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Ebuteli met l’IVG au cœur d’un débat national en RDC
L’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, a organisé, les 23 et 24 septembre à Kinshasa, son 4ᵉ hackathon législatif, consacré au thème : « L’interruption volontaire de grossesse (IVG) en RDC, entre interdiction nationale et engagements régionaux ».
L’événement, tenu à la résidence Saint Pierre Claver, a réuni plusieurs personnalités, dont la députée nationale Christelle Vuanga, une sénatrice, des experts, des membres de la société civile ainsi que des représentants du système judiciaire (avocats et magistrats). Objectif : ouvrir un débat de fond sur l’avenir du cadre juridique congolais en matière d’avortement.
Malgré l’adhésion de la République démocratique du Congo, en 2008, au Protocole de Maputo ,qui autorise l’avortement dans certains cas précis (viol, inceste ou menace pour la santé et la vie de la femme) en pratique des prestataires médicaux sont encore arrêtés pour avoir pratiqué des IVG dans le respect des normes.
Pour Trésor Kibangula, coordonnateur des recherches politiques à Ebuteli, l’arsenal juridique congolais reste décalé par rapport aux engagements régionaux :
« Le cadre juridique national est resté en retard », confie-t-il.
Il précise toutefois :
« Nous ne poursuivons pas la dépénalisation générale de l’avortement. Notre démarche vise à sécuriser les cas déjà prévus par nos engagements régionaux et par la loi congolaise de santé publique. »
Selon lui, l’enjeu est de permettre aux femmes concernées d’accéder à des soins médicaux sécurisés, tout en protégeant les praticiens contre d’éventuelles poursuites judiciaires. Mais le débat reste délicat dans une société marquée par de fortes sensibilités religieuses et culturelles :
« La vie est considérée comme sacrée dans nos croyances. Il faut concilier ces sensibilités avec la protection des droits des femmes », souligne-t-il.
Participant à cet atelier, Leurby Ikina Bokele, chercheur à l’Université de Kinshasa, met en avant les conséquences de l’interdiction de l’IVG sur la santé publique :
« Nous avions collectivement reconnu que cette situation actuelle conduit à un taux élevé d’avortements clandestins et à de graves conséquences pour la santé publique. »
Il appelle à des solutions concrètes, parmi lesquelles : la formation du personnel médical, l’amélioration des infrastructures de santé, la subvention des services pour les rendre accessibles, et la création de lignes budgétaires dédiées. Il insiste aussi sur l’importance d’une stratégie éducative et médiatique renforcée, notamment à destination des jeunes, des femmes en zones rurales et des communautés vulnérables.
En lançant ce hackathon, Ebuteli a voulu créer un pont entre société civile et institutions. Pendant deux jours, citoyens, experts et élus ont confronté leurs idées pour envisager des pistes d’harmonisation entre la législation nationale et les engagements internationaux.
La prochaine étape consistera à recueillir les propositions issues des assises et à travailler avec les parlementaires afin de les porter au Parlement. Ces derniers, désignés comme « champions », auront pour rôle de transformer ces recommandations en initiatives parlementaires sur une question qui touche directement les femmes congolaises.
Dorcas Ntumba / Congoprofond.net