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Sakia Lek : «Le raphia, c’est un tissu de luxe» ( Interview)
Sakia Lekoundzou alias Sakia Lek, est designer, créatrice de mode du Congo Brazzaville. Elle valorise le raphia à travers ses créations et les expositions à l’étranger.
CONGOPROFOND.NET : Vous êtes dans la couture des habits en raphia. Pouvez-vous nous parler de cette initiative ?
Sakia Lek (S.L) : Je ne suis pas seulement dans le tissu raphia. Je travaille tous les tissus. Vous avez des designers qui valorisent des tissus en pagne. Il y en a qui le font avec le Bogolon ou le Kainté. Mais moi, je le fais avec le raphia. Mon but, c’est de valoriser cette matière qui est la nôtre. Parce que non seulement nous avons une histoire avec cette matière-là, mais nous avons également un avenir avec ça. Car il y a des moments où on se réveille, au moment où on la remet au gout du jour. Tout est question de mode.
CONGOPROFOND.NET : Comment comptez-vous l’imposer sur le marché ?
S.L : C’est une question de présentation. En tant que designer, même si le tissu est beau, s’il est mal présenté ça ne passe pas. Moi je pense que si on prend le raphia, on le met au gout du jour qui est la tendance du moment (…) Le pantalon et la veste ont toujours existé. Et chaque année on a une nouvelle création. Le corps humain n’a pas changé. Mais c’est la façon dont on présente de nouvelles choses qu’on met sur ce corps qui font que c’est nouveau ou c’est vieillot.
CONGOPROFOND.NET : Comment est-ce que vous vous procurez le raphia ?
S.L : Le tissu raphia vient un peu de partout au Congo (Zanaga, Djambala, Ignié…). L’honorable Cyr Ebina m’a beaucoup aidée dans l’obtention du tissu raphia. Je le remercie infiniment. On a commencé à travailler avec quelques artisans, ma mère aussi m’aide beaucoup. Toutes les personnes qui savent que j’utilise le raphia, dès qu’il y a un morceau de tissu disponible, ils me font signe.
CONGOPROFOND.NET : Comment se comportent les habits en raphia que vous placez dans les boutiques d’habillement ?
S.L : Disons que le raphia, c’est un tissu de luxe. On ne l’achète pas pour le porter tous les jours. Parce qu’on voit la beauté, la valeur de la chose. J’ai présenté le raphia à Dallas, aux Etats Unis, où le raphia n’est pas consommé comme chez nous en Afrique. Nous, nous avons le raphia dans nos tenues traditionnelles. Nous sommes un peu plus habitués, nous avons une approche de raphia qui est bien différente quand on est devant lui. A cette présentation, les gens qui le touchaient étaient très étonnés et très émerveillés. Ce qui est drôle dans cette présentation, c’est que le thème était « le vêtement du futur ». Et la petite collection de raphia que j’avais présentée était celle qui avait plus fait voyager les gens dans le futur. Je pense donc que c’est une question de perception.
CONGOPROFOND.NET : Avec le député Cyr Ebina vous avez en commun un projet portant effectivement sur le raphia. Peut-on en savoir un peu plus ?
S.L : Nous avons plusieurs projets en vue. Et nous n’avons jamais arrêté de travailler. Nous avons beaucoup de projets pour le raphia. Pour les médias, nous avons le Salon de la mode en août. Le but c’est une fois de plus de valoriser notre culture à travers le raphia. Parce que nous, nous n’avons pas le Bogolon et le Kainté ; le raphia est notre tissu à nous. En octobre, nous avons la foire et les métiers de la mode au palais des congrès, du 10 au 12. Nous allons aussi parler du raphia, mais d’une façon un peu technique. On parle des antivaleurs. Il y a aussi des antivaleurs culturelles. Nous au Congo, nous n’avons pas une vraie tenue traditionnelle. C’est vrai, on parle du pagne mais il n’est pas d’origine africaine. Nous avons une histoire (…) Nous sommes des Bantous. Nous avons même des dérivées en Afrique du sud. Les zulu, ba bantou ya kizulu qui sont devenus des zulu. Ils sont partis avec une partie de notre culture. Maintenant, qu’est-ce qui nous reste entre les mains qui permet de nous revaloriser et d’avoir de quoi nous battre contre ces antivaleurs. Et surtout celles qui sont culturelles. Si aujourd’hui en prônant de la valeur, on commence à redévelopper le patriotisme, je pense qu’il y a beaucoup de choses qui peuvent s’arrêter par elles-mêmes.
Propos recueillis par Achille Schillains, CONGOPROFOND.NET/ Correspondant à Brazzaville