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Rentrée scolaire 2026-2027 : Promesses non tenues, salaires impayés… Raïssa Malu sous pression !
À 3 semaines de la rentrée scolaire 2026-2027, la Ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga, fait face à une montée de la pression syndicale. La Synergie des Syndicats des enseignants de la République démocratique du Congo (RDC) annonce notamment un mouvement de protestation dès la reprise des cours et réclame des réponses concrètes du Gouvernement sur les conditions de travail et de rémunération des enseignants.
Ces décisions ressortent de l’Assemblée générale tenue le 6 août 2026 à Kinshasa par la Synergie des Syndicats des enseignants. Les représentants syndicaux reprochent notamment à la Ministre d’État de ne pas avoir suffisamment défendu, auprès du Gouvernement, les revendications des enseignants.

Dans le mot d’ordre de non-reprise du travail consulté par la rédaction de CONGOPROFOND.NET, plusieurs revendications sont mises en avant : un salaire minimum de 500 USD pour chaque enseignant, la convocation de travaux sur la politique salariale avec l’ensemble des parties prenantes, la prise en charge effective des enseignants nouvelles unités (NU) et enseignants non payés (NP), une retraite digne ainsi que la valorisation de la fonction d’inspecteur de l’enseignement.
Les annonces de Raïssa Malu à l’épreuve des résultats
La gestion de la Ministre d’État est également au cœur des critiques. Lors d’un briefing de presse organisé en septembre 2025 avec Patrick Muyaya Katembwe, Ministre de la Communication et Médias, Raïssa Malu Dinanga avait annoncé le lancement d’une opération de toilettage du fichier de paie des enseignants.
L’objectif affiché était notamment d’identifier et de récupérer les ressources financières issues des anomalies du fichier de paie afin de permettre la prise en charge des enseignants NP. L’opération avait effectivement débuté en octobre 2025 et avait par la suite été évoquée par le Président Félix Tshisekedi dans son discours sur l’état de la Nation.
Mais plusieurs interrogations demeurent sur les résultats globaux de cette opération.
Le rapport annuel du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté avait fait état de quelque 11 milliards de francs congolais récupérés à Kinshasa. Des résultats qui n’avaient toutefois pas fait l’unanimité parmi les différentes parties prenantes, notamment au sein du mouvement syndical.
Daniel Bikenge, syndicaliste ayant pris part à l’opération de toilettage, avait notamment estimé qu’un préalable devait être rempli avant toute publication définitive des résultats : la convocation, par la Ministre, de la commission chargée de leur validation.
« Sur base de quoi ce résultat de Kinshasa a été rendu public ? », s’était-il interrogé.
Cette interrogation en appelle d’autres : pourquoi les résultats détaillés de l’opération à l’échelle nationale n’ont-ils pas été rendus publics ? Et à quoi ont servi les ressources récupérées à Kinshasa et dans les autres provinces, alors que de nombreux enseignants NP attendent toujours leur intégration dans le fichier de paie ?
Ces questions restent au centre des préoccupations exprimées par plusieurs acteurs du secteur, alors que l’année scolaire s’est achevée sans bilan public détaillé de cette opération annoncée comme l’un des leviers permettant d’améliorer la prise en charge des enseignants.
La réforme du primaire encore dans le flou

Autre dossier qui suscite des interrogations : la réforme de la formation des enseignants du primaire.
Raïssa Malu Dinanga avait également évoqué, dans le cadre du plan quinquennal 2025-2029 de l’Éducation nationale, l’évolution du niveau de formation requis pour les enseignants du primaire, avec notamment la référence au niveau Bac+3.
Depuis cette annonce, quelques initiatives de formation ont été enregistrées, mais de nombreuses interrogations demeurent parmi les enseignants actuellement en fonction, notamment ceux issus du secondaire cycle long.
Une question revient ainsi avec insistance : quand les Instituts supérieurs de formation des enseignants verront-ils effectivement le jour ?
À l’approche de 2029, plusieurs enseignants s’interrogent déjà sur la mise en œuvre concrète de cette réforme et sur le sort de ceux qui, en raison notamment de leur âge ou de leur ancienneté, pourraient rencontrer des difficultés à reprendre un cursus académique.
Des enseignants également méfiants envers les syndicats
Si les revendications syndicales trouvent un écho auprès de nombreux enseignants, le mouvement ne fait pas pour autant l’unanimité.
Certains enseignants rencontrés par CONGOPROFOND.NET se montrent particulièrement méfiants à l’égard des stratégies syndicales. Ils soupçonnent certains délégués de privilégier les avantages liés aux négociations avec le Gouvernement plutôt que la défense effective des revendications de la base.
Per diem, frais de transport, logement ou restauration sont notamment évoqués par certains enseignants comme des avantages dont bénéficieraient les délégués lors des rencontres avec les représentants du Gouvernement. Ces accusations, formulées par des enseignants interrogés, mériteraient toutefois d’être confrontées aux explications des organisations syndicales concernées.
« Ce qui est énervant dans cette histoire, c’est quand les syndicalistes sont appelés à une réunion à 1 heure dans des bureaux climatisés et ressortent à 3 heures avec des poches bien remplies pour nous annoncer ensuite que le Gouvernement a accepté de répondre incessamment à nos préoccupations et que les cours reprennent dès le lundi », ironisent quelques enseignants NP rencontrés dans la commune de Kimbanseke.
Le paysage syndical du secteur reste par ailleurs marqué par des divisions. La coexistence de plusieurs plateformes, notamment l’Intersyndicale des enseignants et la Synergie des syndicats, donne régulièrement lieu à des positions divergentes.
La présence de responsables syndicaux exerçant parallèlement des fonctions au sein de structures administratives du secteur de l’éducation alimente également les soupçons de conflits d’intérêts et de proximité avec les autorités. Là encore, ces accusations nécessitent des réponses des personnes et structures mises en cause.
Juillet 2026 : un rendez-vous manqué ?

La paie des enseignants du mois de juillet, qui marque le début du troisième trimestre dans l’exécution budgétaire, s’est déroulée sans la régularisation attendue de nombreux enseignants NP.
Cette régularisation était annoncée depuis plusieurs mois, ce qui nourrit aujourd’hui frustration et inquiétude dans les établissements scolaires.
« Au mois de juin, la DINACOPE a sorti des listes des NP qui sont dans les nouvelles écoles secondaires pour certification, en vue de leur régularisation au troisième trimestre. Une fois de plus, cette promesse n’est pas tenue. C’est une grande déception pour nous. Nous nous demandons comment démarrer l’année scolaire alors que les enseignants sont démotivés et fatigués », témoigne à CONGOPROFOND.NET un préfet des études dont l’établissement fonctionne depuis 16 ans sans mécanisation.
Le cas de cet établissement illustre une réalité plus large. De nombreux enseignants à travers le pays affirment avoir accumulé plusieurs années de travail sans intégration dans le fichier de paie.
La rédaction de CONGOPROFOND.NET dit disposer de témoignages et de documents concernant des enseignants ayant exercé pendant plus d’une décennie sans mécanisation.
Ces enseignants se disent déterminés à soutenir le mouvement annoncé par la Synergie des Syndicats afin d’obtenir une réponse à leurs revendications.
La démission de Raïssa Malu ne fait toutefois pas consensus
Paradoxalement, tous les enseignants mécontents ne réclament pas le départ de Raïssa Malu Dinanga.
Certains estiment qu’un changement de ministre ne constituerait pas nécessairement une solution. Ils disent avoir tiré les leçons des changements précédents à la tête du ministère, notamment après le départ de Willy Bakonga en 2021.
Pour ces enseignants, chaque nouveau ministre risque de repartir de zéro et de retarder davantage la mise en œuvre des réformes engagées.
Certains souhaitent donc donner à Raïssa Malu Dinanga le temps d’achever les chantiers qu’elle a engagés, particulièrement celui de la mécanisation et de la régularisation des enseignants NP.
Le silence de la Ministre au cœur des interrogations
À l’approche de la rentrée scolaire 2026-2027, la pression est donc appelée à s’intensifier.
Face aux revendications syndicales, aux attentes des enseignants NP, aux interrogations sur le toilettage du fichier de paie et aux réformes annoncées dans le secteur, plusieurs acteurs attendent désormais une prise de parole claire de la Ministre d’État.
Raïssa Malu Dinanga est appelée à apporter des réponses précises sur l’état d’avancement des différents engagements pris par son ministère et sur les moyens mobilisés pour améliorer les conditions de travail des enseignants.
Son silence sur plusieurs dossiers sensibles est perçu par certains acteurs comme un facteur supplémentaire de tension.
À quelques semaines de la rentrée, l’enjeu dépasse donc la seule question salariale : il concerne également la confiance entre les enseignants, leurs représentants syndicaux, le ministère et le Gouvernement.
La rentrée scolaire 2026-2027 pourrait ainsi constituer un véritable test pour Raïssa Malu Dinanga. Entre les revendications des enseignants, les promesses à concrétiser et les contraintes budgétaires, la Ministre d’État devra convaincre sur le terrain, au-delà des annonces.
Jules Kisema Kinkatu / CONGOPROFOND.NET