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Politique

« Filles et femmes débrouillardes » : le pari de Naomie Mashida Usume pour l’autonomie économique des femmes de la Lukunga ( Interview)

Naomie Mashida Usume, cadre des Compagnons de Joseph Kabila Kabange (CJKK) et membre de la Ligue des jeunes du PPRD, annonce le lancement de la première édition du séminaire « Filles et femmes débrouillardes de la Lukunga », une initiative dédiée à la formation des jeunes filles et des femmes aux petits métiers et aux activités génératrices de revenus.

Récemment nommée coordinatrice et responsable des jeunes femmes de la Lukunga au sein du CJKK, elle a accordé une interview à CONGOPROFOND.NET pour présenter sa vision, ses ambitions et les actions sociales qu’elle entend mener en faveur de l’autonomisation économique et de l’encadrement de la jeunesse féminine.

CONGOPROFOND.NET : Bonjour, madame ou mademoiselle Mashida Usume ?

Mme Mashida : (Sourire.) À l’état civil, je suis encore Mademoiselle, puisque je ne suis pas encore mariée. Cependant, au regard des responsabilités que j’exerce au sein des Compagnons de Joseph Kabila Kabange, je préfère que l’on m’appelle Madame. Je trouve que cela correspond davantage à la posture qu’exigent mes fonctions.

CONGOPROFOND.NET : Justement, en parlant de votre plateforme, le CJKK, certains peinent encore à cerner sa nature exacte par rapport au PPRD, dont vous êtes également membre. Doit-on considérer le CJKK comme une structure à part entière ou comme une simple cellule issue du PPRD ?

Mme Mashida : Cette question est tout à fait légitime et je vais y répondre avec clarté.

Le CJKK est à la fois une structure politique du PPRD et une ASBL autonome sur le plan social. Sur le volet politique, nous sommes une cellule officiellement reconnue dans les statuts du PPRD, rattachée aux départements nationaux chargés de la mobilisation et de la propagande, avec la prérogative de créer des cellules de base pour la vulgarisation de la vision du Parti.

Notre mission consiste à promouvoir, sur le terrain, la vision du PPRD à travers la valorisation des actions de Son Excellence Joseph Kabila Kabange. D’ailleurs, notre responsable, le camarade Dunia Kilanga, siège de plein droit au congrès du Parti parmi les secrétaires nationaux, preuve que nous faisons pleinement partie de son organisation interne, aux côtés de la Ligue des jeunes et de la Ligue des femmes.

Ces ligues ont pour mission de porter la vision globale du Parti auprès des jeunes et des femmes. Au CJKK, nous complétons ce travail par une action de proximité, davantage orientée vers la promotion des acquis et de la vision incarnée par Joseph Kabila auprès des populations, dans les quartiers et au sein des communautés.

Parallèlement, en tant qu’ASBL, le CJKK est né de la volonté de Monsieur Dunia Kilanga d’élargir notre champ d’action et d’inscrire notre engagement dans la durée, indépendamment des fluctuations du contexte politique. Ce statut nous permet de développer des œuvres sociales, des programmes de formation, d’encadrement et d’autonomisation au bénéfice des populations congolaises, tout en portant notre vision de la société.

CONGOPROFOND.NET : Certains estiment néanmoins que les missions du CJKK font doublon avec celles de la Ligue des jeunes et de la Ligue des femmes du PPRD. Que leur répondez-vous ?

Mme Mashida : Je ne partage pas cette analyse. Le CJKK ne concurrence pas ces structures ; il les complète.

La Ligue des jeunes et la Ligue des femmes sont des organes historiques du PPRD, investis d’une mission large d’encadrement et de représentation des jeunes et des femmes du Parti. Elles portent avant tout la vision institutionnelle du PPRD, avec l’idée que le Parti doit perdurer au-delà des individus.

Le CJKK, créé plus tard par des cadres du PPRD attachés à l’idéologie kabiliste, poursuit un objectif plus spécifique : promouvoir sur le terrain la vision et les acquis associés à Joseph Kabila Kabange, au plus près des populations.

Au-delà de nos actions sociales en tant qu’ASBL, nous travaillons à préserver sa mémoire politique, à rappeler les réalisations de son action à la tête du pays et à transmettre cette vision aux nouvelles générations.

En résumé, les Ligues animent la vie du Parti dans son ensemble, tandis que le CJKK se concentre sur la valorisation de l’héritage politique de Joseph Kabila et sur la continuité de cette vision, en soutien à l’action du PPRD sur le terrain. Il s’agit d’une complémentarité des rôles, et non d’une duplication des missions.

CONGOPROFOND.NET : Vous avez été récemment nommée responsable de la coordination du CJKK dans la Lukunga. Que répondez-vous à ceux qui estiment que vous êtes trop jeune et insuffisamment expérimentée en politique pour porter dignement la vision de Monsieur Dunia Kilanga, dans un contexte où le FCC a considérablement perdu de son influence politique ?

Mme Mashida : Je comprends ces critiques et je les considère avant tout comme un défi positif et une responsabilité supplémentaire. Être jeune ne signifie ni être irresponsable ni manquer de compétences. Au contraire, ma génération vit au quotidien les réalités sociales, économiques et politiques de la Lukunga, et cette proximité avec le terrain nourrit naturellement mon engagement.

S’agissant de l’expérience, je rappelle humblement que je ne suis pas arrivée à ces responsabilités par hasard. J’ai fait mes preuves au sein de la structure, en travaillant auprès des jeunes et des femmes, en organisant des activités, en étant à l’écoute des préoccupations de la base et en apprenant auprès de nos aînés. L’expérience ne se mesure pas uniquement au nombre d’années, mais aussi à la qualité du travail accompli, à la capacité d’apprendre et à la constance dans l’engagement.

Je ne prétends pas tout savoir, mais je m’entoure de personnes compétentes, j’écoute les conseils et je me forme continuellement. Ma jeunesse constitue une force plutôt qu’une faiblesse. Ceux qui doutent de ma capacité à porter cette vision pourront juger à travers les actions concrètes que nous mènerons sur le terrain. Je suis convaincue que la nouvelle génération est prête à assumer ses responsabilités avec sérieux, discipline, détermination et esprit d’innovation.

Quant au FCC, il est vrai que le contexte politique a fortement évolué. Toutefois, cela ne constitue pas, à mes yeux, une raison d’abandonner les idéaux et la vision de société que nous défendons. Les périodes de difficultés sont aussi des moments de réflexion, de reconstruction et de renouveau.

La vision portée par Monsieur Dunia Kilanga, que j’ai la responsabilité de promouvoir dans la Lukunga, ne se limite pas à la valorisation des acquis du président Joseph Kabila Kabange. Elle repose également sur la proximité avec la population, la formation des jeunes, l’autonomisation des femmes et la reconstruction progressive de notre influence, non seulement dans les institutions, mais surtout au sein de la société. C’est dans cet esprit que s’inscrit le séminaire « Filles et femmes débrouillardes de la Lukunga », qui constitue l’une des premières initiatives concrètes de notre action de terrain.

CONGOPROFOND.NET : Vous évoquez justement des actions innovantes pour la Lukunga. Pourtant, l’organisation d’un séminaire peut apparaître comme une initiative déjà largement répandue. Pourquoi avoir fait ce choix ? Certains pourraient y voir une action précipitée, destinée avant tout à marquer votre prise de fonctions.

Mme Mashida : Je tiens d’abord à préciser que ce projet ne date pas d’hier. Il est le fruit d’une réflexion de longue haleine et fait partie des initiatives qui ont contribué à la confiance que Monsieur Dunia Kilanga m’accorde aujourd’hui.

L’autonomisation des jeunes filles et des femmes constitue une priorité dans ma conception de l’État de droit. Comme le dit un célèbre proverbe, « éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation ».

Par ailleurs, il serait difficile d’ignorer les réalités sociales auxquelles notre pays est confronté. Les difficultés économiques poussent de nombreuses jeunes filles et femmes vers des situations de grande précarité. Le phénomène communément appelé « Pakadjuma » illustre cette réalité.

Je suis convaincue que les initiatives citoyennes peuvent contribuer à compléter les efforts de l’État en matière sociale. Former les jeunes femmes aux petits métiers et aux activités génératrices de revenus leur offre des perspectives d’autonomie financière et de dignité.

L’originalité de notre projet réside dans son caractère pratique et concret. Nous ne voulons pas organiser un simple séminaire théorique. Des partenaires spécialisés, notamment la Fondation Nangaa, ainsi que moi-même, interviendront pour former les participantes à des activités immédiatement accessibles et adaptées à leur réalité quotidienne.

À l’issue de la formation, un test d’évaluation, accessible également en lingala, permettra de sélectionner les dix premières lauréates. Chacune d’elles bénéficiera d’un appui financier de 500 dollars destiné au lancement de son activité génératrice de revenus. Elles auront également la possibilité d’ouvrir un compte bancaire auprès d’EquityBCDC, assorti d’un premier dépôt de 50 dollars offert dans le cadre du projet.

Notre ambition est de dépasser le cadre des discours et d’offrir aux bénéficiaires des outils concrets leur permettant d’améliorer durablement leurs conditions de vie.

CONGOPROFOND.NET : Votre projet paraît effectivement très concret. Pouvez-vous nous présenter le programme des formations prévues, sachant qu’une partie du public ciblé est parfois peu ou pas scolarisée ? Par ailleurs, pourquoi avoir choisi la Fondation Nangaa et EquityBCDC comme partenaires de cette initiative ?

Mme Mashida : Tout d’abord, s’agissant du choix de nos partenaires, il s’est fait de manière tout à fait naturelle. J’ai la chance de compter parmi mes connaissances un proche collaborateur de Monsieur Corneille Nangaa, qui m’a fait part de l’intérêt de ce dernier pour les initiatives à caractère social, notamment celles en faveur des jeunes et des femmes.

Dans cette perspective, j’ai eu l’opportunité de lui présenter ce projet de séminaire, après avoir obtenu l’accord de Monsieur Dunia Kilanga pour engager des discussions avec différents partenaires potentiels et mobiliser des soutiens. À l’issue de nos échanges, Monsieur Nangaa a accepté d’apporter son appui, tant sur le plan logistique que financier, afin de contribuer à la réussite de cette initiative en faveur des femmes de la Lukunga.

Je tiens cependant à préciser que la Fondation Nangaa et EquityBCDC ne sont pas des partenaires exclusifs. Notre projet demeure ouvert à toute personne physique ou morale désireuse de soutenir des actions en faveur de l’autonomisation des jeunes filles et des femmes.

Concernant EquityBCDC, ce partenariat découle également de mon parcours professionnel. En tant que Relationship Manager au sein de cette institution bancaire, j’ai pu présenter la portée sociale de cette initiative. La banque a manifesté son intérêt pour accompagner le projet, notamment dans le cadre de l’inclusion financière des bénéficiaires.

S’agissant du contenu du séminaire, nous avons conçu un programme adapté aux réalités de notre public cible, y compris pour les participantes ayant un faible niveau de scolarisation. L’approche privilégiera les démonstrations pratiques, les échanges interactifs et l’utilisation d’un langage simple, avec des explications en lingala lorsque cela s’avérera nécessaire.

Trois journées sont prévues :

– Première journée : initiation aux activités maraîchères et agricoles, avec l’intervention de spécialistes du secteur. L’objectif est de faire découvrir des métiers accessibles et susceptibles de générer rapidement des revenus.

– Deuxième journée : formation à la gestion simplifiée d’un petit commerce et à la culture de l’épargne. Les participantes apprendront les bases de la gestion financière à travers des exercices pratiques et des exemples adaptés à leur quotidien.

– Troisième journée : sensibilisation à l’inclusion financière et accompagnement dans les démarches d’ouverture et de gestion d’un compte bancaire.

À l’issue du séminaire, les meilleures participantes bénéficieront d’un accompagnement spécifique destiné à faciliter le lancement de leurs activités économiques.

Notre ambition est de partir des réalités concrètes des femmes de la Lukunga et de leur offrir des outils simples, pratiques et directement exploitables pour renforcer leur autonomie économique.

CONGOPROFOND.NET : Politiquement, certains peuvent être surpris de voir une cadre du PPRD collaborer avec Monsieur Corneille Nangaa, qui a créé sa propre formation politique et pourrait devenir un concurrent sur la scène électorale. Comment le CJKK perçoit-il cette collaboration ? Plus largement, quelle est votre lecture du processus électoral et du rôle de votre structure dans ce contexte ?

Mme Mashida : Je comprends que cette collaboration puisse susciter des interrogations. Toutefois, il me paraît important de distinguer clairement l’action sociale de la compétition politique.

Dans le cadre de ce séminaire, nous avons sollicité le soutien de partenaires susceptibles d’apporter une expertise ou un accompagnement concret à notre projet. Cette démarche s’inscrit exclusivement dans une logique de développement communautaire et d’autonomisation des populations.

En tant que cadre du PPRD et responsable au sein du CJKK, je demeure pleinement attachée à ma famille politique et aux valeurs qu’elle défend. Le CJKK reste une structure affiliée au PPRD et engagée dans la promotion de sa vision.

Je considère que lorsqu’il s’agit d’initiatives sociales destinées à améliorer les conditions de vie des populations, les clivages politiques peuvent parfois laisser place à des collaborations ponctuelles au service de l’intérêt général.

Le CJKK entend poursuivre sa mission de proximité auprès des jeunes et des femmes, en privilégiant des actions concrètes d’encadrement, de formation et d’autonomisation. Notre conviction est qu’une action politique crédible doit également produire des résultats tangibles dans la vie quotidienne des citoyens.

Au-delà des débats électoraux, notre priorité demeure le travail de terrain et l’accompagnement des populations, en particulier des couches les plus vulnérables.

CONGOPROFOND.NET : La République démocratique du Congo demeure confrontée à l’insécurité dans sa partie orientale. Comment le CJKK intègre-t-il la question de la paix et de la sécurité nationale dans son action de proximité, notamment auprès des jeunes de la Lukunga ?

Mme Mashida : Même si nos activités se déroulent à Kinshasa, nous ne pouvons rester indifférents à ce qui se passe dans l’Est du pays. Les conflits qui affectent le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri concernent l’ensemble de la Nation et interpellent chaque Congolais.

Au sein du CJKK, nous considérons que la paix n’est pas uniquement l’affaire des forces de défense et des autorités publiques. Elle est aussi une responsabilité citoyenne.

Dans nos activités de sensibilisation, nous encourageons les jeunes à promouvoir la cohésion nationale, le respect des différences et le rejet des discours de haine, du tribalisme et de toute forme de violence. Nous insistons également sur l’importance de la citoyenneté responsable et du renforcement des institutions de l’État de droit.

Par ailleurs, nous sommes convaincus que l’autonomisation économique constitue un facteur important de stabilité sociale. Un jeune qui bénéficie d’une formation ou qui exerce une activité génératrice de revenus est davantage en mesure de construire son avenir et de contribuer positivement au développement de sa communauté.

CONGOPROFOND.NET : Dans un contexte de recomposition politique, comment le CJKK entend-il renforcer sa mobilisation de proximité et maintenir l’engagement de ses militants ?

Mme Mashida : Il serait inutile de nier les évolutions qu’a connues le paysage politique congolais. Chaque période de changement représente toutefois une opportunité de revenir aux fondamentaux.

Le CJKK privilégie une approche de terrain. Notre objectif est d’être présents au plus près des populations, dans les communes, les quartiers et les communautés.

Pour renforcer notre mobilisation, nous misons sur des initiatives concrètes : la formation des jeunes et des femmes, l’accompagnement de projets générateurs de revenus, les activités de sensibilisation citoyenne et les actions sociales de proximité.

Nous estimons qu’une organisation politique gagne durablement la confiance de la population lorsqu’elle apporte des réponses concrètes aux préoccupations quotidiennes des citoyens. Notre ambition est donc de poursuivre ce travail de proximité avec sérieux et constance.

CONGOPROFOND.NET : Le climat politique demeure marqué par des tensions et des débats autour des libertés publiques. Quel message adressez-vous aux jeunes militants du CJKK ?

Mme Mashida : Nous aspirons tous à un climat politique apaisé où les opinions peuvent s’exprimer dans le respect des lois et des institutions de la République.

Aux jeunes militants du CJKK, j’adresse un message de responsabilité et d’engagement. Je les invite à participer activement à la vie de notre pays dans le respect des valeurs démocratiques, du dialogue et de la non-violence.

Je les encourage également à se former, à développer leur esprit critique et à approfondir leur compréhension des enjeux sociaux, économiques et politiques de notre pays. Une jeunesse bien formée et consciente de ses responsabilités constitue un atout majeur pour l’avenir de la République démocratique du Congo.

Notre engagement doit demeurer guidé par les principes de discipline, de civisme et de respect de l’État de droit.

CONGOPROFOND.NET : Au regard de votre engagement et des responsabilités qui vous ont été confiées, où vous projetez-vous dans les années à venir ?

Mme Mashida : Je considère avant tout la politique comme un engagement au service de la communauté plutôt que comme une quête personnelle.

À court et moyen terme, ma priorité est de réussir la mission qui m’a été confiée au sein du CJKK dans la Lukunga, notamment en renforçant l’encadrement des jeunes et des femmes et en développant des projets susceptibles d’améliorer leurs conditions de vie.

Avec l’appui de mon équipe de bénévoles et de nos partenaires, nous souhaitons faire de nos actions un véritable levier d’autonomisation et de participation citoyenne.

Pour l’avenir, si les circonstances et la confiance de la population le permettent, je n’exclus pas d’assumer d’autres responsabilités publiques, que ce soit au niveau local, provincial ou national. Toutefois, je crois qu’il est important de progresser étape par étape, en privilégiant le travail de terrain et les résultats concrets.

CONGOPROFOND.NET : Merci, Madame Mashida, d’avoir accordé cet entretien à CONGOPROFOND.NET. Nous vous souhaitons plein succès dans vos projets.

Mme Mashida : Je vous remercie pour cette opportunité d’échanger avec vos lecteurs. J’espère que cette initiative contribuera à encourager davantage de jeunes et de femmes à croire en leurs capacités et à s’engager dans des projets utiles à leur communauté. Je souhaite également une excellente continuation à CONGOPROFOND.NET.

Propos recueillis par Dorcas Ntumba/CONGOPROFOND.NET