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Centrale de Kibombo : Un projet de 662 millions USD secoué par des soupçons de conflit d’intérêts à la SNEL
Le président du Conseil d’administration de la Société nationale d’électricité (SNEL), Luc M. Badibanga, alerte sur de possibles conflits d’intérêts autour de Twiga Power, partenaire annoncé du projet de centrale hydroélectrique de Kibombo, dans le Kongo Central. Il conteste également les conditions de structuration du projet, évalué à 662 millions de dollars pour une capacité projetée de 246 MW.
Le projet de construction de la centrale hydroélectrique de Kibombo, dans la province du Kongo Central, est au centre de nouvelles interrogations au sein de la Société nationale d’électricité (SNEL). Dans une correspondance adressée au professeur Teddy Lwamba Muba, directeur général de l’entreprise, le président de son Conseil d’administration, Luc M. Badibanga, soulève des soupçons de conflit d’intérêts impliquant la société Twiga Power, présentée comme partenaire du projet, et une agente de la SNEL qui aurait également exercé des responsabilités au sein de cette entreprise privée.

D’après ce courrier et les documents qui y sont annexés, Mme Kisolokele Nyongo Natacha, agente de la SNEL et chargée de missions au cabinet du directeur général, aurait occupé la fonction de présidente du Conseil d’administration de Twiga Power au moment où le dossier de Kibombo était soumis aux instances de gouvernance de l’entreprise publique. Pour Luc M. Badibanga, cette situation soulève une question majeure de transparence et aurait dû être portée à la connaissance du Conseil d’administration.
Le président du Conseil affirme avoir sollicité, dès le 13 mai 2026, des éclaircissements sur l’actionnariat de Twiga Power ainsi que sur d’éventuels liens professionnels ou financiers entre cette société et des dirigeants ou agents de la SNEL. Une nouvelle demande a été adressée le 6 juillet, après une première réponse de la direction générale jugée insuffisante sur ces points.
En réponse, le directeur général, Teddy Lwamba-Muba, avait indiqué, dans sa lettre du 19 mai 2026, que Twiga Power ne disposait d’aucun contrat signé avec la SNEL relatif à l’agrégation ou au trading de l’énergie électrique. Il précisait néanmoins que les contacts entre les 2 entreprises concernaient le développement du projet de construction de la centrale hydroélectrique de Kibombo. Dans un autre courrier, daté du 8 juillet, il expliquait que la direction générale n’était pas en mesure de confirmer l’existence d’intérêts détenus par des responsables ou agents de la SNEL au sein de Twiga Power, faute d’éléments probants.
Un investissement de 662 millions USD sous conditions

Au-delà de la question du conflit d’intérêts présumé, Luc M. Badibanga remet en cause les conditions dans lesquelles le projet aurait poursuivi son développement. Évalué à environ 662 millions de dollars américains pour une capacité projetée de 246 MW, Kibombo représente un investissement majeur pour la SNEL et un enjeu stratégique pour l’approvisionnement en électricité de Kinshasa et des localités environnantes.
Le procès-verbal du Conseil d’administration du 6 mars 2026 fait état de plusieurs réserves formulées après l’examen du dossier par le comité d’audit. Celui-ci avait notamment recommandé la réalisation d’études techniques et financières approfondies, la consolidation du modèle économique, la clarification des engagements contractuels, l’analyse de la répartition des risques et la sécurisation du financement.
Par sa décision n° 04/CA/06/03/2026, le Conseil d’administration avait décidé de transmettre le dossier à l’Assemblée générale afin que l’État, actionnaire unique, se prononce sur ce projet. Selon Luc M. Badibanga, plusieurs préalables et diligences complémentaires n’auraient pas été menés à leur terme avant la poursuite de la structuration et de la contractualisation du partenariat.
Le président du Conseil d’administration dénonce également une modélisation financière et de gouvernance qui aurait évolué de manière substantielle par rapport à la présentation initiale, avec des conditions qu’il estime déséquilibrées et défavorables aux intérêts de la SNEL.
L’État actionnaire appelé à se saisir du dossier

Dans sa correspondance, Luc M. Badibanga indique que le dossier ayant été traité en dernier ressort au niveau de l’Assemblée générale, un rapport circonstancié est adressé à l’État actionnaire pour les suites qu’il jugera appropriées. Il sollicite ainsi l’attention des autorités compétentes sur les interrogations soulevées autour de la gouvernance du projet et de la protection des intérêts financiers de l’entreprise publique.
De son côté, la direction générale avait affirmé, dans sa réponse du 19 mai, que le projet avait été présenté au Conseil d’administration depuis décembre 2025 et que son approbation pour la mise en œuvre avait été accordée en avril 2026, conformément à une instruction de l’État actionnaire unique datée du 29 avril.
Cette divergence de lecture sur le respect des procédures et des conditions préalables appelle des éclaircissements. À ce stade, les documents disponibles font état d’allégations de conflit d’intérêts et de désaccords sur la conduite du projet, mais ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une faute ou une irrégularité définitivement constatée.
L’enjeu est désormais de déterminer si les liens présumés entre les personnes concernées ont été déclarés, si les procédures de gouvernance ont été respectées et si les conditions financières et contractuelles de Kibombo garantissent effectivement la protection des intérêts de la SNEL et de l’État congolais.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET