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Jean Depara : L’homme qui a capturé l’âme nocturne de Kinshasa des années 60

Figure incontournable de la photographie congolaise, Jean Depara demeure l’un des témoins les plus sensibles et les plus flamboyants du Kinshasa des années 1950 et 1960. Dans une capitale en pleine effervescence, à l’heure où la ville s’invente un style, une modernité et une identité, son objectif a capté bien plus que des images : il a raconté un monde.

Le chroniqueur des nuits de Léopoldville

Lorsque la nuit tombait sur l’ancienne Léopoldville, Depara devenait le narrateur lumineux d’une ville qui vibrait, dansait, se pavanait. Ses photographies plongent au cœur des dancings où la rumba congolaise imposait sa loi : bars enfumés, pistes de danse surchauffées, élégance insolente et rivalités artistiques.

Il saisissait cette jeunesse kinoise avide de liberté, de style et de reconnaissance, posant devant des voitures empruntées pour la photo, parées de leurs plus beaux habits, conscientes que l’instantané resterait.

Jean Depara n’était pas seulement un observateur : il était un complice, un intime, un habitué de ces nuits électriques. Il savait où se trouvaient les histoires – les vraies – et comment les traduire en noir et blanc.

Franco, une figure mythique fixée à jamais

Dans l’abondante galerie de personnages qui peuplent son œuvre, un nom domine : celui de Luambo Makiadi, plus connu sous les noms de Franco de mi Amor, Yorgho, Grand Maître ou Gourba. Fondateur de l’orchestre OK Jazz, personnage central de la musique congolaise, Franco apparaît souvent dans les clichés de Depara, immortalisé au cœur de son ascension.

Depara voyait en lui un phénomène. Il saisit son charisme monumental, la puissance tranquille du musicien, sa place déjà royale dans le paysage artistique de l’époque.

Il le pressentait : il n’y aurait pas d’autre Franco. Et il avait raison.

Le miroir des rêves et des illusions : les Bills

Mais Depara ne se limitait pas aux stars et aux faiseurs de musique. Il s’intéressait aussi à ceux qui forgeaient l’imaginaire des rues : les Bills, ces jeunes voyous fascinés par les figures mythiques de l’Ouest américain.

Buffalo Bill, Pecos Bill, Billy the Kid… À Kinshasa, ces légendes prenaient chair. Manteaux longs, holsters improvisés, poses défiantes : ils incarnaient un cinéma vécu, joué, rêvé.

Car à Kinshasa, les rêves ne s’arrêtent jamais aux portes des salles obscures. Ils s’invitent dans les avenues, les bars, les ruelles. Et Depara était là pour les attraper au vol.

Un photographe de la vraie vie

Ce que Depara a offert à la postérité, ce ne sont pas seulement des archives : ce sont des fragments de vérité.

Il a fixé une époque où Kinshasa se réinventait sans cesse, où la modernité se construisait dans la débrouille, le style, la musique et la fête.

Il a donné aux générations futures un trésor : la mémoire visuelle d’une capitale vibrante, insouciante et résolument créative.

Aujourd’hui encore, les photographies de Jean Depara continuent de fasciner. Elles racontent une ville vivante, traversée d’énergie et d’excès, mais surtout habitée par des hommes et des femmes qui voulaient exister, vraiment.

Et grâce à lui, ils existent toujours.

Tchèques Bukasa