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32 ans après l’assassinat de Donatien Openda, « Alitalia Calzature », sa fille Aimée veut transformer la douleur en espoir

Il est des disparitions que le temps ne parvient pas à effacer. Des hommes dont le souvenir traverse les générations, non seulement pour ce qu’ils ont construit, mais aussi pour ce qu’ils représentaient. Donatien Openda Viombo, affectueusement surnommé « Donado » et connu dans le monde des affaires sous la signature d’« Alitalia Calzature », appartient à cette catégorie. Le 29 octobre 1994, sa vie s’est brutalement arrêtée dans les escarpements de Nyamuhoza, à l’entrée de Bukavu, dans des circonstances qui continuent de susciter des interrogations. Son cousin Shako a également péri dans cette attaque. Il avait seulement 36 ans.

D’un fils de Kindu à un entrepreneur qui a marqué son époque

Ses premiers pas dans le commerce se font notamment à travers la vente de peaux d’animaux, de malachite, d’ivoire et d’autres produits. Une rencontre va ensuite contribuer à orienter son destin. Une amie de sa grande sœur lui apporte des articles en provenance d’Europe, notamment des vêtements, des chaussures et des ceintures, qu’il commercialise avec les moyens dont il dispose.

À un moment, Donatien envisage même de s’installer en Europe. Mais, au cours de son voyage, il reconsidère son projet. Convaincu que son avenir se trouve ailleurs, il décide de rentrer au pays avec ses marchandises. Il reprend alors le commerce à la base, en vendant lui-même ses articles, devenant un marchand ambulant.

De cette expérience naîtra progressivement une enseigne appelée à devenir une véritable référence : Alitalia Calzature.

 « Alitalia Calzature », bien plus qu’une enseigne commerciale

Ses établissements s’implantent notamment à la Place Victoire ( Kalamu) et au Centre-ville ( Gombe), dans la capitale, mais aussi à Goma, Bukavu, Kisangani et Lubumbashi. Chaussures, vêtements, chemises de grandes marques, ceintures et accessoires de prestige : Alitalia Calzature devient une adresse prisée par une clientèle soucieuse d’élégance et de raffinement.

Dans les années 1980, porter des articles estampillés « Alitalia », c’est aussi afficher un certain statut social. Donatien Openda participe ainsi à façonner les habitudes vestimentaires d’une génération de Congolais, à une époque où la mode et l’apparence occupent une place importante dans la vie sociale kinoise.

Son parcours témoigne surtout d’une audace entrepreneuriale remarquable : celle d’un homme qui a su transformer une activité commerciale modeste en une enseigne présente dans plusieurs grandes villes du pays.

Un mécène au cœur de la scène musicale zaïroise

Réduire Donatien Openda à son succès dans le commerce serait pourtant passer à côté d’une dimension essentielle de sa personnalité : son amour de la culture et particulièrement de la musique.

Homme d’affaires passionné, il s’investit également dans le mécénat musical, apportant son soutien à plusieurs formations et initiatives artistiques. Son nom reste associé à l’univers de grands orchestres de l’époque, notamment Viva La Musica, Choc Stars, Wenge Musica BCBG,  parmi d’autres formations musicales.

À Kinshasa comme dans certaines villes de l’intérieur du pays, il contribue à soutenir la création et la production musicales. Cette proximité avec les artistes et le monde du spectacle témoigne d’une personnalité qui ne concevait pas la réussite uniquement sous l’angle matériel.

À travers ses activités commerciales et son engagement culturel, Donatien Openda avait réussi à bâtir une image singulière : celle d’un entrepreneur qui associait élégance, réussite économique, convivialité et passion artistique.

Le 29 octobre 1994, une vie brutalement interrompue

Mais derrière cette réussite se cache une tragédie qui allait bouleverser ses proches et ceux qui avaient suivi son parcours.

Marié une première fois à Brigitte Mayenge, dont il avait divorcé en 1987, Donatien Openda préparait, en 1994, une nouvelle étape de sa vie sentimentale avec Annie Boboy. Leur mariage était prévu pour le 12 décembre 1994, jour de son 36ᵉ anniversaire. Ce rendez-vous avec le bonheur n’aura jamais lieu.

Le 29 octobre 1994, alors qu’il revient de Bujumbura, au Burundi, Donatien Openda est assassiné dans les escarpements de Nyamuhoza, à l’entrée de Bukavu. Son cousin Shako est tué avec lui. Les circonstances de cette attaque, qui avait suscité de nombreuses réactions et alimenté diverses interrogations, demeurent entourées de zones d’ombre.

Pour ses proches, c’est un avenir entier qui s’effondre. Pour sa fille unique, Aimée Openda, c’est une enfance et une histoire familiale brutalement marquées par l’absence. Un père qui ne verra pas grandir son enfant, des projets interrompus et des questions auxquelles le temps n’a pas nécessairement apporté de réponses.

Aimée Openda : faire de la douleur un engagement pour les autres

32 ans après cette disparition tragique, la mémoire de Donatien Openda prend une nouvelle dimension à travers la démarche de son unique enfant. « Je suis son unique enfant. Il m’appelait affectueusement “Grande Dame” », confie Aimée Openda. Derrière ces quelques mots se dessine toute la profondeur d’un lien père-fille que l’assassinat a brutalement interrompu.

Mais Aimée ne souhaite pas que l’histoire de son père se limite au souvenir d’un homme assassiné trop tôt. Elle veut donner un prolongement humain à cette mémoire, en portant assistance à ceux qui connaissent, comme elle, les conséquences douloureuses de la disparition d’un être cher, particulièrement lorsque celle-ci s’accompagne d’abus, de violences ou de situations traumatisantes.

Son ambition est de mettre sur pied une structure destinée à accompagner les personnes et, plus particulièrement, les enfants qui ont subi des préjudices psychologiques et sociaux après la perte brutale de leurs parents.

Car perdre un père ou une mère dans des circonstances tragiques ne signifie pas seulement grandir avec une absence. Cela peut aussi signifier affronter des traumatismes, des injustices, des vulnérabilités et parfois des abus qui aggravent encore la souffrance du deuil.

À travers cette initiative, Aimée Openda souhaite contribuer à briser le silence autour de ces réalités, offrir une écoute aux victimes et leur permettre de trouver un accompagnement adapté. Une manière de transformer une blessure personnelle en une cause collective.

Une messe de mémoire, un héritage à faire vivre

En marge de la commémoration de la naissance de son illustre père, le 12 décembre prochain, Aimée Openda annonce l’organisation d’une messe en sa mémoire. Elle invite toutes les personnes qui ont connu Donatien Openda, fréquenté ses établissements, partagé ses passions ou simplement conservé un souvenir de cet homme à prendre part à cette célébration.

Cette rencontre sera également l’occasion de procéder au lancement de la fondation envisagée en son honneur, dont la vocation sera de soutenir les enfants confrontés aux conséquences psychologiques et sociales de la disparition précoce de leurs parents.

Au-delà de l’hommage à un entrepreneur qui a marqué le commerce et la culture zaïro-congolais, cette initiative ambitionne de donner une utilité sociale à son souvenir.

32 ans après, Alitalia Calzature appartient à l’histoire d’une époque. Mais pour Aimée Openda, Donatien Openda demeure avant tout un père dont l’absence n’a jamais cessé de se faire sentir. Et peut-être est-ce là le sens le plus profond de son combat : faire en sorte que d’autres enfants, confrontés à une douleur semblable, ne soient pas condamnés à la traverser seuls. Car si la mort a interrompu la vie de Donatien Openda, elle ne devrait pas avoir le dernier mot sur son héritage.

Un père disparu, une fille qui se souvient, et une fondation qui pourrait transformer le deuil en solidarité.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET

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