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Afrique du Sud : Thebe Ikalafeng accuse les gouvernements défaillants d’être à l’origine de la crise migratoire en Afrique

Le fondateur de Brand Africa, Thebe Ikalafeng, estime que les Africains ne sont pas le problème de l’Afrique du Sud. Selon lui, ce sont les gouvernements défaillants du continent qui ont créé les conditions ayant conduit à la crise migratoire et aux tensions actuelles entre l’Afrique du Sud et d’autres pays africains. À la veille de la mobilisation annoncée du 30 juin, il affirme que les migrants sont avant tout des victimes de l’échec des États africains.

Thebe Ikalafeng soutient que la crise trouve son origine dans un système migratoire sud-africain rongé par la corruption. « L’État a construit cette crise en laissant son système d’immigration devenir un marché où les visas et les permis étaient vendus au plus offrant », dénonce-t-il, estimant que des fonctionnaires ont « vendu la souveraineté du pays, un permis à la fois », tandis que les migrants ne font que subir les conséquences de cette faillite.

Des migrants transformés en boucs émissaires

Le chancelier de l’université Sol Plaatje affirme que la colère d’une partie des Sud-Africains est compréhensible face au chômage, à la pauvreté et à la mauvaise gouvernance, mais il regrette qu’elle soit dirigée contre les mauvaises personnes. « Les criminels ne sont pas les migrants. Les véritables responsables sont les dirigeants et les fonctionnaires qui ont laissé prospérer l’illégalité », martèle-t-il, tout en rappelant que les difficultés économiques du pays existaient bien avant l’arrivée massive des migrants.

L’auteur de The Traveller : Crossing Borders and Connecting Africa rappelle que ce phénomène dépasse largement l’Afrique du Sud. Il cite les expulsions massives intervenues au Ghana, au Nigeria ou encore les crises en Côte d’Ivoire, au Soudan et en République démocratique du Congo pour illustrer un même schéma. « Chaque personne qui traverse une frontière par désespoir est d’abord le produit d’un gouvernement qui l’a trahie », insiste-t-il.

L’Union africaine appelée à agir

Le professeur de pratique à la faculté de commerce de l’université de Johannesburg appelle l’Union africaine à dépasser les simples condamnations. Il estime que l’organisation continentale doit mettre en place un véritable cadre migratoire contraignant afin de s’attaquer aux causes profondes des déplacements de populations. « Après plus de soixante ans, ce n’est plus une ambition, mais une exigence minimale », affirme-t-il.

Thebe Ikalafeng reconnaît néanmoins que l’Afrique du Sud est en droit de protéger ses frontières et de lutter contre l’immigration irrégulière. Toutefois, il prévient que « l’application de la loi et l’humanité ne sont pas incompatibles », dénonçant les discriminations et les violences subies par des migrants qui, selon lui, n’ont commis aucun crime.

Construire une Afrique où personne ne fuit

Dans son ouvrage Rooted and Rising : Reclaiming Our Culture and Redefining Our Global Influence, Thebe Ikalafeng défend une Afrique plus intégrée et plus responsable. Il conclut que le véritable défi n’est pas de multiplier les expulsions, mais de bâtir un continent où aucun Africain ne sera contraint de quitter son pays faute d’espoir. À ses yeux, l’avenir dépend désormais du courage des dirigeants africains à assumer leurs responsabilités et à offrir à leurs populations des conditions de vie dignes.

Exaucé Kaya