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Kasaï-Central : Nés dans le drame des violences sexuelles, des enfants retrouvent une identité et des droits
À Kananga, une étape symbolique et concrète vient d’être franchie dans le processus de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits. Des enfants nés de ces violences ont reçu, ce 4 septembre, leurs actes de naissance à l’issue d’un dialogue entre la Première Dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, et des victimes, avec l’accompagnement du Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes de crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV).

Un document qui va bien au-delà de l’état civil
La remise de ces actes de naissance ne constitue pas une simple formalité administrative. Elle représente une reconnaissance officielle de l’existence, de l’identité et des droits de ces enfants, dont les circonstances de naissance sont directement liées aux violences ayant marqué leur communauté.
Disposer d’un acte de naissance permet notamment de consolider l’accès aux droits fondamentaux et aux services essentiels. Pour ces enfants, ce document constitue également une première étape dans la restauration d’une dignité longtemps fragilisée par le contexte dans lequel ils sont venus au monde.
Le lourd héritage du phénomène Kamuina Nsapu

Le Kasaï-Central reste profondément marqué par les violences liées au phénomène Kamuina Nsapu, qui ont entraîné de graves conséquences humaines et sociales dans plusieurs communautés. Violences sexuelles, grossesses issues de viols, tueries, déplacements forcés et destruction d’habitations ont laissé des traumatismes dont les effets se font encore sentir.
Les victimes et leurs familles continuent ainsi de faire face à de nombreuses difficultés, plusieurs années après les faits. Au-delà de la reconnaissance du préjudice subi, la question de leur réinsertion sociale et économique demeure au cœur des attentes.
Les victimes plaident pour une réparation durable

Conduit par le directeur général du FONAREV, Patrick Fata Makunga, le dialogue a permis aux victimes de témoigner de leur vécu et de présenter les difficultés auxquelles elles restent confrontées.
Tout en saluant les initiatives déjà engagées en leur faveur, elles ont plaidé pour un approfondissement du processus de réparation. Parmi leurs principales attentes figurent notamment l’accompagnement à la relance d’activités génératrices de revenus et le soutien à la reconstruction de leurs projets de vie.
Pour les victimes, la réparation ne saurait donc se limiter à une reconnaissance symbolique ou à une réponse ponctuelle. Elle doit également leur permettre de retrouver progressivement leur autonomie et de reconstruire un avenir après les violences.
Un geste à portée juridique et humaine

Avant la clôture du dialogue, la Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi, également présidente de la Fondation LONA, a procédé à la remise des actes de naissance aux enfants concernés.
À travers ce geste, c’est une double dimension qui est mise en avant : la reconnaissance juridique de l’identité des enfants et la volonté de replacer les victimes au centre du processus de réparation.
Cette initiative rappelle surtout qu’un enfant ne peut être tenu responsable des circonstances de sa naissance. Né dans le contexte tragique d’un conflit ou d’une violence sexuelle, il conserve les mêmes droits à l’identité, à la protection, à l’éducation et à la dignité que tout autre enfant.
« Que les violences du passé ne condamnent pas l’avenir »

La démarche engagée à Kananga s’inscrit ainsi dans une vision plus large de la réparation : reconnaître les préjudices, restaurer les droits et permettre aux victimes et à leurs enfants de se projeter dans l’avenir.
L’enjeu dépasse donc la remise d’un document d’état civil. Il s’agit de faire en sorte que les violences du passé ne deviennent pas une condamnation pour les générations qui en portent encore les conséquences.
Aucun enfant ne devrait être privé d’identité, de droits ou de dignité en raison des circonstances de sa naissance.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET