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Ils protégeaient le Congo quand l’Ukraine était attaquée : L’histoire exceptionnelle des Casques bleus ukrainiens
De 2012 à 2022, les soldats ukrainiens ont apporté à la MONUSCO une capacité aérienne décisive dans l’Est de la RDC. Leur engagement prend une dimension particulière lorsqu’en février 2022, leur propre pays est envahi par la Russie. Jusqu’à leur rapatriement, ils auront continué à servir sous le drapeau des Nations-Unies.
À l’occasion du 35ᵉ anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine, célébré le 24 août, l’ambassade d’Ukraine en République démocratique du Congo a choisi de mettre en lumière un chapitre souvent méconnu de l’histoire des relations entre les deux pays : celui des Casques bleus ukrainiens ayant servi en RDC.
Un cocktail organisé le jeudi 27 août dernier à Kinshasa, avec notamment la projection d’un documentaire consacré aux Casques bleus ukrainiens ayant servi au Congo, a offert l’occasion de revenir sur une contribution militaire qui, pendant une décennie, a été particulièrement importante pour les opérations de maintien de la paix dans l’Est congolais.

Une présence ukrainienne qui remonte à 2012
L’engagement ukrainien en RDC s’inscrit dans une histoire plus longue. Depuis juillet 1992, l’Ukraine participe aux opérations de maintien de la paix des Nations unies. Au fil des années, ses militaires ont servi dans plusieurs théâtres, notamment en Angola, en Sierra Leone, au Liberia, au Soudan, au Soudan du Sud, en Côte d’Ivoire et en RDC.
En RDC, la présence de l’unité d’aviation ukrainienne sous la MONUSCO a commencé en février 2012. Elle a notamment été incarnée par la 18ᵉ unité indépendante d’hélicoptères des Forces armées ukrainiennes.
Le choix de l’Ukraine n’était pas anodin. Dans un pays où d’immenses espaces forestiers et montagneux rendent certaines zones pratiquement inaccessibles par voie terrestre, la capacité aérienne constitue un outil stratégique pour les opérations de protection des populations et de soutien aux forces de la paix.
Des Mi-8 et Mi-24 au service de la paix

Les équipages ukrainiens utilisaient notamment des Mi-8, destinés au transport et au soutien logistique, et des Mi-24, des hélicoptères de combat.
Leur rôle allait bien au-delà du simple transport de troupes. Les missions comprenaient la reconnaissance aérienne, les patrouilles et la surveillance, le transport de personnels et de matériels, l’appui aux forces au sol, les opérations de recherche et de sauvetage ainsi que les évacuations médicales.
Les chiffres donnent une idée de l’ampleur du travail accompli. Entre 2012 et 2019, les pilotes ukrainiens avaient cumulé plus de 20.415 heures de vol dans le ciel congolais, réalisé plus de 18.415 vols, transporté environ 69.415 passagers et acheminé quelque 3.128 tonnes de cargaison, selon un bilan publié par la MONUSCO.
Ces données ne racontent toutefois qu’une partie de l’histoire. Derrière chaque vol se trouvaient des équipages opérant dans des conditions difficiles, parfois au-dessus de territoires contrôlés ou disputés par des groupes armés.
Le paradoxe de 2022 : Servir la paix au Congo alors que la guerre frappe l’Ukraine

C’est sans doute le chapitre le plus poignant de cette histoire que le public a suivi avec émotion durant la projection du film.
Lorsque la Russie lance son invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, les militaires ukrainiens présents en RDC se retrouvent dans une situation singulière : leur propre pays est désormais en guerre, mais eux-mêmes sont encore engagés dans une mission internationale de maintien de la paix.
À cette période, le contingent ukrainien en RDC comptait 268 personnels, dont 250 militaires, 6 officiers d’état-major, 5 policiers individuels et 7 experts. L’Ukraine disposait également de 8 hélicoptères dans l’Est congolais.
Le déclenchement de la guerre a finalement conduit Kyiv à décider le rapatriement de son contingent et de ses moyens aériens afin de renforcer la défense nationale.
Mais un élément mérite d’être souligné : le départ ne s’est pas fait du jour au lendemain.
Le décret présidentiel ukrainien du 7 mars 2022 a ordonné le rappel des personnels ukrainiens participant aux opérations internationales de maintien de la paix. Le dernier contingent ukrainien à quitter une mission de l’ONU fut celui de la 18ᵉ unité d’hélicoptères de la MONUSCO, dont le retour en Ukraine s’est achevé en septembre 2022.
Autrement dit, pendant les premiers mois de l’invasion russe, alors que leur pays avait besoin de ses militaires, les Casques bleus ukrainiens encore déployés en RDC ont continué à accomplir leur mission jusqu’à l’organisation de leur rapatriement.
Un départ qui a créé un vide dans le ciel congolais

La valeur de la contribution ukrainienne est aussi apparue au moment de son retrait.
Les Nations unies avaient alors reconnu que le départ des Ukrainiens représentait une perte significative de personnels et de moyens pour la MONUSCO et qu’il fallait rechercher des solutions de remplacement.
Les 8 hélicoptères ukrainiens représentaient une part importante de la capacité aérienne de la mission dans l’Est de la RDC. Leur retrait a donc eu des conséquences opérationnelles sur la reconnaissance, la mobilité, l’appui aux troupes et certaines opérations aériennes.
Ce constat permet de mesurer, a posteriori, l’importance de la présence ukrainienne : on ne mesure parfois la valeur d’un partenaire que lorsqu’il n’est plus là.
Une contribution qui mérite d’être racontée

L’histoire des Casques bleus ukrainiens en RDC ne doit cependant pas être réduite à une succession de chiffres ou d’opérations militaires.
Elle raconte aussi une rencontre entre 2 peuples confrontés, chacun à sa manière, à la question de la souveraineté, de la sécurité et de la paix.
Pendant 10 ans, des militaires ukrainiens ont sillonné le ciel du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et d’autres zones de l’Est congolais. Ils ont transporté des soldats et du matériel, effectué des reconnaissances, participé à des opérations contre des groupes armés, évacué des personnes et contribué à la protection des populations.
Certains ont également payé le prix fort de leur engagement. Comme les autres contingents de la MONUSCO, ils ont exercé leur mission dans un environnement où les appareils de l’ONU pouvaient eux-mêmes être pris pour cible.
Leur histoire s’inscrit donc dans celle, plus large, des Casques bleus qui ont risqué leur vie pour protéger des populations loin de leur propre pays.
Au moment où l’Ukraine célèbre ses 35 années de restauration de l’indépendance, la RDC peut ainsi se souvenir de ces hommes qui, avant de devenir les défenseurs de leur propre patrie, avaient porté le casque bleu au-dessus des terres congolaises.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET