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Réouverture de l’aéroport de Goma : Pourquoi le Rwanda dit « non » à la place de l’AFC/M23 ?
L’annonce par Emmanuel Macron, ce jeudi 30 novembre à Paris, de la réouverture prochaine de l’aéroport de Goma, a fait réagir Kigali. Le ministre rwandais des Affaires étrangères s’est empressé de rejeter l’initiative française. Mais de quel droit le Rwanda parle-t-il pour un territoire et un aéroport congolais ?
Lors de la Conférence humanitaire sur la région des Grands Lacs, organisée à Paris, le chef de la diplomatie rwandaise a tenu à remercier le président Macron « pour son invitation ».
Puis, très vite, le ton a changé : « Concernant l’aéroport de Goma, je tiens à rappeler que cet aéroport est actuellement sous le contrôle des autorités de l’AFC/M23. La position du Rwanda est que toute décision concernant cet aéroport doit être prise dans le cadre des négociations en cours à Doha, où le gouvernement congolais et le M23 sont censés discuter d’une solution à cette crise. Paris ne peut pas décider seul de rouvrir un aéroport, alors que les principaux concernés ne sont pas impliqués. »
Propos stupéfiants, tant ils confirment la mainmise de Kigali sur les rebelles du M23/AFC.
Car dans toute logique diplomatique, un gouvernement étranger n’a ni mandat ni légitimité pour parler à la place d’un mouvement armé, encore moins sur un sujet qui touche au territoire d’un autre État souverain.
En se prononçant ainsi, le ministre rwandais Olivier Nduhungirehe s’érige en porte-parole officieux des rebelles qui occupent militairement une partie du Nord-Kivu. Un aveu qui, à lui seul, balaye les dénégations répétées du Rwanda quant à son implication directe dans la crise congolaise.
Un « non » qui en dit long
Derrière le vernis diplomatique, le message de Kigali est clair : pas de décision sans son aval, même lorsqu’il s’agit d’un aéroport congolais.
Ce « non » opposé à Paris n’est donc pas seulement une critique de méthode, mais une réaffirmation d’influence : celle d’un Rwanda qui se considère comme un acteur incontournable, y compris sur des infrastructures publiques congolaises.
Et pourtant, l’aéroport de Goma relève exclusivement de la souveraineté de la RDC.
L’initiative de sa réouverture, soutenue par la France dans un cadre humanitaire et logistique, visait à faciliter l’acheminement de l’aide dans une région ravagée par les affrontements. Mais Kigali, en contestant cette démarche, déplace le débat vers un terrain politique et militaire, comme pour rappeler que rien ne se fera dans l’Est sans son consentement.
Une position embarrassante pour Paris
En liant la question humanitaire à des considérations militaires, le chef de la diplomatie rwandaise a aussi accusé Kinshasa de « violer le cessez-le-feu » et d’« attaquer les civils au Sud-Kivu ».
Une rhétorique désormais classique, qui tente d’inverser les responsabilités et d’entretenir la confusion entre forces régulières, groupes armés et milices communautaires.
Pour la France, cette sortie rwandaise est un véritable casse-tête : comment défendre une initiative humanitaire sans se retrouver pris dans le jeu des puissances régionales ?
L’annonce de Macron, censée marquer un geste de relance diplomatique, se heurte ainsi à la realpolitik du Rwanda, qui refuse toute initiative ne passant pas par son filtre. Dans les faits, le Rwanda a parlé à la place de l’AFC/M23, et donc à la place des Congolais.
Une posture qui démontre, s’il en était encore besoin, le degré de tutelle qu’exerce Kigali sur la rébellion armée.
Et pose une question essentielle : jusqu’où la communauté internationale acceptera-t-elle que le Rwanda réponde à la place des rebelles, dans un conflit qui se déroule sur le sol congolais ?
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET