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L’Angola arrête ses subventions sur l’essence : Bonne nouvelle pour la RDC et d’autres pays limitrophes !(Tribune de Kamwanga Aldo, Expert en Hydrocarbures)
La République d’Angola, après avoir libéralisé le prix de l’essence en 2021, vient de mettre fin à la subvention de l’essence, ce vendredi 2 juin 2023. La décision a été d’application depuis ce lundi 5 juin 2023.
Lors d’une conférence de presse de ce vendredi 2 juin 2023, le ministre d’État à la Coordination économique, Manuel Nunes Júnior, a indiqué que le gouvernement a mis fin à la subvention de l’essence. Le prix à la pompe passe donc de 0,49 à 0,87 USD. Les dépenses de l’État liées aux subventions du carburants étaient, en 2022, de l’ordre de 3,8 milliards de dollars.
L’homme d’Etat a indiqué, en outre, que ces fonds gagnés serviront aux politiques sociales du gouvernement notamment en ce qui concerne la politique du logement et de la sécurité sociale. Et les effets se sentiront dans le long terme.
Baisse en Angola, espoir de hausse d’impôts en RDC
Dans des pays limitrophes, la nouvelle d’arrêt de subvention angolaise a réjoui plus d’un gouvernement. L’étau se resserre sur les contrebandiers et autres trafiquants des produits pétroliers en provenance de l’Angola. En clair, la fin de la subvention est une bonne nouvelle pour les pays voisins. Ceux-ci se sont vus bien, malgré eux, être le point de chute de la fraude et de la contrebande des produits pétroliers en provenance de l’Angola vers leurs marchés respectifs. Au regard du fait qu’Angola est le quatrième pays au monde où l’essence est le moins cher.
En effet, le contrebandier ou fraudeur achète en grande quantité l’essence subventionnée pour le revendre légèrement plus bas que le prix fixé à la pompe de pays voisins.
De manière chiffrée, le prix de l’essence en Angola est à moins d’un dollar le litre tandis que ses voisins sont tous à plus d’un dollar vingt. La moyenne mondiale est 1,28 USD. Ce qui a entrainé un appel d’air propice à la contrebande. Cette dernière entraine de manque à gagner sur les recettes des Etats voisins du fait que ces produits ne sont pas fiscalisés (ne payent pas les droits de douanes et accises) et donc constitue une concurrence déloyale.
Le rehaussement de prix à la pompe d’Angola vers le prix réel du marché va susciter une baisse sensible de revenus aux contrebandiers et autres fraudeurs. Automatiquement les ventes de la RDC vont enregistrer une hausse sensible de vente et plus de fiscalités perçues.
Fin de la nation débonnaire
Pour mieux expliquer les contours de la décision angolaise, il sied de signaler d’abord qu’il s’agit d’une vague qui semble toucher une grande partie de pays producteurs du pétrole africain. Le dernier cas d’actualité est celui du Nigeria, où son nouveau président vient aussi de mettre fin à la subvention. Jadis il y a eu le Kenya, le Ghana et dans une moindre mesure la RDC avec la fin de la subvention du jet a1( carburant pour avion ) pour le vol internationaux en 2022.
Pour le cas angolais, il y a lieu de préciser que le pays a été durement touché par le choc pétrolier( baisse du baril de 110 à 40 dollars) en 2014-2015. L’Angola a vu une hausse de sa dette publique notamment envers la Chine, augmentation sans précédent de son déficit budgétaire ainsi que pour couronner le tout une forte dépréciation de sa monnaie locale. La situation l’a contraint d’entrer en programme avec le FMI. L’une des conséquences de ce programme a été, dans le secteur énergétique, la libéralisation du prix puis maintenant la fin de la subvention.
Nous reconnaissons néanmoins qu’il a été prévu une mesure d’atténuation pour une catégorie de la population, notamment le chauffeur de taxi, les agriculteurs, pécheurs. L’Angola semble avoir appris des autres pays en privilégiant une survivance de la subvention sur les secteurs qui sont généralement à la base de trouble ou ayant de effets multiplicateurs à savoir celui du transport et celui de l’alimentaire. La nation débonnaire recule devant le réalisme de l’Etat
Kamwanga Aldo
Expert en Hydrocarbures
Consultant formateur chez Astéroïde
Expert responsable auprès du cabinet d’étude sur le droit et économie des hydrocarbures au Congo (CEDRHYC)