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Rapport « Anthropic » : Ce que le document dit réellement sur la RDC

Le rapport publié en septembre 2026 par Anthropic sur les usages malveillants de l’intelligence artificielle fait depuis quelques jours l’objet de nombreuses interprétations, notamment en République démocratique du Congo. Une lecture attentive du document impose pourtant une clarification importante : Anthropic n’accuse pas le gouvernement congolais d’avoir dirigé l’opération d’influence décrite dans son rapport.

L’élément le plus explicite du rapport est même formulé sans ambiguïté : « Nous n’avons trouvé aucune preuve de direction par un quelconque gouvernement ».

Le dossier concerne une opération identifiée sous le nom de code GTG-54002, attribuée par Anthropic à une entreprise française de publicité numérique appelée LKM Company. Selon l’entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle, cette opération reposait sur environ 70 faux sites d’information, autant de comptes X associés et plus de 250 comptes utilisés pour publier des commentaires artificiels.

Le réseau avait produit au moins 8.913 articles dans une vingtaine de langues et ciblait des publics de plusieurs continents. Les contenus étaient notamment fabriqués ou réécrits à l’aide de Claude, le modèle d’intelligence artificielle d’Anthropic. L’objectif était de donner aux plateformes artificielles l’apparence de médias locaux indépendants.

Et la RDC dans tout cela ?

C’est ici que certaines lectures peuvent devenir trompeuses.

Anthropic indique que le réseau a particulièrement ciblé les Etats-Unis, le Brésil, la France et la RDC. Pour le cas congolais, 318 articles ont été recensés. Ces publications soutenaient généralement la position du gouvernement de la RDC, notamment sur les accords miniers régionaux et les tensions avec le Rwanda.

Mais soutenir la position d’un gouvernement dans des contenus diffusés artificiellement ne signifie pas que ce gouvernement est nécessairement à l’origine de ces contenus.

Anthropic écrit seulement avoir identifié des indices laissant penser que l’activité pouvait refléter les intérêts d’un ou plusieurs clients ayant un intérêt dans le conflit actuel entre la RDC et le Rwanda. L’entreprise précise immédiatement qu’elle n’est pas en mesure d’identifier ou de confirmer les clients ayant commandé ces contenus.

Surtout, elle ajoute qu’elle n’a trouvé aucune preuve qu’un gouvernement ait dirigé l’opération.

Cette nuance est fondamentale.

Défendre une position n’est pas la même chose que commander une opération

Le rapport ne reproche pas aux auteurs des contenus d’avoir soutenu la RDC parce que cette position serait, en elle-même, illégitime. Ce qu’Anthropic documente comme problématique est la méthode utilisée : faux médias, faux journalistes, faux profils, commentaires artificiels et diffusion coordonnée destinée à donner l’impression d’une opinion publique spontanée.

L’opération pouvait ainsi produire des contenus pro-Kinshasa sans que l’origine réelle de cette production soit visible.

Anthropic souligne d’ailleurs que le réseau ne défendait pas systématiquement une seule idéologie. Il adaptait ses positions politiques en fonction des intérêts de ceux qui le payaient, ce qui correspond précisément au modèle commercial d’« influence-as-a-service ».

Ce que le rapport permet donc d’affirmer

Il est rigoureusement établi qu’une opération commerciale liée à une entreprise française a utilisé Claude pour produire et diffuser massivement des contenus politiques, dont une partie importante concernait la RDC et était généralement favorable à la position de Kinshasa.

Il n’est en revanche pas établi, sur la base du rapport d’Anthropic, que le gouvernement congolais aurait commandité cette opération, financé le réseau ou demandé à l’entreprise française de mener cette campagne.

Il n’est pas davantage possible, à partir de ce seul rapport, d’identifier le ou les clients qui auraient éventuellement financé les contenus relatifs à la RDC-Rwanda.

La prudence journalistique impose donc de ne pas transformer une opération ciblant la RDC en une opération dirigée par la RDC.

Le rapport d’Anthropic mérite certainement d’être discuté, particulièrement à l’heure où l’intelligence artificielle facilite la fabrication de contenus politiques à grande échelle. Mais précisément pour cette raison, les faits contenus dans le rapport doivent être distingués des interprétations qui lui sont ajoutées.

Dans ce dossier, la phrase la plus importante n’est peut-être pas celle qui concerne les 318 articles favorables à Kinshasa. C’est celle qui suit : Anthropic dit n’avoir trouvé aucune preuve de direction par un gouvernement.

Franck N. K.