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RDC : 2024, l’année où les voix critiques ont payé le prix fort

De Kinshasa à Goma, des défenseurs des droits humains, activistes, journalistes et opposants ont été arrêtés, menacés, enlevés ou poursuivis. Derrière les chiffres des rapports internationaux, des noms et des visages racontent une année particulièrement difficile pour l’espace civique en République démocratique du Congo.

L’année 2024 aura confirmé le rétrécissement préoccupant de l’espace civique en RD Congo. Dans son bilan consacré à cette année, Human Rights Watch relève que les autorités ont continué à réprimer des membres de l’opposition, des activistes de la société civile, des détracteurs du pouvoir et des journalistes. Amnesty International parle, de son côté, d’une restriction persistante des libertés d’expression, de réunion pacifique et d’association. Le phénomène n’est d’ailleurs pas limité à Kinshasa : l’ONU avait documenté, entre juin 2023 et avril 2024, des actes d’intimidation, des menaces, des attaques et des représailles visant 387 défenseurs des droits humains et 67 journalistes, commis aussi bien par des agents de l’État que par des groupes armés.

À Kinshasa, Gloria Sengha, militante de la Société civile, est devenue l’un des visages de cette pression exercée sur les voix contestataires. Elle a été enlevée en mai 2024 avec d’autres militants après une réunion de la campagne « Tolembi Pasi ». Son enlèvement avait suscité une vive inquiétude parmi les organisations de défense des droits humains.

Dans un autre registre, Jacky Ndala, cadre du parti « Ensemble pour la République », a rendu publiques en septembre des accusations extrêmement graves concernant son ancienne détention dans les locaux de l’Agence nationale de renseignements (ANR), affirmant notamment avoir subi des violences sexuelles et des traitements inhumains. En décembre 2024, il a été condamné à deux ans et demi de prison pour « propagation de faux bruits » en lien avec ses accusations.

Si certains opposants politiques et activistes des droits humains continuent d’opérer au pays, il faut noter que d’autres ont pris le chemin de l’exil à l’étranger alors que d’autres encore sont obligés de vivre en clandestinité. Dans le lot, Corneille Nangaa, Moïse Katumbi, Olivier Kamitatu, Patrick Kiweke ( Lucha), Hervé Diakiese, Franck Diongo, Jean-Claude Mvuemba, etc.

Dans les provinces sous état de siège, la situation des activistes n’a pas été moins préoccupante. À Goma, Jack Sinzahera, membre du mouvement Amka Congo, et Gloire Saasita, de Génération Positive, ont été arrêtés en août 2024 après avoir participé à une conférence de presse critiquant l’état de siège au Nord-Kivu et en Ituri. Leur arrestation a été dénoncée par Human Rights Watch, qui a également rappelé le cas de Mwamisiyo Ndungo, militant de la LUCHA condamné à 5 ans de prison après avoir critiqué l’état de siège.

Pour les organisations de défense des droits humains, ces affaires illustrent les risques auxquels s’exposent ceux qui contestent publiquement les politiques sécuritaires des autorités.

L’Est du pays demeure cependant le théâtre de violations d’une ampleur encore plus dramatique, avec les populations civiles prises entre les groupes armés, les forces gouvernementales et leurs alliés. Le M23, les ADF et d’autres groupes armés ont été accusés de massacres, déplacements forcés, violences sexuelles et autres exactions, tandis que des abus ont également été imputés aux forces de sécurité congolaises. Amnesty International fait état, pour 2024, d’au moins une centaine de civils tués lors de bombardements aveugles et de 250 exécutions extrajudiciaires attribuées aux forces gouvernementales. L’organisation relève également que le nombre de cas de violences sexuelles ou fondées sur le genre a augmenté de manière inquiétante et que plus de sept millions de personnes étaient déplacées dans le pays.

Les défenseurs des droits humains eux-mêmes sont devenus des cibles dans les zones affectées par les conflits. Le rapport annuel 2024 de la CNDH-RDC indique que des défenseurs ont été victimes de menaces de mort, de violences physiques, d’arrestations et de détentions arbitraires, mais aussi d’accusations considérées comme fallacieuses et de procédures judiciaires contestées. La Commission cite notamment Kakule Kambere Jean Bosco, défenseur des droits des personnes vivant avec handicap à Beni, contraint de vivre dans la clandestinité sous la menace de représailles.

Dans son rapport présenté au Conseil des droits de l’homme, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a également dressé un bilan préoccupant de la situation, couvrant la période allant de juin 2023 à mai 2024.

Ainsi, 2024 laisse le souvenir d’une année où le droit de dénoncer, de manifester, d’enquêter ou simplement de critiquer les pouvoirs établis est demeuré particulièrement risqué en RDC. Gloria Sengha, Jacky Ndala, Jack Sinzahera, Gloire Saasita, Mwamisiyo Ndungo et Kakule Kambere Jean Bosco incarnent, chacun à leur manière, cette réalité : celle d’un espace civique sous pression, dans lequel les défenseurs des droits humains doivent parfois choisir entre se taire, se cacher ou continuer à parler au risque de leur liberté.

Le constat des organisations nationales et internationales est sans équivoque : la protection des défenseurs, la fin des arrestations arbitraires, le respect des libertés publiques et la lutte contre l’impunité restent parmi les urgences majeures de la RDC.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET