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Corridor de Lobito : Pour Daniel Mukoko Samba, le véritable enjeu est de transformer un axe minier en « aire de développement »

À l’occasion de la visite de travail du président angolais João Lourenço à Kinshasa, le Corridor de Lobito s’impose plus que jamais comme l’un des grands projets structurants de l’économie congolaise. Pour le vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, son impact ne doit toutefois pas se limiter à l’évacuation des minerais : le projet doit devenir un catalyseur d’investissements et de développement, avec une place clairement définie pour le secteur privé congolais.

La visite de quelques heures de João Lourenço à Kinshasa, ce mercredi 26 août 2026, intervient à un moment décisif pour le développement du Corridor de Lobito. En présence du président Félix Tshisekedi, le gouvernement congolais et la firme panafricaine Mota-Engil ont signé un contrat de concession portant sur la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania, longue d’environ 1.004 kilomètres. Ce tronçon doit relier l’espace minier du Katanga à l’axe ferroviaire conduisant vers le port angolais de Lobito.

Cette nouvelle étape donne une résonance particulière aux propos tenus récemment par Daniel Mukoko Samba lors du Makutano Talk consacré aux accords stratégiques entre la RDC et les États-Unis.

Pour le ministre de l’Économie nationale, le Corridor de Lobito constitue, à court terme, « le projet catalyseur, le projet déclencheur » susceptible d’accélérer la transformation économique du pays. Le ministère de l’Économie nationale l’a d’ailleurs présenté comme un premier levier concret de mise en œuvre du partenariat stratégique RDC-USA, notamment pour l’intégration régionale, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la transformation économique.

Des minerais critiques à l’intégration économique

Dans son analyse, Daniel Mukoko Samba établit un lien direct entre le Corridor de Lobito, les minerais critiques congolais et les engagements pris dans le cadre du partenariat stratégique avec Washington.

« À court terme, s’il y a un projet qui est le projet catalyseur, le projet déclencheur, c’est le corridor de Lobito », avait-il déclaré, soulignant notamment les dispositions de l’accord relatives à l’accès aux minerais critiques et à leur acheminement.

Pour le ministre, cette réalité place la Gécamines et les autres acteurs du secteur minier face à une responsabilité majeure : celle de disposer d’une infrastructure capable d’évacuer efficacement les productions minières congolaises vers les marchés internationaux.

Le Corridor de Lobito est déjà opérationnel sur sa partie angolaise. La ligne relie le port de Lobito à Luau, à la frontière avec la RDC, tandis que le tronçon congolais actuellement exploité s’appuie sur un accord d’accès aux voies avec la SNCC.

Mais pour Daniel Mukoko Samba, l’enjeu dépasse largement la seule exportation des minerais.

« Lobito, ce n’est pas qu’un couloir de transit »

C’est probablement l’un des points essentiels de son intervention au Makutano Talk.

« Le corridor de Lobito, ce n’est pas qu’un couloir de transit. Il est censé devenir une vraie aire de développement », avait-il insisté.

Cette vision implique de penser le corridor comme un espace économique intégré, susceptible de faire émerger autour des infrastructures ferroviaires des activités industrielles, commerciales, logistiques, agricoles et de services.

Le gouvernement congolais a déjà affiché cette ambition. En juillet dernier, le Conseil des ministres avait adopté le projet de partenariat public-privé pour la réhabilitation de la composante congolaise du Corridor de Lobito, avec l’objectif affiché de développer, autour de la ligne ferroviaire, un écosystème à fort impact économique, financier, social et géostratégique.

Quelle place pour le secteur privé congolais ?

C’est ici que se situe, selon Daniel Mukoko Samba, l’une des principales questions auxquelles Kinshasa doit répondre.

Le ministre s’interrogeait notamment sur la place que devra occuper le secteur privé congolais dans la réhabilitation et la modernisation de la ligne SNCC.

« Quand nous avons lu cette phrase, nous devrions être capables de nous asseoir pour dire quelle va être la place du secteur privé congolais », avait-il déclaré.

Cette interrogation prend une importance particulière au moment où la RDC vient de franchir une nouvelle étape contractuelle avec Mota-Engil. Selon la Présidence congolaise, la RDC détiendra au moins 10 % de la société chargée du projet et percevra une redevance correspondant à 7,5 % de son chiffre d’affaires annuel brut. La SNCC conservera, de son côté, l’exclusivité du transport des voyageurs ainsi que son droit de transporter des marchandises, tandis que la ligne devra rester accessible aux opérateurs qualifiés dans des conditions transparentes et non discriminatoires.

Pour le patron de l’Économie nationale, le rôle de l’État ne devrait donc pas s’arrêter à la négociation des infrastructures et des financements. Il doit aussi veiller à ce que les investissements générés par le corridor créent des opportunités pour les entreprises congolaises.

Faire de Lobito un accélérateur de transformation

La vision défendue par Daniel Mukoko Samba repose ainsi sur une équation simple : les minerais congolais doivent pouvoir accéder rapidement aux marchés internationaux, mais la RDC doit également capter une part significative de la valeur créée autour de cette nouvelle infrastructure.

« Le gouvernement a l’obligation […] d’assurer que les investissements qui vont découler de ces travaux puissent profiter également au secteur privé congolais », avait-il martelé.

Cette approche rejoint les ambitions affichées autour du Corridor de Lobito, dont les promoteurs mettent également en avant les investissements privés, le développement des chaînes de valeur et la création d’emplois.

Avec la présence de João Lourenço à Kinshasa et la signature du contrat de concession ferroviaire, le Corridor de Lobito quitte progressivement le registre des ambitions pour entrer dans celui de l’exécution.

Reste désormais à savoir si la RDC saura transformer cette infrastructure stratégique en véritable moteur d’industrialisation, de création d’entreprises et d’emplois. C’est précisément sur ce terrain que prend tout son sens la vision de Daniel Mukoko Samba : faire de Lobito non seulement une voie d’évacuation des minerais, mais un espace de développement dont le secteur privé congolais doit être l’un des principaux bénéficiaires.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET