l’Afrique et l’Ukraine

Au cours de cette tournée de presse, des journalistes venus du Bénin, de la République démocratique du Congo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Sénégal et du Togo ont eu l’opportunité de couvrir les activités organisées à l’Université nationale Taras-Chevtchenko de Kyiv et de découvrir de près la réalité ukrainienne. Leur présence a donné à cette mission une dimension véritablement panafricaine, favorisant les échanges d’expériences et le partage de regards sur les défis contemporains auxquels fait face l’Ukraine.
Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude à Saleck Zeid, Josiasse Assemon, Arnauld Kassouin, Aliya, Mohamed Diop, Robert Kra, Bernadette Ayelo Ablavi Ayibe, Paul Joel Kamtchang, Mor Amar, Eddy Tshiala Katala qui ont participé à cette tournée de presse en Ukraine. Leur professionnalisme, leur courage et leur volonté de témoigner des réalités du terrain ont contribué au succès de cette mission et à une meilleure compréhension mutuelle entre nos peuples. Ensemble, nous avons vécu une expérience marquante qui restera gravée dans nos mémoires bien au-delà de ce voyage.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
