Médias
Kinshasa : JED renforce les capacités des journalistes en sécurité physique et numérique pendant 2 jours
Sécurité numérique, protection des sources, vérification de l’information et intelligence artificielle : Journaliste en danger (JED) ouvre une session spéciale de formation des formateurs destinée à renforcer les compétences des professionnels des médias face aux nouveaux risques de l’ère numérique.
Kinshasa. À l’heure où le téléphone intelligent est devenu à la fois une salle de rédaction, une caméra, une bibliothèque et un canal de diffusion de l’information, la sécurité du journaliste ne se limite plus à la protection physique. Elle se joue également derrière un écran, dans une messagerie instantanée, sur un réseau social ou au cœur d’une connexion Internet.
C’est dans cette perspective que Journaliste en danger (JED) a lancé, ce mercredi, à l’Espace Pierre Claver, situé au sein de la concession des Jésuites, avec comme repère le Collège Boboto, à Kinshasa-Gombe, une session spéciale de formation des formateurs consacrée à la sécurité physique et numérique des journalistes.
Organisée sur deux jours, cette masterclass entend doter les professionnels des médias d’outils pratiques leur permettant de mieux sécuriser leur travail, leurs données, leurs communications et surtout leurs sources, dans un environnement médiatique profondément transformé par les technologies de l’information et de la communication (TIC).
De la sécurité physique à l’hygiène numérique
Dès la première journée, les participants ont été plongés au cœur des enjeux de la sécurité numérique appliquée au journalisme. L’objectif : comprendre les vulnérabilités auxquelles un journaliste peut être exposé dans l’exercice quotidien de son métier et apprendre à réduire les risques.
Téléphone portable, ordinateur, Internet, messageries instantanées et réseaux sociaux ont ainsi été passés au crible. Les échanges ont notamment porté sur WhatsApp, Messenger, Facebook, X – anciennement Twitter –, Instagram, Telegram, YouTube ainsi que sur d’autres plateformes et applications utilisées quotidiennement par les professionnels de l’information.
La formation insiste notamment sur les bonnes pratiques liées aux mots de passe, à la confidentialité des communications, aux paramètres de sécurité des comptes, à la protection des appareils et à la maîtrise des informations publiées ou partagées en ligne.
Car dans le journalisme numérique, une simple négligence peut parfois suffire à compromettre une source, exposer des données confidentielles ou fragiliser toute une enquête.
Vérifier avant de publier
Autre axe majeur de cette première journée : la vérification de l’information à l’ère des réseaux sociaux.
Face à la vitesse de circulation des contenus numériques, les journalistes sont appelés à distinguer le fait établi de la rumeur, la source authentique du compte usurpé, l’image réelle du contenu manipulé et l’information journalistique de la simple publication virale.
La vérification des sources, l’authenticité des contenus et la protection des personnes qui fournissent des informations constituent ainsi le socle de cette démarche.
Cette exigence prend une dimension particulière dans un contexte où les réseaux sociaux sont devenus de véritables espaces de production, de partage et parfois de manipulation de l’information.
Les réseaux sociaux, nouveaux terrains du journalisme
La masterclass aborde également la transformation du métier sous l’effet du journalisme numérique.
Aujourd’hui, le journaliste ne travaille plus uniquement dans les colonnes d’un journal, devant un micro ou derrière une caméra. Il évolue simultanément sur plusieurs plateformes, où l’information doit être recueillie, vérifiée, contextualisée, produite et diffusée avec rapidité, sans sacrifier les exigences éthiques et professionnelles.
WhatsApp peut devenir un canal de collecte d’informations ; Facebook, X et Instagram, des espaces de veille et de diffusion ; YouTube, une plateforme de narration audiovisuelle ; Telegram, un outil de communication à manier avec discernement.
La formation invite ainsi les participants à considérer les outils numériques non seulement comme des moyens de diffusion, mais également comme des instruments professionnels nécessitant une véritable culture de la cybersécurité et de la communication numérique.
Former ceux qui formeront à leur tour
La particularité de cette session réside dans son caractère de formation des formateurs. Les bénéficiaires ne sont donc pas appelés à conserver ces connaissances pour leur seul usage professionnel.
Ils doivent à leur tour être capables de transmettre les acquis à d’autres journalistes, dans différentes provinces de la République démocratique du Congo.
L’ambition est ainsi de créer un effet multiplicateur : renforcer quelques professionnels aujourd’hui pour contribuer demain à l’amélioration de la sécurité numérique et physique d’un nombre beaucoup plus important de journalistes à travers le pays.
La protection des données, des sources et des communications devient dès lors une compétence collective, indispensable à la résilience de la profession.
L’intelligence artificielle entre dans la salle de rédaction
La session ouvre également une réflexion sur l’intelligence artificielle (IA) au service de la sécurité, du professionnalisme et du journalisme moderne.
Les participants sont appelés à mieux comprendre les possibilités offertes par les nouveaux outils numériques, tout en gardant à l’esprit leurs limites et les exigences de vérification journalistique.
À l’heure où l’IA générative permet de produire rapidement des textes, images, sons et autres contenus, la responsabilité du journaliste demeure centrale : vérifier, contextualiser, identifier les sources et préserver l’intégrité de l’information.
Une formation tournée vers la pratique
Au-delà des notions théoriques, les échanges mettent l’accent sur les usages concrets du numérique à partir des outils que les journalistes utilisent quotidiennement, notamment les smartphones et les ordinateurs connectés à Internet.
Les participants sont également sensibilisés à la prudence dans le téléchargement et l’installation d’applications depuis les différentes plateformes, notamment les boutiques d’applications mobiles et les environnements logiciels utilisés sur ordinateur.
Cette approche pratique vise à instaurer une véritable hygiène numérique, devenue aussi importante pour le journaliste que les règles classiques de sécurité sur le terrain.
À travers cette session spéciale, JED entend ainsi contribuer à l’émergence d’un journalisme congolais mieux préparé aux défis technologiques, plus rigoureux dans la vérification de l’information et davantage conscient des enjeux liés à la confidentialité et à la protection des sources.
Organisée avec l’appui de son partenaire Reporters sans frontières (RSF), cette formation se poursuit pendant deux jours et doit se clôturer par la remise des attestations aux participants.
Au terme de ces deux journées, le pari est clair : faire du numérique non pas une nouvelle source de vulnérabilité pour les journalistes, mais un véritable levier de sécurité, de professionnalisme et de qualité de l’information.
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