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16 mars 1898 : 128 ans après l’arrivée du 1er train à Léopoldville, Kinshasa face à la crise persistante du transport
Il y a exactement 128 ans, le 16 mars 1898, un événement majeur marquait l’histoire du Congo : la première locomotive en provenance de Matadi faisait son entrée à Léopoldville, l’actuelle Kinshasa.
L’arrivée de ce train à la gare de Kalina, aujourd’hui située dans la commune de la Gombe, consacrait l’achèvement du chemin de fer Matadi–Léopoldville, une infrastructure stratégique destinée à ouvrir l’intérieur du pays vers l’océan Atlantique. Ironie du calendrier, cet anniversaire intervient dans un contexte où la capitale congolaise est confrontée à une nouvelle crise du transport urbain, marquée notamment par la grève des chauffeurs de taxis-bus.

La première locomotive accueillie en triomphe
Ce jour-là, la locomotive pilotée par l’ingénieur Nicolas Cito fit son entrée sous les acclamations des Européens et des populations locales rassemblées aux abords de la gare de Kimpwenza, située dans la périphérie de Kinshasa, dans l’actuelle commune de Mont-Ngafula, sur l’axe menant vers Kasangulu.
L’événement symbolisait l’aboutissement d’une entreprise commencée huit années plus tôt, dans un contexte où l’État indépendant du Congo cherchait à développer les infrastructures nécessaires à l’exploitation et à la circulation des marchandises entre l’intérieur du territoire et la côte.
Albert Thys et la « bataille du rail »

À l’origine de ce projet figurait Albert Thys, officier belge au service du roi Léopold II. Chargé de conduire les études techniques, il conclut que la construction de cette voie ferrée nécessiterait un investissement estimé à près de 25 millions de francs belges, une somme considérable pour l’époque.
Mais pour les autorités coloniales, le chemin de fer constituait une condition essentielle pour exploiter les richesses du Congo.
L’idée de cette infrastructure remonte encore plus loin. Dès 1878, l’explorateur Henry Morton Stanley avait averti Léopold II que, sans chemin de fer pour contourner les rapides du fleuve Congo, le développement économique du territoire resterait limité.
Selon la formule restée célèbre de Stanley : « Sans le chemin de fer, le Congo ne vaut pas un penny. »
Une construction au prix de lourds sacrifices

Les travaux commencèrent officiellement le 10 juin 1892 et mobilisèrent 132 Européens et près de 8 100 ouvriers africains.
La construction de cette voie ferrée, souvent décrite comme une véritable « bataille du rail », fut particulièrement éprouvante. De nombreux travailleurs africains périrent dans des conditions extrêmement difficiles, laissant derrière eux une mémoire marquée par la souffrance, la sueur et les sacrifices humains.
Des traces encore visibles dans la capitale
Aujourd’hui encore, certaines traces de cette époque demeurent visibles dans la capitale. Le quartier Kauka, appelé autrefois Camp Cito, rend hommage à Nicolas Cito, premier conducteur de la locomotive arrivée à Léopoldville.
À la Gare Centrale, une inscription latine rappelle l’esprit de cette entreprise : Aperire Gentibus Terram, que l’on peut traduire par « ouvrir la terre aux peuples ».
Un héritage ferroviaire en perte de vitesse
Pourtant, plus d’un siècle après cette prouesse technique, l’héritage ferroviaire congolais semble en perte de vitesse.
Plusieurs lignes qui reliaient autrefois différents quartiers de la capitale sont aujourd’hui dégradées ou abandonnées, notamment celles reliant Kintambo à la Ville, Masina à la Gare Centrale ou encore l’axe desservant l’aéroport et Kingabwa.
Kinshasa paralysée par la crise du transport

Ce lundi, dans plusieurs grandes artères de Kinshasa, les habitants ont été contraints de parcourir de longues distances à pied à la suite de la grève sèche des chauffeurs de taxis-bus, liée aux contrôles techniques initiés par le gouverneur Daniel Bumba.
Une situation qui rappelle avec acuité les difficultés structurelles du transport urbain dans la mégapole congolaise.
À la Gare Centrale, certains habitants évoquent avec nostalgie l’époque où le train urbain contribuait à fluidifier la circulation.
« Avec le train Masina–Gare Centrale, le boulevard Lumumba était beaucoup plus libre. Depuis sa disparition, tout le monde se retrouve sur la route », témoigne un usager.
Un autre estime que le retour du rail pourrait constituer une solution face aux embouteillages chroniques qui paralysent la capitale : « Cette voie reste indispensable pour maîtriser le flux de circulation. Beaucoup de jeunes aujourd’hui ignorent l’importance qu’avait le train dans la ville. »
Le rail, une solution pour l’avenir ?
Dans une ville confrontée à une croissance démographique rapide et à des infrastructures routières saturées, le chemin de fer apparaît pour plusieurs experts comme une alternative crédible pour désengorger les axes principaux.
Ainsi, 128 ans après l’arrivée de la première locomotive à Léopoldville, la question du rail reste au cœur des enjeux de mobilité à Kinshasa.
Entre mémoire historique et défis contemporains, l’infrastructure qui symbolisait jadis l’ouverture du Congo au monde pourrait encore inspirer des solutions pour l’avenir de la capitale.
Barca Horly Fibilulu Mpia/CONGOPROFOND.NET