Justice
Tribunal Permanent des Peuples : la parole aux victimes de l’exploitation pétrolière
Kinshasa, 1er octobre 2025 – La Coalition des Organisations de la Société Civile pour le Suivi des Réformes de l’Action Publique (CORAP) organise, du 1er au 2 octobre 2025, une mini-session du Tribunal Permanent des Peuples (TPP-RDC) à la salle Garamba, dans la capitale congolaise.
Placée sous le thème « Le Tribunal Permanent des Peuples, une justice alternative face à la problématique de perte des terres par les communautés », cette rencontre met en avant les témoignages des communautés locales, en particulier celles de Muanda (Kongo Central), affectées par plus de trois décennies d’exploitation pétrolière.
Selon les organisateurs, cette mini-session constitue un espace d’expression et de plaidoyer contre les injustices sociales, économiques et environnementales causées par l’extractivisme. Pollution des rivières, destruction des écosystèmes, déplacements forcés et privation du droit à la terre figurent parmi les violations régulièrement dénoncées.
« Les multinationales extractives exercent une pression énorme sur nos communautés, les privant de leurs droits fondamentaux et de leur souveraineté », affirme la CORAP, qui considère le Tribunal Permanent des Peuples comme un instrument de justice alternative, destiné à documenter les violations et à porter les dossiers devant un jury indépendant.
Durant ces deux jours, les participants – communautés locales, experts et membres du jury – partageront leurs expériences et soumettront des preuves de violations des droits humains et environnementaux. Le jury rendra une décision symbolique, ouvrant la voie à une présentation de ces cas lors d’une grande session du TPP-RDC.
En mettant en lumière les luttes des communautés de Muanda, cette mini-session veut sensibiliser l’opinion publique, nationale et internationale, aux conséquences de l’exploitation abusive des ressources naturelles en République démocratique du Congo, et plaider pour un meilleur respect des droits humains et environnementaux.
Désiré Rex Owamba/CONGOPROFOND.NET
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« Maîtrisez-les n’est pas torturez-les » : La Cour militaire siégeant à Ndolo acquitte Philémon Mambabua
L’épilogue judiciaire de l’affaire dite des « Enfants Mushobekwa » est tombé ce jeudi 4 juin 2026 à 13h20, dans le décor solennel d’une audience ouverte par les honneurs militaires. L’affaire PR 540/026, appelée par le greffier, a vu comparaître physiquement Philémon Mambabua et les deux policiers Bope Tshende et Ebukalela Aaron, tandis que les parties civiles (Marie-Ange Mushobekwa et Ntabaza) étaient présentes, les 3 garçons étant représentés par leurs conseils.

Le Premier Président de la Cour, devant l’épaisseur du jugement, a dispensé l’assemblée de la lecture exhaustive pour se concentrer sur l’exposé des faits. Il est revenu sur cette soirée pyjama organisée par Malaïka, fille de Philémon Mambabua, et sa cousine Leonnie, qui invitèrent Sakina, laquelle fit appel à son petit ami Claudien Likulia vers 1h du matin fraîchement revenu de Paris. Contre toute attente, ce dernier fit irruption vers 3 heures du matin avec deux autres garçons (son petit-frère Christopher et son ami Noah), bien après l’heure convenue. Une situation qui affecta Malaïka et qui, au retour inopiné de son père, fit éclater le stratagème. Ce dernier exigea que les parents soient appelés pour une discussion au petit matin. Marie-Ange Mushobekwa présenta alors ses excuses et demanda à ses garçons d’en faire autant. L’affaire, à cet instant précis, était close.
C’est le lendemain que le cours des événements bascula, avec le dépôt d’une plainte par Me Claude Mulemba Benoit, avocat de Madame Mushobekwa auprès de l’auditorat militaire, évoquant torture et séquestration. Pourtant, au fil des audiences, Philémon Mambabua et les deux policiers ont constamment nié. La Cour, dans son office de vérification et de reconstitution des faits, a relevé que la volonté de Philémon Mambabua avait été viciée : la dissimulation des 3 garçons dans la salle de bain prouve qu’il n’avait jamais autorisé leur présence à son domicile. Sur le cœur du dossier — la torture —, la Cour s’est livrée à un examen méthodique des preuves. Elle a constaté que si les victimes ont décrit des actes sous l’effet de traumatismes, la nature et l’exactitude de leurs récits pouvaient en être altérées, notamment sur le nombre de policiers impliqués et l’instrument utilisé. Mais surtout, Sakina, témoin central, a toujours affirmé n’avoir jamais entendu Philémon Mambabua donner l’ordre de maltraiter les garçons. La Cour a donc retenu le doute sur l’incitation, rejetant la qualification du Ministère public et rappelant que l’ordre de « maîtriser » ne saurait être confondu avec celui de torturer. Faute de preuves matérielles et d’élément intentionnel caractérisé, Philémon Mambabua a été purement et simplement acquitté.
La Cour, s’en tenant aux faits et non aux définitions ontologiques, a ainsi déclaré l’infraction d’incitation non fondée en droit pour le prévenu principal. Cet acquittement emporte des conséquences civiles directes : Philémon Mambabua, déclaré non responsable, ne devra verser aucune réparation. Le droit a été dit, et pour l’ »avocat de la société » comme pour la défense, le message est limpide : sans preuve, l’accusation ne tient pas.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
