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RDC, L’insolence du silence brisé : Quand Joseph Kabila se rêve en libérateur ( Tribune d’Alfred Mote, Acteur politique)
Il est des silences qui honorent et des paroles qui souillent. En s’épanchant ce 20 mars 2026 dans les colonnes de La Libre Belgique, Joseph Kabila, ancien président de la RDC n’a pas seulement rompu son mutisme ; il a piétiné la mémoire d’un peuple qui porte encore les stigmates de ses deux décennies de plomb. Voir l’ancien raïs, dont le nom restera à jamais synonyme de l’étouffement démocratique, s’ériger aujourd’hui en rempart contre la « tyrannie » et en gardien du temple constitutionnel, relève soit d’une amnésie clinique, soit d’un cynisme absolu.
L’homme qui nous parle de « soudanisation » et de « déliquescence » est le même qui, dix-huit ans durant, a méthodiquement déconstruit l’État pour le transformer en une officine privée. Les manifestations de septembre 2016, réprimées dans la violence, ont fait des dizaines de morts.
Les marches pacifiques organisées par le Comité laïc de coordination en 2017 et 2018 ont été étouffées à coups de balles réelles dans des paroisses, transformant des lieux de culte comme la paroisse Saint Dominique en scènes de répression. La fosse commune de Maluku, découverte en 2015 avec plus de 400 corps, reste un symbole glaçant d’un pouvoir qui n’a jamais su ou voulu rendre des comptes.
Prétendre que la Constitution de 2006 est « sacrée » alors qu’il l’a tordue jusqu’à la rupture pour s’incruster au palais de la Nation au-delà de 2016 est une insulte à l’intelligence collective.
Joseph Kabila n’est pas le sauveur de la République ; il en est la pathologie originelle. S’il invoque l’article 64 aujourd’hui, c’est avec l’ironie tragique de celui qui craint de voir ses propres méthodes retournées contre lui.
Il y a des paroles qui sonnent comme des gifles. Et il y a des silences, longs de dix-huit ans, qui pèsent comme des crimes. Lorsque Joseph Kabila ose aujourd’hui, depuis les colonnes de La Libre Belgique, appeler à « mettre fin à la dictature », ce n’est pas seulement une contradiction : c’est une provocation historique, une insulte à la mémoire collective d’un peuple qui a trop souffert pour tolérer une telle inversion des rôles.
Car enfin, de quelle tyrannie parle-t-il ? De quel despotisme s’érige-t-il soudain en pourfendeur ? Celui qui, pendant près de deux décennies, a présidé à la banalisation de la violence, à l’érosion méthodique des libertés publiques, à l’instrumentalisation des institutions, peut-il décemment se poser en vigie démocratique ? En vérité, durant près de deux décennies, l’État s’est lentement transformé en machine de captation : captation des richesses, captation des institutions, captation de la parole publique. Les rapports d’organisations comme Human Rights Watch ou Amnesty International ont documenté, année après année, les arrestations arbitraires, les disparitions forcées, les restrictions systématiques des libertés fondamentales.
Le peuple congolais n’a pas la mémoire courte. Il se souvient des élections confisquées, des opposants muselés, des manifestations étouffées dans le sang, des richesses pillées au profit d’un système verrouillé. Il se souvient que sous Joseph Kabila, la peur était une langue officielle et l’impunité, une politique d’État.
Et voilà que celui qui a incarné ce régime se découvre une âme de résistant. Voilà qu’il invoque la Constitution, cette même Constitution qu’il a contournée, fragilisée, tordue au gré de ses intérêts pour appeler à la mobilisation contre un prétendu « clan ». Quelle ironie tragique ! Quelle indécence politique ! Leçons de démocratie d’un ancien maître de la peur !
Qui pourrait oublier que Floribert Chebeya, grand défenseur des droits de l’homme, a été retrouvé mort en 2010 après avoir été convoqué par le chef de la police, a l’époque, le sulfureux John Numbi ; Armand Tungulu, arrêté puis retrouvé mort en détention dans des circonstances troubles. Ces morts ne sont pas des anecdotes de l’histoire: elles sont les cicatrices d’un système où la contestation pouvait coûter la vie.
Le peuple congolais se souvient aussi des prisons pleines d’opposants politiques. Moïse Katumbi contraint à l’exil sous la pression judiciaire ; Jean-Claude Muyambo emprisonné dans des conditions dénoncées par de nombreuses ONG ; Diomi Ndongala arrêté et détenu dans des affaires largement perçues comme politiques. Sous ce régime, la justice n’était pas un contre-pouvoir : elle était un instrument.
Le récit de Kabila dans La libre Belgique est huilé, presque habile : se poser en homme de principes, en défenseur d’un texte « sacré », en stratège de la paix face aux va-t-en-guerre. Mais derrière cette rhétorique, le vernis craque. Car l’histoire récente de la RDC n’est pas un conte qu’on réécrit à volonté. Elle est une plaie ouverte, encore vive, encore douloureuse.
Lorsqu’il parle de « bilan désastreux » depuis 2019, il feint d’ignorer que les racines de l’instabilité actuelle plongent profondément dans les années de son propre règne. Les conflits à l’Est, les ingérences étrangères, les fractures internes, tout cela ne s’est pas évaporé par magie à son départ. Non, cela a été entretenu, instrumentalisé, parfois même aggravé par un système dont il fut l’architecte.
Et que dire de cette soudaine croisade contre la révision constitutionnelle ? Elle aurait presque des allures de conversion tardive si elle n’était pas entachée d’un passé où la tentation du glissement de mandat planait comme une ombre persistante sur la nation.
Le plus inquiétant, cependant, n’est pas tant son discours que ce qu’il révèle : une volonté manifeste de reconquête, une tentative de réhabilitation politique par le biais d’un populisme dangereux, jouant sur les frustrations légitimes d’un peuple meurtri. Car oui, le peuple congolais souffre. Oui, il doute. Oui, il espère encore. Mais il ne doit pas devenir l’otage d’anciens démons recyclés en faux prophètes.
À ceux qui seraient tentés par cette rhétorique séduisante, il faut rappeler une vérité simple : on ne sauve pas un pays des flammes avec ceux qui ont longtemps entretenu l’incendie. La RDC n’a pas besoin de leçons venues d’un passé aussi lourd. Elle a besoin de lucidité, de renouvellement réel, de courage politique et pas de ces retours masqués, déguisés en appels à la résistance. L’histoire jugera. Mais le peuple, lui, doit déjà choisir : entre la mémoire et l’oubli, entre la vigilance et l’illusion, entre l’avenir et les fantômes du passé.
Alfred Mote
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Beni sous le choc : 7 membres de la communauté pygmée, dont la star Nzanzu Mangese, tués dans une attaque attribuée aux ADF
La ville de Beni, au Nord-Kivu, a de nouveau été frappée par une attaque meurtrière attribuée aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF). Au moins 7 civils issus de la communauté autochtone pygmée ont perdu la vie dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai 2026, au quartier Ngadi, dans la commune de Ruwenzori.
Selon plusieurs témoignages recueillis auprès des habitants, les assaillants se sont introduits dans le quartier avant de s’en prendre à un campement occupé par des membres de cette communauté. « Les assaillants ont d’abord ciblé un campement des pygmées où ils ont exécuté plusieurs personnes à l’arme blanche avant de poursuivre leur assaut dans d’autres parties de Ngadi », a confié un jeune résident du quartier.
Après cette première attaque, les hommes armés auraient étendu leur incursion à d’autres zones de Ngadi. Outre les six victimes dont les corps ont été retrouvés et identifiés par la population locale, plusieurs civils auraient été enlevés et conduits vers une destination inconnue, faisant craindre un bilan plus lourd dans les prochaines heures.
La population pleure également la disparition de Nzanzu Mangese, considéré comme l’une des figures les plus populaires de la région. Son décès a suscité une vive émotion parmi les habitants, qui dénoncent une nouvelle fois la persistance de l’insécurité dans cette partie du territoire de Beni.
Cette attaque remet en lumière les défis sécuritaires auxquels restent confrontées les populations civiles, en particulier les communautés autochtones, malgré les opérations militaires menées contre les groupes armés actifs dans la région.
Franck Kaky/CONGOPROFOND.NET
