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Provinces

La rivière Oubangui en péril ? : Les récentes discussions sur le ravitaillement du lac Tchad ravivent les inquiétudes autour de l’avenir du principal affluent du fleuve Congo

Les discussions tenues les 15 et 16 juillet 2026 à N’Djamena, au Tchad, à l’occasion du Forum africain de l’eau, ont remis sur la table le débat autour des grands projets de gestion des ressources hydriques en Afrique.

Bien qu’aucune décision officielle n’ait été annoncée concernant un transfert des eaux de la rivière Oubangui vers le lac Tchad, la résurgence de cette question suscite de nouvelles inquiétudes au sein des populations riveraines de la République démocratique du Congo traversées par ce réservoir du fleuve Congo.

Depuis plusieurs décennies, le projet de dérivation d’une partie des eaux de l’Oubangui est régulièrement évoqué comme une piste susceptible de contribuer à la restauration du lac Tchad, dont la superficie a fortement diminué sous l’effet combiné des changements climatiques et de la pression humaine. Si cette hypothèse continue d’alimenter les débats politiques et techniques, elle reste soumise à de nombreuses études et à d’éventuelles négociations entre les États concernés.

La rivière Oubangui constitue pourtant l’un des principaux affluents du fleuve Congo et représente un patrimoine stratégique pour l’Afrique centrale.

Longue d’environ 2 270 kilomètres, elle prend naissance à la confluence des rivières Uele et Mbomou. Elle traverse et borde principalement la République démocratique du Congo, la République centrafricaine et, sur une courte portion, la République du Congo, avant de se jeter dans le fleuve Congo.

Pour les habitants des provinces du Sud-Ubangi, du Nord-Ubangi ainsi que des autres territoires riverains, l’Oubangui est bien plus qu’un simple cours d’eau. Elle soutient la pêche artisanale, le transport fluvial, l’approvisionnement en eau, l’aquaculture et les échanges commerciaux. Des milliers de familles dépendent directement de son équilibre naturel, une situation perçue par de nombreux observateurs comme « Un anger sous-jacent », si un des avantages ne sont pas bien définis.

Dans ce contexte, toute perspective de prélèvement d’une partie de ses eaux soulève des interrogations. Plusieurs spécialistes estiment qu’avant toute décision, des études d’impact environnemental, économique et social approfondies devraient être réalisées. Car Une réduction durable du débit pourrait affecter les écosystèmes aquatiques, diminuer les ressources halieutiques, compliquer la navigation et fragiliser les moyens de subsistance des populations riveraines.

Au-delà d’un simple projet, l’enjeu est également géopolitique. La rivière Oubangui étant un cours d’eau international partagé entre plusieurs États, toute modification de son régime nécessiterait un accord entre les pays concernés ainsi que le respect des conventions internationales relatives à la gestion des eaux transfrontalières.

Pour la République démocratique du Congo, la question dépasse largement le cadre d’un simple projet hydraulique. Elle touche à la préservation du bassin du Congo, deuxième plus grand bassin fluvial de la planète, qui constitue l’un des plus importants réservoirs d’eau douce et un élément essentiel de l’équilibre climatique mondial.

À ce jour, aucune décision officielle n’a été prise en faveur d’un transfert des eaux de l’Oubangui vers le lac Tchad. Cependant les échanges récents portent avant tout sur le renforcement de la coopération régionale en matière de gestion de l’eau et sur l’examen de différentes solutions pour faire face aux défis hydriques auxquels plusieurs pays africains sont confrontés.

Face à ces débats, la vigilance des populations riveraines demeure compréhensible. Toutefois, toute analyse doit s’appuyer sur des informations vérifiées. L’avenir de la rivière Oubangui dépendra des études scientifiques, des évaluations environnementales et des décisions qui seront prises par le gouvernement, en concertation avec l’ensemble des États concernés, dont la République démocratique du Congo, appelée à défendre ses intérêts stratégiques et ceux des millions de citoyens vivant le long de cette voie d’eau.

Blaise ABITA/CONGOPROFOND.NET