Justice
Procès Charles Onana/Rwanda : Les congolais manifestent ce mardi à Kinshasa pour le soutenir
Les congolais de Kinshasa seront dans une manifestation ce mardi 8 octobre, pour exiger la libération de l’écrivain Camerounais Charles Onana arrêté à Paris, en France pour avoir dénoncé les auteurs des tueries dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).
D’après le député national Justin Bitakwira, l’un des organisateurs qui s’en prennent vivement au président Rwandais Paul Kagame, cette manifestation pacifique aura comme dernier point de rassemblement, la place du GENOCOST, ex Place des évolués, dans la commune de la Gombe à Kinshasa.
«Nous serons à la place des évolués où nous les amis et sympathisants de Charles Onana, lui lancerons un message de soutien…Si Kagame pense faire taire tout le monde pour ne pas dire ce qui s’est réellement passé au Rwanda, il se trompe. Il n’est pas éternel. Il finira par mourir», a déclaré l’élu d’Uvira sur Top Congo FM.
Le procès Charles Onana, au tribunal correctionnel de Paris s’est ouvert ce lundi 7 octobre 2024. L’auteur du livre intitulé «Holocauste au Congo : L’Ormerta de la communauté internationale », a bénéficié d’un grand soutien des congolais vivant à Paris, qui se sont présentés pour lui apporter du réconfort.
Le journaliste et essayiste Franco-camerounais est accusé par plusieurs associations proches du président Paul Kagame du « négationnisme » sur le génocide des tutsis au Rwanda en 1994.
Les manifestants à Kinshasa promettent de traquer les représentations de toutes ces associations derrière cette plainte, au cas où l’affaire pourrait tourner contre Charles Onana.
Du 7 au 11 octobre, Charles Onana et son éditeur Damien Serieyx comparaissent pour «contestation publique de l’existence de crimes contre l’humanité». Les plaignants remettent en cause la thèse du livre : « Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise» et espèrent une décision qui fasse jurisprudence sur le négationnisme du génocide des Tutsi.
Dans cet ouvrage publié en 2019 aux éditions du Toucan, l’auteur remet en cause la version connue et officielle des responsabilités des massacres qui ont causé la mort, en moins de 4 mois, de près de 800.000 personnes, en grande majorité des Tutsis, en 1994.
D’abord en prenant défense de l’opération Turquoise, envoyée par la France sous bannière de l’ONU, soupçonnée par certains d’avoir laissé faire des massacres et permis à des génocidaires de fuir vers le Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), sur fond de liens entre Paris et le régime hutu.
Puis, en affirmant que Paul Kagame, président du Rwanda depuis 24 ans, alors à la tête du Front patriotique rwandais (FPR) – mouvement rebelle qui a qui a mis fin au génocide, aurait orchestré cette invasion déguisée du Nord-Kivu, à l’est de la RDC, dès 1990 pour s’emparer des ressources minières de la région.
Pour Onana, le véritable sujet polémique concerne donc la planification dudit génocide. Depuis trois décennies, Kagamé et le FPR au pouvoir tentent par tous les moyens, y compris l’assassinat des opposants, d’imposer leur version de l’histoire : le gouvernement du président hutu Juvénal Habyarimana opprimait la minorité tutsie et les franges les plus radicales du pouvoir, notamment les milices Interahamwe, et en avait programmé de longue date l’élimination complète.
Willy Theway Kambulu/ CONGOPROFOND.NET
Actualité
» Brut » : 2 policiers condamnés pour torture, la Cour sanctionne les exécutants
Si Philémon Mambabua est reparti libre du prétoire de Ndolo, le verdict prononcé ce 4 juin 2026 n’a pas épargné les 2 policiers poursuivis. La Cour militaire, après avoir rappelé le déroulé des faits ( cette intrusion nocturne de Claudien Likulia, Christopher et Noah à une soirée pyjama non autorisée par le propriétaire des lieux ), a opéré une distinction nette entre le commandement et l’exécution. Là où le doute a profité au premier, les actes matériels atroces ont été imputés aux seconds. La Cour s’est appuyée sur les articles 48 bis et 48 ter de la loi du 9 juillet 2011 portant criminalisation de la torture, qui retiennent la qualité de l’agent, les faits matériels constitutifs de souffrances aiguës, l’élément intentionnel et l’élément moral. Les déclarations des victimes, corroborées par le témoignage décisif de Sakina ( qui a qualifié les agissements des policiers de « brut » ), ont fondé l’intime conviction des juges.

Contrairement à Philémon Mambabua, pour qui l’ordre de « maîtriser » n’a pu être requalifié en instruction de torturer, les deux agents ont été reconnus coupables d’avoir infligé des souffrances aux enfants Mushobekwa et à Noah. Le nombre de policiers impliqués, bien que flou dans certains récits, n’a pas effacé la matérialité des violences retenues par la Cour. Celle-ci a souligné que les traumatismes subis par les victimes, bien que leur récit ait pu être altéré par le choc, ne faisaient aucun doute. La Cour a donc déclaré l’infraction constituée dans le chef des 2 policiers, qui avaient la garde et l’autorité immédiate sur les enfants au moment des faits. Leur dénégation constante n’a pas résisté à la confrontation avec les éléments renseignants et les dépositions concordantes.
La sentence est tombée : 2 ans de servitude pénale, une amende de 500.000 francs congolais par condamné, et la confirmation de leur maintien en détention. Sur le plan civil, la Cour, après avoir constaté l’absence totale de pièces comptables justificatives déposées par les parties civiles, a statué en équité. Elle a ramené la demande initiale de 3,4 millions de dollars américains à une somme totale de 25.000 dollars, soit 5.000 dollars par partie civile. Une décision qui sanctionne les exécutants tout en rappelant avec force que la responsabilité pénale est individuelle.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
