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Littérature : La « Fin de la dictature de Dieu » de Benjamin Masiya passée au scalpel de la Clinique Littéraire Kinshasa le samedi 24 janvier 

À la Clinique Littéraire de Kinshasa (CLK), la littérature ne se lit pas seulement : elle s’examine, s’ausculte et se soigne. Samedi dernier, la pièce théâtrale La Fin de la dictature de Dieu, de l’écrivain Benjamin Masiya, a subi une véritable « intervention chirurgicale » critique, au cours d’une séance publique baptisée « Le Diagnostic ».

Dans une mise en scène symbolique rappelant un bloc opératoire ( table d’opération, lampes scialytiques, instruments chirurgicaux et vocabulaire médical ) l’œuvre a été métaphoriquement placée sous anesthésie pour une dissection littéraire méthodique. Objectif : identifier ses forces, corriger ses faiblesses et en affiner la qualité esthétique.

Une autopsie critique, sans complaisance

Sous la direction de Marc Bamenga, entouré notamment du poète et clinicien littéraire Pat le Gourou, les membres de la CLK ont passé le texte au crible. Tels des chirurgiens, ils ont « incisé » la structure narrative, « sondé » la cohérence dramaturgique et « suturé » les imperfections stylistiques.

Erreurs grammaticales, maladresses syntaxiques, imprécisions lexicales, incohérences conceptuelles ou failles de construction dramatique : rien n’a échappé au regard expert de l’équipe. Mais loin d’une critique destructive, la démarche s’est voulue pédagogique et constructive.

Dans la salle, un public attentif et participatif, composé de figures du milieu culturel parmi lesquelles le journaliste littéraire Senseï Etende, le philosophe Jonathan Ikami, ainsi le Président de l’Association des Jeunes Écrivains du Congo, dont Grâce Kakera.

Une œuvre engagée

La pièce plonge le spectateur dans un univers à la frontière du réalisme et de la fiction politique. Elle dépeint un pouvoir absolu et despotique régnant sur une entité symbolique appelée « République Démocratique du Tombeau », métaphore transparente des dérives autoritaires contemporaines.

Publié aux éditions Le Génie en 2025, l’ouvrage marque une étape importante dans le parcours littéraire de Benjamin Masiya, qui vivait là sa première expérience au sein de la Clinique.

Un auteur réceptif à la critique

Malgré l’intensité de l’exercice, parfois déstabilisante pour tout créateur confronté au jugement public, l’auteur a défendu son texte avec sérénité. Il s’est montré reconnaissant pour les observations formulées : « Je suis profondément heureux de l’apport substantiel de la Clinique Littéraire. Leurs remarques enrichissent mon travail et me permettent d’améliorer mon écriture. Chaque passage ici est une occasion de grandir. »

Une école d’exigence littéraire

Pour la CLK, cette démarche relève d’une mission plus large : professionnaliser la création littéraire congolaise.

Selon Pat le Gourou, promoteur de la structure : « Nous apprenons autant des auteurs que de leurs œuvres. Ces séances nous obligent à lire davantage, à nous préparer sérieusement et à élever le niveau de la critique. Notre ambition est de servir la littérature congolaise. »

À travers « Le Diagnostic », la Clinique Littéraire entend ainsi instaurer une culture d’excellence, où la critique devient un outil de perfectionnement plutôt qu’un tribunal.

Quand la littérature passe au bloc

À la CLK, l’image est forte : le livre devient patient, le critique chirurgien, et la langue matière vivante. Mais au terme de l’opération, le verdict reste le même : une œuvre mieux armée pour affronter ses lecteurs.

Preuve que, parfois, pour guérir la littérature, il faut accepter de la mettre sur la table d’opération.

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