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Littérature congolaise : Un enseignant fait découvrir Richard Ali à ses élèves et relance le débat sur les programmes scolaires
L’écrivain et acteur culturel congolais Richard Ali, directeur de la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles à Kinshasa, figure désormais parmi les auteurs étudiés au Lycée de Kimwenza. Ses œuvres ont été présentées aux élèves de 4ème année des humanités pédagogiques, dans le cadre d’une leçon consacrée aux écrivains congolais en littérature négro-africaine francophone. Une initiative pédagogique qui remet au centre du débat la place des auteurs contemporains dans les programmes scolaires.

La littérature congolaise s’invite dans les salles de classe, avec ses figures historiques, mais aussi ses voix contemporaines. Au Lycée de Kimpwenza, établissement scolaire accueillant des jeunes filles à Kinshasa, les élèves de quatrième année des humanités pédagogiques ont découvert un visage vivant de la création littéraire nationale : Richard Ali.
À l’origine de cette initiative, le professeur Christian Nzuzi Lukoki, qui, dans le cadre du chapitre consacré à la littérature négro-africaine francophone, a dispensé une leçon intitulée « Les écrivains congolais ». Au tableau, aux côtés de grandes figures des lettres nationales, le nom de Richard Ali a également retenu l’attention des apprenantes.
De Lomami Tshibamba à Richard Ali, la littérature congolaise en transmission
Au cours de cette séance, plusieurs auteurs ayant marqué l’histoire littéraire de la République démocratique du Congo ont été évoqués, notamment Paul Lomami Tshibamba, Roger Bolamba, Georges Ngal Mbwil a Mpang et Valentin-Yves Mudimbe.
Mais au-delà de ces références incontournables, l’enseignant a voulu élargir la perspective en introduisant un écrivain de la génération contemporaine. Son choix s’est porté sur Richard Ali, écrivain et acteur culturel congolais, vice-président des Écrivains du Congo et figure active de l’écosystème littéraire national.
Parmi les œuvres inscrites au tableau figuraient notamment Le Cauchemar de Tabu (2011), Ebamba, Kinshasa-Makambo (2014), Okonzonga Maboko Pamba (2017) et Et les portes sont des bouches (2021).
Une manière de rapprocher les élèves d’une littérature qui ne relève pas uniquement du patrimoine, mais qui continue de se construire sous leurs yeux, à travers des auteurs toujours engagés dans la création.
Christian Nzuzi Lukoki : « Il est bon de faire connaître aux élèves les écrivains encore vivants »
Contacté par la colonne Culture de Congoprofond.net, le professeur Christian Nzuzi Lukoki est revenu sur les motivations pédagogiques de cette initiative.
Pour lui, il est essentiel de permettre aux élèves de connaître aussi bien les grandes figures du passé que les auteurs contemporains.
« Il est bon de faire savoir aux élèves les anciens écrivains et même ceux qui sont vivants, parmi lesquels Richard Ali, qui a une grande influence dans la littérature du pays et en Afrique », a-t-il expliqué.
L’enseignant souligne également l’enthousiasme suscité par cette découverte auprès des apprenantes.
« Les élèves étaient contentes d’apprendre qu’outre les écrivains étrangers, il existe aussi des écrivains congolais, dont certains sont encore vivants : le cas de Ali et Christian Nzuzi, et tant d’autres. »
Cette réaction met en lumière un enjeu essentiel de l’enseignement littéraire : donner aux jeunes générations des repères nationaux et leur faire comprendre que la création intellectuelle congolaise demeure une réalité actuelle.
Richard Ali, surpris et honoré d’être enseigné de son vivant
Interrogé à son tour par la rédaction de Congoprofond.net, Richard Ali n’a pas caché son étonnement devant cette reconnaissance pédagogique.
« Je suis étonné de me voir enseigné de mon vivant dans un manuel scolaire », a-t-il confié.
Cette réaction fait suite au message que lui a adressé le professeur Christian Nzuzi Lukoki après sa leçon de français :
« Bonsoir, Ali. Aujourd’hui mercredi, dans une classe de quatrième année pédagogie, une élève m’a posé la question ci-dessous : “Monsieur, y a-t-il des écrivains congolais encore vivants ?”
Ne voulant pas parler de moi-même, je lui ai répondu : » oui, ils existent. C’est alors que j’ai mis au tableau noir votre nom et vos œuvres. »
Pour l’écrivain, cette expérience dépasse le simple sentiment de satisfaction personnelle. Elle soulève une question fondamentale : quelle place l’école congolaise accorde-t-elle à ses écrivains contemporains dans la formation intellectuelle des générations montantes ?
Richard Ali estime que le ministère de l’Enseignement devrait davantage s’intéresser à cette dynamique, en intégrant les œuvres des auteurs congolais vivants dans les manuels scolaires. Une orientation qui permettrait, selon lui, de rapprocher les élèves de leur propre patrimoine littéraire, tout en stimulant leur curiosité et leur goût de la lecture.
Il y voit un véritable « enclencheur du réveil » en faveur d’une littérature nationale vivante, capable de susciter des vocations et de donner aux jeunes l’envie de découvrir les productions intellectuelles de leur pays.
Pour une école qui enseigne aussi la littérature au présent
L’expérience du Lycée de Kimwenza pose, en filigrane, la question de la visibilité des écrivains congolais dans les programmes scolaires. Si les classiques demeurent indispensables à la transmission de la mémoire littéraire, les auteurs contemporains méritent également une place dans les enseignements.
Car enseigner la littérature, ce n’est pas seulement transmettre les œuvres qui ont traversé les générations. C’est aussi apprendre aux élèves à reconnaître les écrivains de leur époque, à lire leurs productions et à comprendre les mouvements intellectuels qui façonnent leur société.
En inscrivant Richard Ali au tableau, le professeur Christian Nzuzi Lukoki a ainsi posé un acte pédagogique qui dépasse le cadre d’une simple leçon de français : faire dialoguer les générations littéraires et rappeler aux jeunes filles que la littérature congolaise est une histoire qui continue de s’écrire.
Pour Richard Ali, cette reconnaissance prend une dimension particulière : celle de voir sa plume franchir les portes des bibliothèques pour entrer dans les salles de classe et, surtout, dans la conscience des générations futures.
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