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Bétou : Des maisons de ressortissants de la RDC incendiées sur fond de tensions entre Kinshasa et Brazzaville

Une nouvelle flambée de violences fait craindre une dangereuse escalade entre les 2 Congo. À Bétou, dans le département de la Likouala, à 64 Km de sa frontière avec la RCA, des habitations appartenant ou occupées par des ressortissants de la RD Congo sont prises pour cible, sur fond de colère consécutive à l’incident impliquant à Kinshasa le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Brazzaville, André Oko Ngakala. Des vidéos largement relayées sur les Réseaux sociaux montrent notamment des habitations détruites et des scènes d’incendie volontaire. 

De l’incident de Kinshasa à la tension à Bétou

L’affaire trouve son origine dans un incident survenu dimanche 6 septembre à Kinshasa. André Oko Ngakala, procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Brazzaville, se trouvait dans la capitale congolaise dans le cadre d’un séjour présenté comme privé. Plusieurs médias rapportent qu’il aurait été interpellé puis placé brièvement en garde à vue à la suite d’une altercation avec des policiers de la RD Congo, avant d’être libéré après l’intervention de représentants diplomatiques de la République du Congo.

Selon les informations actuellement disponibles, l’incident serait parti d’un différend immobilier. Le magistrat aurait accompagné son épouse dans le cadre d’un contentieux avec des occupants d’une résidence située à Kinshasa. La situation aurait dégénéré après l’intervention de la police. Des accusations de violences, de menaces et d’usage abusif de l’autorité circulent depuis lors, mais plusieurs de ces éléments demeurent contestés ou non officiellement établis. Un média congolais souligne d’ailleurs qu’aucune source officielle n’avait, au moment de sa publication, confirmé l’ensemble des faits rapportés sur les Réseaux sociaux.

À Bétou, des images particulièrement préoccupantes

C’est dans ce contexte que des images diffusées sur les Réseaux sociaux suscitent désormais l’inquiétude. Elles montrent ce qui apparaît comme des maisons incendiées ou volontairement détruites à Bétou, avec des scènes de désolation dans certains quartiers. Des témoignages relayés localement évoquent des violences visant des personnes présentées comme originaires de la RDC.

Aucun bilan officiel et consolidé des éventuels blessés, personnes déplacées ou habitations détruites n’a, à ce stade, été rendu public dans les sources consultées.

Une collectivité particulièrement sensible

Bétou n’est pas une localité ordinaire dans les relations entre les 2 Congo. Située dans l’extrême nord-est de la République du Congo, dans le département de la Likouala, la ville entretient depuis longtemps des liens humains et économiques étroits avec les populations de la RDC. Des ressortissants de la RDC y vivent depuis plusieurs années aux côtés des populations locales et d’autres communautés étrangères.

Les Nations-Unies avaient déjà documenté la présence à Bétou de ressortissants de la RDC, notamment dans le contexte des mouvements de populations provoqués par les crises dans la région. Le HCR avait notamment accompagné, en 2012, le rapatriement de familles congolaises de RDC qui vivaient à Bétou après avoir fui les violences de l’Équateur.

La présence de populations originaires de la RDC à Bétou est donc loin d’être nouvelle. Des documents humanitaires soulignent également que des ressortissants de la RDC vivaient dans différents villages de la Likouala, notamment le long de l’Oubangui, tandis que Bétou constituait un important espace d’accueil pour les populations déplacées de la sous-région.

Des représailles qui, si elles sont confirmées, seraient extrêmement graves

Si les incendies et destructions observés dans les vidéos sont effectivement liés à l’affaire Oko Ngakala, leur caractère de représailles contre des ressortissants de la RDC constituerait une évolution particulièrement préoccupante.

Un différend impliquant un haut magistrat, même s’il devait être établi qu’il a été victime de violences ou d’un traitement irrégulier à Kinshasa, ne saurait justifier des actes de vengeance contre des personnes étrangères qui ne seraient aucunement impliquées dans l’incident initial.

La responsabilité d’un individu ne peut être transférée à une communauté entière. Faire payer à des ressortissants de la RDC les conséquences d’un incident survenu à Kinshasa reviendrait à transformer un contentieux individuel en conflit communautaire, avec le risque de provoquer une spirale de représailles difficile à maîtriser.

Le spectre d’une escalade entre les 2 rives

Cette affaire intervient par ailleurs dans un contexte où les relations entre Kinshasa et Brazzaville sont particulièrement scrutées par les opinions publiques des 2 pays. Chaque incident survenu sur l’une ou l’autre rive peut rapidement prendre une dimension politique, sécuritaire et identitaire.

L’enjeu dépasse donc largement le seul cas d’André Oko Ngakala. Il concerne la capacité des autorités des 2 États à empêcher qu’un incident individuel ne se transforme en crise entre communautés.

La diffusion massive d’images non contextualisées constitue également un facteur aggravant. Des vidéos anciennes, tournées dans d’autres lieux ou présentées sans leur contexte peuvent alimenter la colère et provoquer des réactions en chaîne. Dans une situation aussi sensible, la vérification des images et des témoignages devient donc une exigence journalistique et citoyenne.

Kinshasa et Brazzaville appelés à agir rapidement

Face à ces informations, les autorités congolaises des 2 rives sont appelées à prendre la parole rapidement. Kinshasa doit faire toute la lumière sur les circonstances exactes de l’interpellation d’André Oko Ngakala et établir les responsabilités éventuelles. Brazzaville, de son côté, devrait veiller à la protection de tous les ressortissants étrangers présents sur son territoire, conformément à ses obligations de maintien de l’ordre et de protection des personnes et des biens.

Une attention particulière devrait être accordée à Bétou, afin de prévenir de nouvelles violences, protéger les personnes menacées et établir un bilan précis des éventuelles destructions.

L’urgence est surtout d’éviter que Kinshasa et Bétou ne deviennent les 2 étapes d’un même cycle de représailles.

Préserver l’histoire commune des deux Congo

Les peuples de la RDC et de la République du Congo partagent une histoire, des langues, des familles, des échanges économiques et une proximité géographique exceptionnelle. À Bétou comme à Kinshasa, les populations ordinaires ne devraient pas devenir les victimes collatérales d’un différend impliquant des responsables publics.

La justice doit établir les responsabilités dans l’incident de Kinshasa. Les autorités doivent protéger les personnes et les biens à Bétou. Et les 2 gouvernements doivent empêcher que la colère ne se transforme en violence collective.

Dans cette affaire, la priorité n’est donc pas la vengeance, mais la vérité, la justice et la protection des populations.

MFUMU MPANDA/CONGOPROFOND.NET