Diaspora
Marrakech, l’air frais, et une femme qui parle aux États : Juliana Amato Lumumba, le pari francophone de l’audace tranquille
Sur les rives des sommets multilatéraux où la langue de bois érige trop souvent les consensus mous en boussole, l’arrivée de Juliana Amato Lumumba dans la course au Secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie agit comme une irruption salutaire. À Marrakech, où elle poursuit un marathon diplomatique exigeant, elle ne parade pas : elle rencontre, elle écoute, elle convainc.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la limpidité chirurgicale de son projet. Là où d’autres enrobent leurs ambitions dans des formules creuses, elle décline une vision précise de la Francophonie de demain : une organisation recentrée sur les peuples, arrimée aux urgences de la jeunesse, de l’employabilité féminine et de la mobilité académique, et non plus une machine à produire des déclarations que personne ne lit. Ce parler-vrai, porté sans arrogance mais avec une détermination qui ne tremble pas, offre un contraste saisissant avec les postures technocratiques habituelles.
Ce qui rend la candidature de Juliana Amato Lumumba singulièrement puissante, c’est le geste politique qu’elle accomplit en allant frapper à chaque porte. Consciente que le Secrétariat général ne se conquiert pas dans les salons parisiens mais dans la souveraineté retrouvée des urnes des États membres, elle a fait de la modestie une stratégie redoutable. Recevoir un à un les ambassadeurs, se plier à l’exercice du dialogue bilatéral sans filtre, c’est réhabiliter le cœur battant de la Francophonie : une communauté de nations égales, des Caraïbes à l’océan Indien en passant par l’Afrique centrale.
Une communauté dont le vote compte autant que celui des géants fondateurs. Cette éthique de la rencontre n’est pas de la tactique, c’est une philosophie de gouvernance : elle annonce une Secrétaire générale qui ne sera pas la gardienne d’un héritage poussiéreux, mais l’architecte d’une maison commune où chaque fenêtre s’ouvrira sur le large. Son nom, évidemment, résonne comme un héritage. Fille de Patrice Lumumba, elle porte en elle la mémoire des indépendances et l’exigence de dignité qui fonde l’histoire congolaise et panafricaine.
Mais à ceux qui seraient tentés de réduire sa candidature à un symbole, elle oppose la force tranquille d’une maîtrise parfaite des dossiers et des enjeux collectifs. La crise du multilinguisme face à l’hégémonie de l’anglais, la redéfinition du rôle de l’OIF dans la prévention des conflits, l’urgence d’une diplomatie culturelle qui ne soit pas l’antichambre de la Françafrique : sur chaque sujet, elle est prête, documentée, incisive.
Le fleuve ne se trompe jamais de mer : en misant sur Madame Juliana Lumumba, le Président Félix Tshisekedi n’a pas seulement choisi la voix qui porte loin ; il a offert à la Francophonie de demain une pirogue taillée dans le bois noble du Kongo, prête à fendre les eaux du renouveau, l’Afrique à la barre et le regard tourné vers l’horizon commun. Juliana Amato Lumumba ne demande pas un vote par hommage. Elle l’exige par compétence. Dans un espace francophone en quête de second souffle, elle incarne cet air frais dont on finit toujours par réaliser qu’il était, en réalité, vital.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR