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Vaccination en RDC : Le Dr Clément Nsubile sonne l’alarme face à la désinformation et plaide pour une mobilisation permanente

Alors que la RD Congo continue de faire face à des épidémies récurrentes, un autre ennemi gagne du terrain : la désinformation vaccinale. Alimentées par les rumeurs, les Réseaux Sociaux et certaines croyances, les fausses informations fragilisent les campagnes de vaccination et compromettent la protection des populations. Pour le Dr Clément Nsubile, médecin spécialiste en Santé publique, il est urgent de faire de la confiance vaccinale une priorité nationale, au-delà des seules périodes de crise.

La désinformation, un frein majeur aux ripostes sanitaires

Pour étayer son analyse, le Dr Clément Nsubile revient sur les incidents enregistrés le 22 mai 2026 à Kyondo, au Nord-Kivu, où des équipes engagées dans la riposte contre Ebola ont été attaquées lors d’un enterrement. Des habitants avaient refusé l’application du protocole d’inhumation digne et sécurisée, persuadés que l’épidémie relevait d’un « business » alimenté par des intérêts financiers.

Selon lui, cet épisode révèle le fossé de confiance qui persiste entre une partie de la population et les services de santé.

« Tant que cette méfiance ne sera pas combattue par une communication de proximité et un dialogue permanent, les efforts de riposte resteront fragiles », estime le spécialiste.

Les enfants paient le prix de la méfiance

Au-delà des épidémies comme Ebola ou le choléra, le phénomène affecte également la vaccination de routine. Le médecin met en garde contre les conséquences directes sur la santé des enfants.

« Lorsque les parents perdent confiance, ils retardent ou abandonnent le calendrier vaccinal de leurs enfants, les exposant à des maladies pourtant évitables », avertit-il.

Le spécialiste pointe également l’influence des rumeurs associant les vaccins à la stérilité, des croyances religieuses et des contenus trompeurs diffusés sur les réseaux sociaux.

Une communication qui ne doit plus être limitée aux campagnes

Pour le Dr Nsubile, les actions de communication menées par les autorités sanitaires restent trop souvent concentrées autour des campagnes de vaccination ou des situations d’urgence.

Or, souligne-t-il, la confiance se construit dans la durée.

Il plaide pour une stratégie permanente de sensibilisation, reposant sur les mobilisateurs sociaux, les relais communautaires, les leaders religieux, les chefs coutumiers et les leaders d’opinion, afin d’entretenir un dialogue continu avec les communautés.

Des faiblesses structurelles à corriger

Le spécialiste relève plusieurs insuffisances : la faible formation des relais communautaires en communication pour le changement social et comportemental, l’utilisation limitée des outils numériques dans plusieurs zones de santé, l’absence de planification des activités des mobilisateurs sociaux ainsi que le faible suivi de leurs interventions.

À cela s’ajoute la forte dépendance des programmes de communication vis-à-vis des partenaires techniques et financiers, une situation qui, selon lui, compromet la pérennité des actions entreprises.

Un appel à un engagement plus fort de l’État

Pour bâtir une confiance durable, le Dr Clément Nsubile invite l’État congolais à prendre le leadership du financement de la communication vaccinale.

Il recommande notamment l’inscription de ressources budgétaires dédiées au Programme élargi de vaccination (PEV), tant au niveau national que provincial. Il préconise également le déploiement d’animateurs communautaires dans toutes les aires de santé ainsi que la professionnalisation des mobilisateurs sociaux, appelés à devenir des acteurs permanents du système de santé.

Faire de la confiance vaccinale un investissement pour l’avenir

Pour le Dr Clément Nsubile, la lutte contre la désinformation ne relève plus seulement de la communication, mais constitue un véritable enjeu de sécurité sanitaire.

À ses yeux, seule une communication de proximité, permanente et soutenue par des investissements publics permettra de restaurer la confiance des populations et d’améliorer durablement la couverture vaccinale en République démocratique du Congo.

Dans un contexte marqué par des épidémies récurrentes et une circulation rapide des fausses informations, il appelle les autorités à considérer la confiance vaccinale non comme un objectif secondaire, mais comme un pilier essentiel de la politique nationale de santé publique.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET