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RDC : Le Sénateur Boketshu Bofili alerte sur les risques d’une appréciation “excessive” du Franc Congolais

Dans une tribune économique rendue publique ce dimanche 12 octobre 2025, le sénateur Jean-Paul Boketshu Bofili, élu de l’Équateur et économiste de formation, tire la sonnette d’alarme face à l’appréciation rapide du franc congolais. Selon lui, cette évolution du taux de change, bien qu’applaudie par une partie de l’opinion, menace la stabilité macroéconomique, la compétitivité de l’économie nationale et les équilibres budgétaires du pays.

Une appréciation jugée “excessive” et non fondée sur les fondamentaux

Le sénateur Boketshu Bofili note que le franc congolais s’est apprécié de plus de 20 % en un mois, passant de 2 850 à environ 2 000 FC pour un dollar américain. Si la population y voit un motif de fierté nationale, l’économiste met en garde contre les conséquences de cette tendance, qu’il qualifie “d’excessive et non soutenable”.

Selon lui, cette évolution ne découle pas d’une amélioration des fondamentaux économiques, tels qu’un excédent de la balance courante, une hausse des taux d’intérêt attractifs ou des flux de capitaux entrants, mais plutôt d’une politique monétaire trop interventionniste de la Banque centrale du Congo (BCC).

“Les ponctions massives de liquidités, les interventions sur le marché de change et le gel des injections de francs congolais ont créé des tensions dans le système bancaire, au point où certaines banques ne disposent plus de liquidités en monnaie nationale et incitent leurs clients à opérer en dollars”, déplore-t-il.

Une telle situation, avertit le sénateur, accélère la dollarisation de l’économie congolaise, déjà estimée à 92 % des dépôts et 97 % des crédits en 2024, à rebours de la politique de dédollarisation annoncée par la BCC.

Des risques budgétaires et économiques majeurs

L’expert en questions macroéconomiques souligne que la forte appréciation du franc congolais pourrait amputer le budget 2026 “de près d’un tiers” par rapport aux prévisions initiales.

En effet, la majorité des recettes publiques, notamment les redevances minières, les droits de douane et les royalties, sont libellées en devises. Leur conversion dans une monnaie nationale trop forte réduit mécaniquement la valeur budgétaire de ces revenus.

“Le taux de change étant un indicateur clé du cadre macroéconomique, une variation de plus de 5 % impose un ajustement du budget. L’appréciation actuelle réduit la marge de manœuvre de l’État et crée un risque de déficit budgétaire”, alerte le parlementaire.

Cette évolution, combinée aux défis sécuritaires persistants à l’Est du pays, pourrait également accentuer les pressions sur les dépenses publiques, notamment les salaires et le fonctionnement des institutions, qui représentent déjà près de 70 % du budget national.

Un coup dur pour la compétitivité et les investissements

Sur le plan économique, Boketshu Bofili estime qu’une devise trop forte pénalise la production nationale et les exportations. Le coût de production des biens et services locaux augmente, ce qui réduit leur compétitivité sur le marché international.

“Cette situation risque d’entraîner la désindustrialisation, la baisse des exportations et la fuite des investissements étrangers, qui préféreront des économies régionales plus stables”, analyse-t-il.

Selon lui, la République démocratique du Congo pourrait ainsi perdre son attractivité, pourtant au cœur de la stratégie de diversification et de relance économique prônée par le Président Félix Tshisekedi.

Appel à une politique monétaire coordonnée et mesurée

S’il salue la volonté de la Banque centrale de valoriser la monnaie nationale, le sénateur appelle à une approche plus prudente et mieux coordonnée entre la BCC et le Gouvernement. “La stabilisation du franc congolais autour de 2 500 FC pour un dollar, accompagnée d’une appréciation progressive et cohérente, permettrait de préserver la stabilité économique et d’éviter des choix budgétaires difficiles”, recommande-t-il.

Boketshu Bofili plaide enfin pour une harmonisation des politiques macroéconomiques entre les ministères clés ( Finances, Budget, Économie, Plan, Industrie, Commerce extérieur et Mines) afin de renforcer la résilience de l’économie nationale face aux chocs extérieurs et aux pressions internes.

Un avertissement d’économiste et de législateur

En conclusion, le sénateur Jean-Paul Boketshu Bofili exhorte la Banque centrale du Congo à clarifier ses objectifs, ses instruments et son horizon d’action. Il avertit que “dans une économie où les anticipations rationnelles guident les décisions, une appréciation trop rapide du franc congolais sans stratégie claire crée un risque haussier pour la stabilité macroéconomique et les perspectives de croissance”.

“La politique monétaire doit rester un levier de stabilité, non un instrument d’instabilité,” résume-t-il.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET