Connect with us

À la Une

Les anecdotes de la Faculté de Médecine de l’Unikin : Le jour où le Département de médecine interne des CUK est passé à côté d’une grande première « l’annonce des premiers cas de SIDA… » ( Par Tonduangu Kuezina Daniel)

Introduction : retour à l’histoire

Le 5 juin 1981, le « Centers of disease control (CDC) d’Atlanta décrit dans la revue Morbidity and Mortality Weekly Report une recrudescence des cas de pneumocystose dans une communauté d’homosexuels à Los Angeles (1).

En juillet 1982, le CDC adopte le terme Acquired immune deficiency syndrome (AIDS) pour décrire cette nouvelle maladie, syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) en français (2).

En mai 1983, le rétrovirus responsable du SIDA est identifié par Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi de l’Institut Pasteur à Paris, ils le baptisent Lymphadenopathy associated virus (LAV) (3).

En mai 1984, l’équipe américaine dirigée par Robert Gallo confirme l’identification de ce rétrovirus et le rebaptise virus-T-lymphotrope humain de type III (HTLV-III) (4).

En mai 1986 le nom définitif est proposé de façon consensuelle : le virus sera appelé officiellement « le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) » (5).

A savoir que c’est en 1985 que le département de médecine interne des cliniques universitaires de Kinshasa, par Odio et coll, publie des cas de SIDA à Kinshasa, dans la revue belge de médecine tropicale (6).

Ce fameux staff de médecine interne en 1980

Ce récit est issu des souvenirs du Département transmis oralement par un de nos maîtres, le professeur Lepira Bompeka François.

L’histoire scientifique officielle ne connaitra jamais ce qui s’est passé un certain matin de staff ordinaire du département de médecine interne, bien avant juin 1981…

En effet, au courant de l’année 1980, le professeur André Tshiani, à l’issue de présentation des cas, demande qu’une réflexion soit faite autour d’un certain nombre de cas de diarrhée chronique soignée dans le département et dont la conclusion était quasi constante : suspicion de tuberculose intestinale.

A l’époque, beaucoup de ces patients avaient bénéficié d’une biopsie intestinale qui n’était pas concluante…

Autour de Tshiani, tout le grand staff de médecine interne : Ditu, Mbendi, Kumboneki, Odio, Izzia, Lurhuma….

Andropov Kalantandaniev (comme on appelait le prof Tshiani !) fixe de façon péremptoire le professeur Lurhuma : « Professeur Lurhuma c’est toi le spécialiste en immunologie ici, ne penses-tu pas que ces patients présentent un problème immunitaire ? »

L’histoire lui donnera raison … mais ne dit-on pas « tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse ne peuvent que chanter la gloire du chasseur » …

Les cliniciens congolais auraient dû publier ces premiers cas suspects et évoquer une plausible étiologie immunitaire…bien avant le CDC d’Atlanta !!!

Est-ce un rendez-vous manqué ? avons-nous tiré leçon de cela ? c’est aux chercheurs et cliniciens congolais de répondre…

REFERENCES

1. Pneumocystis pneumonia – Los Angeles, centers for Disease Control and Prevention, MMWR 5 juin 1981 / 30(21) ;1-3

2.Unmesh Kher. A name of the plague – 80 days that changed the word-Time. July 27 ,1982

3. Barré-Sinoussi F, Chermann JC, Rey F, Nugeyre MT, Chamaret S, Gruest J, Dauguet C, Axler-Blin C, Vézinet-Brun F, Rouzioux C, Rozenbaum W, Montagnier L. Isolation of a T-lymphotropic retrovirus from a patient at risk for acquired immune deficiency syndrome (AIDS). Science,1983, vol. 220, p. 868-71.

4. Popovic M, Sarngadharan MG, Read E, Gallo RC. Detection, isolation, and continuous production of cytopathic retroviruses (HTLV-II) from patients with AIDS and pré-AIDS. Science,1984, vol. 224, p.497-500.

5. Coffin J, Haase A, Levy JA, Montagnier L, Oroszlan S, Teich N, Temin H, Toyoshima K, Varmus H, Vogt P. What to call the AIDS virus ? Nature, 1986, vol.321, p.10.

6. Odio W , Kapita B , Mbendi N , Kayembe K , Ndangi K , Muyembe T , Mazebo P , Izzia K, Lurhuma Z , Sansa A , et al . Le SIDA à Kinshasa, Zaïre. Observations cliniques et épidémiologiques. Annales de la société belge de Médecine tropicale, 1985, vol. 65, p. 357-361.