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Les lunettes du ministre disparues, des journalistes arrêtés : Bienvenue dans le feuilleton le plus insolite de Yaoundé !
Des intrigues et des histoires cocasses, l’Afrique en a vu de toutes les couleurs. Mais celle qui se joue actuellement à Yaoundé autour d’une paire de lunettes attribuée au ministre Alamine Ousmane Mey semble pousser le scénario jusqu’à l’absurde.
Selon le Réseau des Patrons de Presse du Cameroun (REPAC), plusieurs journalistes ont été interpellés et placés en garde à vue pour une « présomption de vol » des lunettes du ministre lors d’une conférence de presse. Oui, des lunettes ! Dans un continent où les journalistes ont déjà suffisamment de raisons de regarder avec inquiétude leur avenir professionnel, voilà qu’un accessoire optique vient, à son tour, s’inviter dans les relations tumultueuses entre pouvoir et presse.

Le plus cocasse dans cette affaire est précisément le grand écart entre l’objet du litige et la gravité apparente de la réponse. Une paire de lunettes disparaît, et soudain, la conférence de presse se transforme presque en scène de crime, les journalistes en suspects et les forces de sécurité en enquêteurs spécialisés dans la traque de montures. On imagine déjà le scénario : qui a vu les lunettes ? Qui les a touchées ? Qui était assis à proximité du ministre ? Qui portait une veste suffisamment large pour dissimuler une paire de lunettes ? À ce rythme, il faudra peut-être bientôt remettre aux journalistes, avant chaque conférence, un badge, un stylo et une attestation certifiant qu’ils n’ont emporté ni lunettes, ni cravate, ni bouton de manchette à la sortie.

Le REPAC, lui, ne trouve manifestement rien de drôle à cette histoire. Dans son communiqué du 22 septembre 2026, l’organisation dénonce une procédure qu’elle juge disproportionnée et humiliante, répétant qu’« une conférence de presse ne fait pas de vous un suspect ».
Elle exige des excuses et des réparations pour les journalistes concernés, annonce la saisine du Conseil national de la communication ainsi que d’organisations internationales de défense de la liberté de la presse, et va jusqu’à brandir la menace d’un boycott de la couverture médiatique des activités du département ministériel concerné. Quand une paire de lunettes menace de devenir une paire de menottes, c’est que quelque chose a sérieusement déraillé.

Au-delà du caractère presque burlesque de l’affaire, le véritable enjeu est donc ailleurs : jusqu’où peut-on aller lorsqu’un objet personnel est perdu dans un espace où se trouvent des journalistes venus simplement faire leur travail ? L’Afrique nous a habitués à des scénarios politiques et administratifs parfois invraisemblables ; mais des journalistes poursuivis dans une affaire de lunettes, voilà qui risque de figurer dans le florilège des histoires les plus improbables de la presse. Et le REPAC de conclure avec une formule qui résume à elle seule l’ironie de la situation : « Le peuple camerounais a besoin de journalistes libres, pas de journalistes aux yeux baissés par la peur. »
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET