Justice
Impression à ce stade du procès des “enfants Mushobekwa” – À la veille du réquisitoire, un dossier sous tension et des zones d’ombre persistantes
Avant le verdict, un dossier qui tangue entre charges lourdes et preuves fragiles. À l’issue de cette onzième audience, le procès suspend son souffle. Le Ministère public, qui a sollicité un délai de huitaine pour peaufiner ses réquisitions, devra prendre position le 7 mai 2026. Viendra ensuite la défense, qui a déjà fait savoir qu’elle était prête à plaider séance tenante ce jeudi 30 Avril 2026 — signe d’une stratégie arrêtée. Puis le verdict.
Mais à ce stade, une impression domine : celle d’un dossier qui tangue, pris entre la lourdeur des accusations et la fragilité des éléments censés les étayer. Les charges sont en effet considérables. Incitation de militaires à la violence, détention illégale, torture : les qualifications pénales retenues par la partie civile sont d’une extrême gravité. Mais en face, le socle probatoire n’a cessé de se déliter au fil des audiences.
Images sans horodatage fiable, constat médical non signé, absence de lésions internes confirmée sous serment, contradictions entre le nombre d’enfants visible sur les vidéos (deux) et celui évoqué dans le dossier (trois) dont … Autant d’éléments qui, sans innocenter quiconque par avance, imposent au Ministère public un exercice délicat. Reste cet étonnant silence au cœur du procès : pourquoi accuse t-on Philémon Mambabwa ?
Au moment de la rédaction de cet article, aucun témoin n’est venu briser la version de Philemon Mambabwa, aucun document n’a trahi un ordre écrit ou oral de sa part, et l’accusation, si véhémente soit-elle, n’a jamais réussi à le camper dans la posture du commanditaire qu’elle dépeint pourtant sur les médias. Le parquet devra convaincre que ces zones d’ombre n’entament pas la solidité de l’accusation.
Ou, à l’inverse, prendre acte de ce que le procès a révélé : une affaire peut-être moins limpide que le cri médiatique ne l’avait laissé croire. L’audience du 7 mai 2026 dira si la justice s’achemine vers une condamnation exemplaire ou vers une issue plus incertaine. Une chose est sûre : à Ndolo, le temps de l’émotion cède désormais la place à celui du droit — et c’est très bien ainsi.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Justice
Affaire des enfants Mushobekwa au 30 Avril 2026 : l’instruction touche à sa fin, la justice a tenu le cadre
Après quatre mois d’audiences, la Cour militaire de Ndolo referme l’instruction sans fracas. La onzième audience du procès dit des “enfants Mushobekwa” s’est achevée ce jeudi 30 avril 2026 sur une décision sobre : la Cour accorde une ultime remise au Ministère public pour son réquisitoire, renvoyant l’affaire au 7 mai 2026. Après quatre mois de débats, l’instruction est désormais close.
Et c’est précisément ce qu’il faut saluer. Dans un dossier sur-médiatisé par Madame Marie-ange Mushobekwa elle-même, où l’émotion a souvent menacé de submerger le droit, la justice a fait tenir le cadre. Rien, absolument rien, ne permet à ce stade d’affirmer que le verdict ne sera pas à la hauteur de ce qui a été rigoureusement examiné depuis le début du procès. L’audience de ce jeudi 30 Avril 2026 était centrée sur la pièce maîtresse de l’accusation.
Une clé USB contenant les vidéos et photographies prises par la partie civile Marie-Ange Mushobekwa elle-même au soir des faits vers 17h du 22 décembre 2025 selon ses déclarations devant la Cour militaire. Après projection, les questions de la défense du prévenu Philémon Mambabwa ont mis en lumière plusieurs fragilités. Le médecin traitant, interrogé sur ses constatations, a reconnu n’avoir relevé “rien de spécifique” concernant d’éventuelles lésions internes.
Surtout, il est apparu que les documents médicaux versés au dossier n’ont pas été signés par lui, le praticien Docteur généraliste Dosh Yenga Mbuta Junior — absence de formule sacramentelle dont la Cour militaire a elle-même pris acte, estimant que ces pièces ne pouvaient être tenues pour totalement fiables. Mais la faille la plus notable concerne l’horodatage des images. Alors que les faits dénoncés remontent au 21 décembre 2025, la date du 29 janvier 2026 apparaît sur les vidéos.
La partie civile Marie-Ange Mushobekwa a évoqué une “mutation des images” pour préserver les preuves. Un éclaircissement sémantique qui n’a pas dissipé toutes les interrogations, la défense ayant légitimement soulevé le problème de la chaîne de possession, de garde, de traçabilité ou de preuve. C’est-à-dire l’ensemble des procédures qui garantissent que la preuve (ici la clé USB) n’a pas été altérée, modifiée ou contaminée entre le moment de sa saisie par Madame Marie-Ange Mushobekwa elle-même et sa présentation au tribunal.
Cela signifie que la défense a mis en doute l’intégrité de cette preuve : qui l’a manipulée, quand, comment ? Avec une “date de mutation” au 29 janvier 2026 pour des faits du 21 décembre 2025, c’était un angle d’attaque tout trouvé. Cette notion est cruciale en procédure pénale : une preuve à la traçabilité douteuse peut être écartée des débats. Or ici, il s’agit de la pièce centrale. Et c’est peut-être là le fait le plus saillant au crépuscule de ce procès. Pourquoi ?
Parce qu’en quatre mois d’instruction, aucun élément n’est venu établir que Philemon Mambabwa ait personnellement ordonné les violences, aucun témoin ne l’a placé en position de donneur d’ordre, et ses déclarations constantes depuis la première audience n’ont jamais été contredites par quiconque. La Cour militaire, en refermant l’instruction, dispose désormais de l’ensemble de ces éléments pour forger sa conviction.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
