À la Une
Le Mal congolais : Immenses richesses naturelles face à une classe politique irresponsable et controversée ! (Martin Mulumba Docteur et chercheur en Droit Public de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Placée au centre de l’Afrique, la République démocratique du Congo est par sa taille (2 345 000 km²) et par sa position géostratégique, un acteur clé de l’intégration politique et économique africaine. Mais ce « Grand de l’Afrique noire francophone », dont l’unification administrative (de 265 tribus, ethnies et langues bantoues et oubanguiennes) fut l’œuvre du seul colonisateur belge depuis 1885, est depuis asphyxié, et devenu une proie facile pour ses voisins se permettant même de violer ses frontières sans rien craindre !
Enigme d’un géant aux ressources immenses, mais avec une des populations les plus pauvres du monde
Considéré comme un scandale géologique, l’ex Congo belge dispose d’immenses ressources minières, d’un potentiel énergétique à la hauteur des enjeux de développement, d’atouts touristiques prometteurs. Le Congo compte aussi un réseau hydrographique exceptionnel, un immense potentiel agricole et une forêt dense. Fort d’une démographie dynamique et d’une culture exceptionnelle, le Congo de Patrice Emery Lumumba est l’un des pays avec une des populations les plus pauvres du monde : quelle énigme !
Avec son énorme potentiel touristique, ses vastes richesses naturelles, la forêt dense, l’abondance des terres arables, ainsi que d’importantes réserves hydroélectriques, la République démocratique du Congo est capable de contribuer au développement du continent africain. Mais à cause d’une mauvaise gouvernance caractérisée de sa gestion depuis l’indépendance en 1960, le Congo-Kinshasa est classé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), comme un des pays les moins développés de la planète.
Ce géant d’Afrique est souvent classé l’avant dernier pays le plus pauvre de la planète. Il bat aussi un autre triste record : Il est considéré comme l’un des pays les plus corrompus au monde. Quatre-vingt-dix pour cent de sa population vivent avec 1$ par jour, et son administration publique est qualifiée d’inefficiente et non fonctionnelle avec une autorité de l’Etat quasi absente dans beaucoup de coins du territoire national. A qui la faute ? Avec toutes ces richesses enviables, comment en est-on arrivé là ?
De Joseph Kasa-Vubu à Félix Tshisekedi (encore en fonction et sans bilan définitif), en passant par les deux Désiré (Joseph Désiré Mobutu, Laurent Désiré Kabila), et Joseph Kabila, sans oublier la parenthèse de 1+4 (Joseph Kabila avec quatre Vice-présidents), la conception et la pratique de la fonction présidentielle expliquent le désastre social nommé paradoxe congolais : Le pays doté de toutes les ressources minières exceptionnelles (l’Or, le Diamant, le Cuivre, le Cobalt, le Gaz méthane, le Manganèse, le Fer, l’Etain, le Pétrole, le Charbon, etc.), des ressources touristiques, hydroélectriques, aquatiques, agricoles et humaines, font de lui un véritable scandale dans tous les sens dénotatif et connotatif du terme, mais qu’il puisse avoir une population classée parmi les plus pauvres de la planète. Toutes ces richesses ne constituent pas un atout transformable en bien pour les populations croupissant dans la misère noire !
L’absence d’un véritable leadership éclairé comme principale cause de la mauvaise gouvernance
En parcourant les différents textes constitutionnels congolais : de la loi fondamentale du 19 mai 1960 léguée par les Belges à la Constitution du 18 février 2006, qualifiée de petite sœur africaine de la Constitution française de la Ve République(Delphine Pollet-Panoussis), en passant par la Constitution de Luluabourg du 1er août 1964, la Constitution « révolutionnaire » du 24 juin 1967, avec ses multiples révisions (même verbales), les différents actes et textes constitutionnels de la période de la Transition (1990-2005), le constat est le même. A l’instar des différents Etats développés, la République démocratique du Congo a, depuis son accession à l’indépendance, fait le choix de l’Etat de droit comme seul fondement de la République. Ce choix de l’Etat de droit vise a toujours visé la mise en place d’une bonne gouvernance, la stabilité des institutions politiques, la recherche d’une paix durable et le développement socio-économique, etc.
Mais la voie pseudo-démocratique fondée sur une parodie électorale ou un plébiscite, qui a été choisie depuis le coup d’Etat militaire du Général Mobutu pour légitimer et conserver le pouvoir conquis par la force, a non seulement conduit le Congo à perdre son prestige et sa fierté, mais a surtout instauré la mauvaise gouvernance comme le mode de gestion de l’Etat par excellence. La présence répétée des hommes forts à la tête des institutions totalement faibles a fait du Congo-Kinshasa, un des pays dont les immenses richesses ne profitent qu’à une petite oligarchie et quelques puissances obscures profitant de l’attitude corrompue, irresponsable de la classe politique, essentiellement constituée des opportunistes et des trafiquants politiques. (Martin Mulumba, thèse de doctorat en droit public, à Paris 1 Panthéon –Sorbonne, portant sur la conception de la fonction présidentielle en Rd Congo depuis l’indépendance à nos jours).
Un leadership éclairé et une volonté politique avérée s’imposent pour développer le Congo :
D’aucuns pensent à tort que la République démocratique du Congo serait victime de ses nombreuses richesses, enviées presque par tout le monde. Cette thèse semble difficile à soutenir : une bénédiction ne peut pas devenir une malédiction. Vouloir condamner cette richesse naturelle serait clairement incriminer la volonté divine : Il faut se tourner vers la mégestion de ces richesses. Le Congo est simplement victime de ses dirigeants successifs et d’une classe politique sans leadership éclairé. Suite à une classe politique controversée, conflictuelle, irresponsable, privilégiant en permanence son propre intérêt à celui du peuple, le Congo est, aujourd’hui, un pays gravement malade, voire agonisant. La mauvaise gouvernance du pays explique la situation catastrophique de misère de tout un pays. Sans incriminer une seule personne, la classe politique congolaise dans son ensemble, depuis l’indépendance jusqu’en 2019, est responsable de ce naufrage national. Seuls un leadership responsable, des politiciens épris de patriotisme national et amoureux du peuple congolais manquent depuis toujours.
En créant une agence de prévention de lutte contre la corruption, le président Félix Tshisekedi qui ne cesse de marteler son souhait d’instaurer un véritable Etat de droit, envoie un signal fort et matérialise sa volonté de mettre fin à cette mauvaise gouvernance, source de la pauvreté des congolais, mais cette volonté seule ne suffit pas. Le Président congolais doit encore aller loin dans le choix des hommes et des femmes : au-delà de la compétence recherchée pour tel ou tel poste, la probité morale et le sentiment de servir la nation sans chercher un enrichissement personnel doivent l’éclairer et surtout l’orienter.
Le Président Tshisekedi ne saura écrire une belle histoire du Congo d’ici la fin de son quinquennat, s’il ne réussit pas à mettre fin aux antivaleurs ou à les déboulonner (selon sa promesse). Le développement du Congo n’est possible qu’avec le changement des pratiques managériales et le changement des mentalités sociales. La politique ne doit plus être un service à se rendre comme elle a toujours été, plutôt un service à rendre aux citoyens. Les richesses du pays doivent profiter à tout congolais et non seulement aux seuls acteurs politiques, ayant à tort fait de la République démocratique du Congo, leur patrimoine privé et personnel !
Garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et de la souveraineté nationale, le Président de la République doit incarner un leadership éclairé. Rassembleur, il doit être le Président de tous (ses partisans comme ses opposants). Il doit se servir de tout le monde (congolais) pour le développement du Congo (Cfr le choix du professeur Freddy Matungulu comme Représentant de la RDC à la BAD) ; il doit parler en permanence avec l’opposition, car constituée des congolais, il maximisera ainsi, les chances de réussite de son idéologie politique de la construction d’un véritable Etat de droit. Sans avoir une main qui tremble, seul le développement du Congo et le bien-être des congolais doivent guider en permanence toutes ces décisions.
Comme disait Nelson Mandela : « L’expérience d’une vie réussie, n’est pas à l’aune de la victoire, mais dans le sentiment et la conscience, d’avoir été à la hauteur de ses responsabilités », nous espérons qu’à la fin de son mandat, le président Félix Tshisekedi sera jugé comme ayant été à la hauteur de la tâche, faute de quoi, le Congo sera toujours à la recherche d’une figure forte ou d’un personnage, incarnant à la fois le leadership éclairé et l’autorité nécessaire, pour instaurer la bonne gouvernance et mettre fin aux antivaleurs qui empêchent l’épanouissement du peuple congolais !
Martin MULUMBA
Docteur et chercheur en Droit Public de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
À la Une
« Maîtrisez-les n’est pas torturez-les » : La Cour militaire siégeant à Ndolo acquitte Philémon Mambabua
L’épilogue judiciaire de l’affaire dite des « Enfants Mushobekwa » est tombé ce jeudi 4 juin 2026 à 13h20, dans le décor solennel d’une audience ouverte par les honneurs militaires. L’affaire PR 540/026, appelée par le greffier, a vu comparaître physiquement Philémon Mambabua et les deux policiers Bope Tshende et Ebukalela Aaron, tandis que les parties civiles (Marie-Ange Mushobekwa et Ntabaza) étaient présentes, les 3 garçons étant représentés par leurs conseils.

Le Premier Président de la Cour, devant l’épaisseur du jugement, a dispensé l’assemblée de la lecture exhaustive pour se concentrer sur l’exposé des faits. Il est revenu sur cette soirée pyjama organisée par Malaïka, fille de Philémon Mambabua, et sa cousine Leonnie, qui invitèrent Sakina, laquelle fit appel à son petit ami Claudien Likulia vers 1h du matin fraîchement revenu de Paris. Contre toute attente, ce dernier fit irruption vers 3 heures du matin avec deux autres garçons (son petit-frère Christopher et son ami Noah), bien après l’heure convenue. Une situation qui affecta Malaïka et qui, au retour inopiné de son père, fit éclater le stratagème. Ce dernier exigea que les parents soient appelés pour une discussion au petit matin. Marie-Ange Mushobekwa présenta alors ses excuses et demanda à ses garçons d’en faire autant. L’affaire, à cet instant précis, était close.
C’est le lendemain que le cours des événements bascula, avec le dépôt d’une plainte par Me Claude Mulemba Benoit, avocat de Madame Mushobekwa auprès de l’auditorat militaire, évoquant torture et séquestration. Pourtant, au fil des audiences, Philémon Mambabua et les deux policiers ont constamment nié. La Cour, dans son office de vérification et de reconstitution des faits, a relevé que la volonté de Philémon Mambabua avait été viciée : la dissimulation des 3 garçons dans la salle de bain prouve qu’il n’avait jamais autorisé leur présence à son domicile. Sur le cœur du dossier — la torture —, la Cour s’est livrée à un examen méthodique des preuves. Elle a constaté que si les victimes ont décrit des actes sous l’effet de traumatismes, la nature et l’exactitude de leurs récits pouvaient en être altérées, notamment sur le nombre de policiers impliqués et l’instrument utilisé. Mais surtout, Sakina, témoin central, a toujours affirmé n’avoir jamais entendu Philémon Mambabua donner l’ordre de maltraiter les garçons. La Cour a donc retenu le doute sur l’incitation, rejetant la qualification du Ministère public et rappelant que l’ordre de « maîtriser » ne saurait être confondu avec celui de torturer. Faute de preuves matérielles et d’élément intentionnel caractérisé, Philémon Mambabua a été purement et simplement acquitté.
La Cour, s’en tenant aux faits et non aux définitions ontologiques, a ainsi déclaré l’infraction d’incitation non fondée en droit pour le prévenu principal. Cet acquittement emporte des conséquences civiles directes : Philémon Mambabua, déclaré non responsable, ne devra verser aucune réparation. Le droit a été dit, et pour l’ »avocat de la société » comme pour la défense, le message est limpide : sans preuve, l’accusation ne tient pas.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
