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Mort du général Norbert Likulia Bolongo : « Ce n’est pas une étoile qui s’éteint, mais une constellation », l’hommage poignant de Jacques Djoli

« Ce n’est pas une étoile qui s’est éteinte, mais une constellation qui disparaît. » C’est en ces termes empreints d’une profonde émotion que le rapporteur du Bureau de l’Assemblée nationale, le professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, a rendu hommage à son père spirituel et mentor, le général d’armée Norbert Likulia Bolongo, décédé en France le jeudi 25 juin 2026, à l’âge de 87 ans.

Pour celui qui fut tour à tour son assistant à l’Université de Kinshasa, son aide de camp et son conseiller, la disparition de Norbert Likulia représente bien plus que la perte d’un ancien Premier ministre : « C’est un baobab qui est tombé. ». Il salue la mémoire d’un homme d’exception qui aura atteint les plus hauts sommets militaire, politique et scientifique, tout en incarnant l’humanisme, l’excellence et la discipline.

Un parcours hors du commun

Né le 8 juillet 1939 à Basoko, dans l’actuelle province de la Tshopo, Norbert Likulia Bolongo rejoint la Force publique en juin 1958, à la veille de l’indépendance du Congo.

Parallèlement à sa carrière militaire, il poursuit de brillantes études de droit à l’École nationale de droit et d’administration (ENDA), dirigée à l’époque par Étienne Tshisekedi. Licencié en droit, il devient par la suite professeur ordinaire à l’Université de Kinshasa et vice-président du Conseil d’administration de l’UNAZA.

Auteur prolifique, il laisse derrière lui plusieurs ouvrages de référence, notamment son célèbre Droit pénal spécial, encore utilisé dans les facultés de droit de la RDC. Ses travaux couvrent également le droit pénal militaire, la criminologie, les sciences pénitentiaires ainsi que le droit comparé.

Sur le plan militaire, il atteint le grade suprême de général d’armée quatre étoiles.

Sa carrière politique est tout aussi remarquable : secrétaire d’État à la Défense nationale, commissaire d’État aux Affaires foncières, administrateur des services de renseignements, vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale, puis Premier ministre en avril 1997, à l’une des périodes les plus critiques de l’histoire du Zaïre.

À la tête des services de renseignements, il entreprend de réformer l’ancienne Administration nationale de documentation (AND), transformée en Service national d’intelligence et de protection (SNIP), avec la volonté d’en faire un service davantage tourné vers la protection des citoyens.

Comme auditeur général des Forces armées, il modernise également la justice militaire en y promouvant une nouvelle génération de juristes de haut niveau.

La rencontre qui a changé une vie

Jacques Djoli rencontre pour la première fois le professeur Likulia en 1982, alors qu’il est étudiant en première année de droit à l’Université de Kinshasa. Le maître dispense le cours de droit pénal spécial et repère rapidement les qualités intellectuelles de son élève, qu’il prendra plus tard comme assistant.

Après son service militaire à Kotakoli, vécu initialement comme une sanction, Jacques Djoli est convaincu par son mentor d’intégrer la justice militaire. Ce choix orientera toute sa carrière.

Le professeur Likulia formera ainsi plusieurs générations d’officiers juristes qui occuperont, par la suite, les plus hautes fonctions au sein de la justice militaire congolaise.

Face aux turbulences de la transition

Au début des années 1990, alors que le Zaïre entre dans une longue transition politique, Norbert Likulia appartient au camp des « colombes », favorable au dialogue avec l’opposition.

Il plaide auprès du maréchal Mobutu pour un « commerce de confidences » avec l’opposition démocratique et soutient la nomination d’Étienne Tshisekedi comme Premier ministre afin de parvenir à une transition négociée.

Face à lui, les « faucons » privilégient une réponse sécuritaire. Leur ligne finit par l’emporter, entraînant l’éloignement de Likulia, nommé ambassadeur avant d’être progressivement écarté du pouvoir.

Rappelé en 1996 comme vice-Premier ministre chargé de la Défense, il est nommé Premier ministre le 11 avril 1997, alors que l’avancée des troupes de l’AFDL rend la situation pratiquement irréversible. Malgré son appel à une « riposte foudroyante », l’armée, affaiblie, ne parvient pas à stopper la chute du régime de Mobutu. Après mai 1997, il s’exile en France avant de regagner la RDC en 2000.

« Un humaniste hors du commun »

Au-delà des fonctions prestigieuses qu’il a occupées, Jacques Djoli retient avant tout les qualités humaines de son mentor.
« C’était un noble. Un officier animé par le sens du devoir, de la loyauté et de l’excellence », confie-t-il.

Il évoque notamment la simplicité du général, qui n’hésitait pas à rendre visite à ses collaborateurs jusque dans leurs domiciles, ainsi que son profond respect de la hiérarchie. Une anecdote raconte qu’il se mettait spontanément au garde-à-vous lorsqu’il s’entretenait au téléphone avec le maréchal Mobutu.

Pour Jacques Djoli, Norbert Likulia Bolongo restera avant tout un homme d’une rare humanité, un bâtisseur d’institutions et un serviteur de l’État dont l’héritage continuera de marquer durablement les générations futures.

Avec sa disparition, la République démocratique du Congo perd l’un de ses derniers grands témoins de l’histoire politique, militaire et universitaire du pays.

James Mpunga Yende/CONGOPROFOND.NET