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Littérature : Avec « Epola ? Zamenga Batukezanga », Pat Le Gouru plaide la réhabilitation du « Sage de Livulu »
Et si le véritable procès n’était pas celui de Zamenga Batukezanga, mais celui de la critique littéraire congolaise ? C’est le pari audacieux de l’écrivain et critique littéraire Pat Le Gouru, qui s’apprête à publier « Epola ? Zamenga Batukezanga, exhumation pour le dernier jugement ».
Plus qu’un simple essai, cet ouvrage se présente comme une vaste entreprise de réhabilitation de l’une des figures majeures de la littérature congolaise, dont l’œuvre a marqué des générations de lecteurs sans toujours bénéficier de la reconnaissance académique qu’elle mérite.
Dans une interview exclusive accordée à CongoProfond.net, l’auteur explique que son livre est avant tout un plaidoyer destiné à rouvrir le débat critique autour de celui que beaucoup surnomment le « Sage de Livulu ». À travers une lecture approfondie de son œuvre, Pat Le Gouru ambitionne de restaurer la place de Zamenga Batukezanga dans le patrimoine intellectuel national et africain.

Un procès symbolique pour réhabiliter une œuvre
Auteur prolifique de romans devenus des classiques, parmi lesquels « Un villageois à Kinshasa », « Bandoki », « Le Trafiquant » et « La pierre qui saigne », Zamenga Batukezanga (1933-2000) a longtemps conquis un large public. Pourtant, une partie de la critique universitaire lui a reproché une écriture jugée trop simple ou trop accessible.
Pour Pat Le Gouru, ces critiques relèvent davantage du préjugé que d’une véritable analyse scientifique. Son ouvrage propose ainsi une approche critique, esthétique et dialectique de l’ensemble de la production de Zamenga afin d’en mettre en lumière la richesse narrative, philosophique, sociale et stylistique.
« Par cette œuvre, je vais montrer la valeur esthétique et dialectique des œuvres de Zamenga Batukezanga. Je fais cette exhumation comme une apologie du Sage de Livulu », affirme-t-il.
L’essai prend la forme d’un procès symbolique, où l’écrivain disparu est « exhumé » devant le tribunal de l’histoire littéraire. Mais loin d’être une condamnation, cette comparution se transforme en une plaidoirie visant à réparer une injustice critique.
La force d’une écriture proche du peuple
Selon Pat Le Gouru, la simplicité du style de Zamenga Batukezanga constitue l’une de ses plus grandes qualités. Cette écriture accessible lui a permis d’aborder avec profondeur des thèmes universels tels que la morale, la justice, le pouvoir, les traditions, la corruption, la famille, le développement ou encore la dignité humaine.
L’auteur s’interroge également sur la faible place accordée aux œuvres de Zamenga dans les programmes scolaires et universitaires de la RD Congo.
« Pourquoi les œuvres de Zamenga ne sont-elles pas étudiées dans nos écoles ? Pourquoi privilégions-nous certains classiques étrangers alors que notre propre patrimoine littéraire est d’une richesse exceptionnelle ? Il est temps d’exhumer Zamenga et de redorer son honneur », plaide-t-il.
Une réflexion sur la littérature congolaise
Attendu dans les prochains jours aux Arnoéditions, « Epola ? Zamenga Batukezanga, exhumation pour le dernier jugement » dépasse le simple hommage.
L’ouvrage ouvre une réflexion sur les critères d’évaluation de la littérature congolaise, la reconnaissance des auteurs nationaux et la place qu’ils occupent dans la mémoire collective.
À travers les outils de la critique littéraire, de l’esthétique et de l’histoire culturelle, Pat Le Gouru défend l’idée que l’œuvre de Zamenga Batukezanga mérite d’être reconnue comme un pilier du patrimoine intellectuel africain.
Pat Le Gouru, un artisan de la critique littéraire
Reconnu pour la rigueur de sa démarche intellectuelle, Pat Le Gouru est notamment l’auteur de Vumilia, la passion dans l’Église, Mokitani, auteur d’une œuvre qui bouge au vent et Actu-Poésie. Il est également le promoteur de la Clinique Littéraire de Kinshasa (CLK), un espace consacré à la promotion de la critique littéraire en RD Congo.
Avec cette nouvelle publication, il entend replacer Zamenga Batukezanga au cœur du débat intellectuel congolais et rappeler qu’une œuvre populaire n’est nullement une œuvre mineure. Au contraire, sa popularité témoigne de sa capacité à parler à son peuple, à traduire ses aspirations et à inscrire durablement son héritage dans la mémoire collective.
Si « Epola ? Zamenga Batukezanga, exhumation pour le dernier jugement » tient toutes ses promesses, il pourrait marquer une étape décisive dans la relecture critique de l’héritage laissé par celui qui demeure l’une des plus grandes figures de la littérature congolaise du XXᵉ siècle : écrivain, philanthrope, ancien directeur général de la SONECA et inoubliable « Sage de Livulu ».
Horly Barca Fibilulu Mpia/CONGOPROFOND.NET